Le Cheval de Turin
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Le Blog Du Cinéma
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121 abonnés 300 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 8 janvier 2015
(...) Comme à son habitude, Béla Tarr nous livre avec Le Cheval de Turin une photographie noir et blanc absolument sublime, à un niveau quasi-inimaginable de maîtrise visuelle. Son chef-opérateur, Fred Kelemen, fait de chaque image une peinture admirablement cadrée et sa gestion de la lumière, ce qu’il en fait, la manière dont il l’impose comme une quasi-entité durant tout le film, force le respect. Il n’y a en fait absolument rien à redire sur la photographie du film hongrois ; sa réalisation, en revanche, n’est pas si exempt de défauts. Non pas que Béla Tarr ne soigne pas ici sa mise en scène ; au contraire, il en fait presque trop, à un tel point que les séquences emplies de poésie et de métaphysiques à peine perceptible des Harmonies Werckmeister semblent ici enfouies sous une mise en scène finalement très mathématique, et qui au final en fait peut-être trop. Obsédé par ses impressionnantes prouesses techniques et ses longs plans interminables, qu’ils soient quasi-fixes ou lié à un interminable mouvement, Béla Tarr semble oublier d’humaniser ses personnages, de les rendre vivants, d’instaurer cette atmosphère mystique qui aurait fait tant de bien au film et qu’on ne retrouve que trop rarement, le temps de quelques séquences extérieures à tomber à la renverse tant l’ambiance mise en place est phénoménale. Il y a dans cette absence de montage, dans cette austérité chère au réalisateur hongrois, une capacité à mettre en place une destruction du monde à la limite d’un apocalypse ambiant, et Le Cheval de Turin semblait être le sujet idéal pour ce type d’obsessions ; il est donc regrettable que le cinéaste ne parvienne pas à s’effacer derrière ses plans magnifiques, et nous rappelle sans cesse à notre conditions de spectateur par sa mise en scène trop voyante écrasant ses personnages, son histoire, et finalement, son atmosphère (...

L'intégralité de notre avis à propos du CHEVAL DE TURIN, sur Le Blog du Cinéma
soniadidierkmurgia

1 436 abonnés 4 339 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 30 octobre 2014
Avec « Le cheval de Turin », Bela Tarr annonce mettre fin à sa filmographie. Récompensé de l’Ours d’argent en 2011 au Festival de Berlin le film s’est aussitôt attiré les louanges de toute la presse représentative de l’intelligentsia parisienne qui n’a pas eu de qualificatifs assez forts pour décrire ce chef d’œuvre ultime. Le développement de l’argumentation pour étayer cet engouement a été quant à lui plus nébuleux. On a bien sûr tenté d’inscrire « Le cheval de Turin » dans l’ensemble de l’œuvre de l’auteur dont on souligne systématiquement le pessimisme noir qui le pousserait à mettre ici en scène une fin du monde attendue sereinement par un père et sa fille et leur cheval dans une masure isolée battue par un vent incessant annonciateur d’un sixième jour à rebours où le créateur enlèverait de la Terre la dernière créature de la Genèse. Le style si particulier de Béla Tarr où la diffraction du temps tient lieu de crédo est aussi présenté comme la singularité d’un cinéma qui refuserait tous les principes narratifs pour se concentrer sur l’essentiel c’est-à-dire le dénuement des gens de peu pour qui la fin du monde comme de la vie tout court ne serait peut-être qu’un soulagement. Et de ce point de vue la démonstration de Bela Tarr si démonstration il y a, est édifiante. La vie de misère endurée par Ohlsdorfer et sa fille ne justifie en rien que la vie sur Terre se prolonge davantage. On veut bien être d’accord avec tout ceci mais s’extasier devant un film de deux heures trente durant lequel l’auteur nous inflige de contempler le triste rituel des corvées d’un père et de sa fille à qui il ne reste plus qu’une pomme de terre cuite à manger chaque jour que Dieu fait parait très exagéré. S’il suffisait d’en faire si peu pour réaliser un chef d’œuvre bien d’autres pourraient s'y atteler. C’est surtout la souffrance de l’auteur visible sur l’écran qui impressionne mais lui-même en présentant « Le cheval du Turin » comme son dernier film arrive au triste constat qu’il ne peut aller plus loin dans le dépouillement. S’il se trouvera toujours quelques exégètes prêts à tutoyer la vacuité, on peut aussi exiger d’un artiste qu’il fasse l’effort de s’adresser au plus grand nombre pour faire partager ses angoisses et ses obsessions. Certains dont Fellini, Coppola, Kubrick ou même David Lynch y sont parvenus avec brio sans jamais rien renier de leurs convictions. On sort de tels films en se demandant sincèrement comment certains ont pu y déceler tant de choses qui nous ont échappé pauvres êtres insensibles que nous sommes. S’il faut connaître toute l’œuvre de l’artiste pour y percevoir un début de sens c’est sans doute que celle-ci n’a pas la force suffisante pour briller d’elle-même. Dans les raisons de son renoncement, Bela Tarr semble aussi ne pas concevoir que ses films deviennent de plus en plus durs à monter face à des producteurs hermétiques à son message. De qui se moque-t-on ? Si la fin du monde est proche, cet artiste si plein de lui-même nous pardonnera quand même de souhaiter passer le temps précieux qui nous reste à faire autre chose. Tout le monde n’appartient pas à la famille Ohlsdorfer.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 25 avril 2014
A l'instar du "Faust" de Sokurov, vu récemment, un film ouragan. Ici, bien sûr, la métaphore est explicite, la tempête de vent étant à la fois le thème central et le décor principal, parabole d'une existence aride, d'un monde devenu fou dans lequel les lois de la nature semblent altérées. "Le Cheval de Turin" est plus qu'un film, c'est une malédiction. "Dieu est mort" proclamait Nietzsche ; "Le cinéma est mort" semble répondre Bela Tarr en écho, lui qui a déclaré qu'il s'agirait de son dernier film car ce genre de cinéma n'intéressait plus personne de nos jours. Une malédiction, vous dis-je.
Julien D

