Flav43
95 abonnés |
Lire ses 1076 critiques
|
2.5 - Moyen
Rainer Werner Fassbinder, héritier de-. De Douglas Sirk dans «Angst essen Seele auf» (Allemagne, 1974), c’est de Josef von Sternberg qu’il s’agît pour «Lili Marleen» (Allemagne, 1981). Davantage qu’un héritage de von Sternberg, c’est de Marlene Dietrich que «Lili Marleen» tire sa force cognitive. Bien qu’implicite, la correspondance entre Hannah Schygulla et Marlene Dietrich n’en est pas moins évidente, ne serait-ce que par la chanson Lili Marleen (initialement interprétée par Dietrich). Toutefois ce serait faire tort à Fassbinder que de n’y voir qu’un hommage abscons (a contrario de ce dont sont friands les cinéastes américains contemporains). Cinéaste du politique, Fassbinder met en scène une critique de l’Allemagne nazie parmi un mélodrame romantique. Si le traitement narratif et esthétique de cette critique demeure classique au sens où le détachement brechtien semble visuellement exempt de ce film, le contre-point du son relève la tiédeur des images et vitalise le sens du film. Sujet à des pointes musicales angoissantes qui reposent sur des stridences ponctuelles, la musique là se révèle bien souvent plus intéressante que l’image. Par ailleurs, l’image ne se manifeste fondamentalement intéressante que lorsque la musique de Lili Marleen vient s’assujettir aux affres de la guerre. A la douceur de la mélodie se superposent conflits d’ivrognes, bombardements meurtriers puis parterre nazi fanatique. Chacune des interventions musicales de la chanson forme un point cardinal de l’œuvre. Et entre ces points résident un certain flegmatisme, une dénonciation trop évidente pour être honnête. Tendant inconsciemment vers la fin du cinéma fassbinderien, «Lili Marleen», postérieur à l’œuvre somme qu’est «Berlin Alexanderplatz», n’est pas une trace de confort mais un traitement qui à se fonder sur la bande-sonore s’attiédit par une plastique et une narration des plus classiques, d’autant plus impertinente au cinéma de Fassbinder.
Ajoutée le 10 oct. 2007 à 13h15
Signaler un abus