Tandis que, baignée par le soleil, la fête donnée pour le mariage de sa fille bat son plein, le parrain Vito Corleone reçoit, dans la pénombre de son salon, les doléances et les marques d'allégeance de sa "famille". Ce parallèle intelligemment contrasté entre la prodigalité du parvenu et la nécessaire discrétion du truand ouvre ce film magistral de l'encore débutant Francis Ford Coppola.
A cheval entre le drame de mœurs et le thriller, cette histoire de la mafia italienne de New York n'a aucun mal à éclipser ce qui, dans ce registre, a été réalisé auparavant (et même après ! seul Scorsese pouvant supporter la comparaison). Le charisme des personnages, initié, renforcé, par l'apparente justesse des portraits, et le souci de réalisme attaché aux rites de la Famille étoffent, "anoblissent", cette intrigue ordinairement fondée sur les règlements de comptes, les alliances entre clans et les trêves violemment rompues
Les mœurs familiales, au propre comme au figuré, du clan Corleone, dont l'honneur et le respect constituent les valeurs fondamentales, participent autant que l'action proprement dite, faite de crimes sauvages, du spectacle -funèbre- de la mafia italienne. De la brutalité, de la susceptibilité et de la duplicité des protagonistes nait une constante tension dramatique que ponctue une violence sporadique.
Deux personnages se détachent du clan Corleone : le Parrain, bien sûr, massif et laconique, qui témoigne de la présence et de l'inspiration phénoménales de Marlon Brando ; et puis Michael, le fils cadet de Vito Corleone, d'abord en dehors de la Famille et qui, insensiblement, se voit contraint par la guerre des gangs de l'intégrer et d'épouser les pratiques du Milieu au moment où les "prérogatives" de la famille Corleone sont menacées.
On ne peut pas oublier de citer, au sein d'un casting remarquable, Robert Duvall, dans le rôle du conseiller influent de don Vito, et James Caan, le fils ainé fougueux.
Captivant.