Après le très réussi "The Queen", Stephen Frears est devenu un des réalisateurs anglais à suivre. J’espérais donc beaucoup de ce "Tamara Drewe" qui nous promettait une intrigue charmante et incisive au milieu de la campagne anglaise. Et, si il y a un seul point sur lequel le film est une réussite, c’est bien l’ambiance bucolique si typique de ces coins reculés qu’on ne retrouve qu’outre-Manche et qui n’est pas sans rappelé les romans de Jane Austen, les costumes d’époque en moins. Pour le reste, "Tamara Drewe" est un plantage total. Pourtant, les ambitions de Frears paraissaient tout à fait nobles puisqu’il entendait traiter de plusieurs sujets pleins de potentiel (la revanche d’une ancienne complexée, la pension pour écrivains et son univers tellement chic, le choc des cultures avec l’arrivée de la rock star au village, l’ennui et les rêves d’évasion des jeunes du village…) mais on se rend compte rapidement qu’il manque un vrai fil conducteur à l’histoire. Car, Tamara (Gemma Arterton, toujours aussi mignonne mais qui manque toujours autant de consistance), qui était censée tenir ce rôle malgré son arrivée tardive dans l’histoire, s’avère rapidement dénuée d’intérêt dramatique (le gimmick sur son nez s’essoufflant très vite) et ne parvient ni à être attachante, ni à être détestable. Pire, elle se rend même ridicule par moments (sa relation avec l’écrivain star ou encore sa crise de larmes), au point qu’on préfère s’intéresser aux personnages secondaires. Mais là encore, le potentiel de ces personnages est entravé par leur évolution qui oscillent entre le prévisible le plus basique (l’écrivain volage joué par Roger Allam qui ne peut pas s’empêcher de tromper sa femme, cette dernière campée par Tamsin Greig qui sait mais qui pardonne, l’aspirant écrivain joué par Bill Camp qui va forcémenent tomber sous le charme de son hôte…) et le poussif la plus primaire (la rock star capricieuse joué par Dominic Cooper qui en fait des caisses, l’ado obsédée campée par Jessica Barden qui devient vite saoulante…). Quant à la prétendue révélation du film, à savoir Luke Evans, son rôle est d’une pauvreté stupéfiante puisqu’il cumule à peu près tous les clichés du genre (beau gosse qui s’ignore, désargenté, en plein mea culpa d’avoir été trop méchant avec Tamara quand ils étaient plus jeune). On arrive même à être surpris que le réalisateur ne nous réserve pas une fin surprenante pour ce personnage et qu’il tombe finalement dans le piège, pourtant énorme, du happy-end idiot et incompréhensible. Quant à l’intrigue, elle navigue à vue, suivant un montage plus ou moins travaillé avec ces différentes sous-intrigues (la revanche très relative de Tamara, la vie au sein de la pension, les conneries des deux gamines…) mais dénuée de toute cohérence… et s’achève par une scène invraisemblable où les morts viennent s’inviter comme un cheveu sur la soupe, venant ainsi flinguer le semblant d’ambiance douce-amère que le réalisateur avait tenté d’imposer jusque-là. D’ailleurs, je n’ai toujours pas compris ce qu’a voulu dire Stephen Frears avec cette histoire… Reste la campagne anglaise et quelques fulgurances trop rares qui arracheront les rares sourires du spectateur.