1 338 abonnés 3 461 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 20 mars 2014
En nous narrant un récit dénué d’intrigue au sens cinématographique du terme, en à peine trente plans s’étirant sur cent-cinquante minutes, Bela Tarr s’offre, pour ce film qu’il a annoncé comme étant son dernier, une application poussée à l’extrême de son style si particulier. Réservé aux amateurs du réalisateur hongrois et de sa mise en scène terriblement austère donc, Le cheval de Turin se veut, comme l’annonce sa phrase d’ouverture, être inspiré des derniers jours de Friedrich Nietzsche, puisqu’il narre la déchéance physique et psychologique d’un vieil homme enfermé dans une ferme isolée au milieu d’une campagne plus que farouche. Si le minimalisme radical de la réalisation et l’absence de scénario concret du long-métrage peuvent s’apparenter, pour ses détracteurs, à un profond manque de souffle artistique au profit d’une volonté de misérabilisme déprimant, n’importe quel amateur de cinéma saura apprécier la valeur de ce noir et blanc plein de poésie, de cette musique lancinante et de ses cadres picturaux. C’est en définitive un exercice assez pénible que de se plonger dans cette nouvelle référence en matière de cinéma contemplatif, mais dès lors que l’on cherche à y voir la métaphore d’une humanité enfermée dans une routine abrutissante en attente d’une mort imminente, alors seulement on peut se rendre à quel point Bela Tarr a voulu clore sa carrière sur une œuvre au lyrisme extrêmement mélancolique.
anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 19 janvier 2015
Ce film est extrêmement élitiste. Je ne veux pas dire par là qu'il ne conviendra pas à la majorité des spectateurs, à tous ceux qui se contentent des cocktails hollywoodiens et des comédies françaises aux recettes à peine renouvelées. Non, je ne veux pas dire ça : je veux dire que c'est bien pire, car pour pouvoir voir ce film, il faut avoir quelques traits de caractère et être dans une humeur précise. Il faut être réceptif à l'absence quasi-totale d'action à proprement parler d'abord, pour se plonger dans toute l'asphyxie viscérale d'une (sur)vie monotone, désespérément rude et sur son déclin. Il faut être réceptif à la lenteur (ce qui est bien rare aujourd'hui, puisque l'on est plus enclin à s'agiter si vite que l'on a pas besoin de raisons), aux plans séquences en noir et blanc et sans dialogues, aux détails, aux variations. Il ne faut pas confondre la lenteur avec l'immobilité, ni le plan fixe photographique avec le rien, et il ne faut pas confondre un travelling en arc allant de gauche à droite en reculant, avec un travelling en diagonale allant de droite à gauche en avançant. Il ne faut surtout pas être hermétique aux façons de filmer, et il faut faire un partage entre l'hébétude et le bourrage stylistique. Il ne faut pas non plus, même en s'attendant à un film lent et austère, penser que l'originalité des choix de réalisation rendra tout cela transcendant : ce n'est pas le sujet, même si ça peut arriver (question de culture cinématographique personnelle..).
Mais avant tout, il faut surtout être sérieusement prêt à côtoyer la désolation, le sinistre, le désespoir, l'entêtement absurde et terrible des naufragés qui flottent là, au fond, sans plus songer à la possibilité d'un événement salutaire. Bela Tarr a fait plus que le minimum requis pour aborder ces écueils vitaux, et, forcément, ça en désole plus d'un.
J'ai vu ce film avec des personnes qui, comme moi, étaient réceptives à tout ça : mais si j'avais essayé de le voir seul, je crois que je n'aurais pas réussi.
Gustave Aurèle
Gustave Aurèle

184 abonnés 2 627 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 2 février 2014
Musique technoïde + images pornographiques + discours abscons = OFNI ! Un film sibyllin où la religion n'est qu'un puits asséché, où l'apocalypse n'est qu'un athéisme salutaire, où le cheval aurait seul mérité la parole.
S M.
S M.

40 abonnés 557 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 30 décembre 2013
J'ai été littéralement subjugué par les images du film "Le cheval de Turin". Les plans, le NB, les éclairages, tout est sublime. La musique est sombre et lancinante et colle parfaitement à l'ambiance. Cette ambiance noire et apocalyptique de fin du monde. D'accord, il y a des longueurs. Mais perso, cela ne m'a pas dérangé. Chef-d'oeuvre de Béla Tarr.
JR Les Iffs
JR Les Iffs

101 abonnés 1 151 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 3 février 2013
Chef d'oeuvre ou chiantissime ?
Long poème visuel presque sans parole qui peint l'existence extrêmement pauvre d'un cocher de campagne, de sa fille, et de leur seul cheval.
(Très) longs plans séquences, habituels chez Bela Tarr, qui décrivent les actions sans cesse répétées des personnages.
La séquence d'ouverture, techniquement superbe, montre l'évolution du cheval et de sa carriole le long d'un chemin brumeux. Tout le reste se passe dans la masure de ce couple où les mêmes gestes sont tous les jours répétés. Filmé dans un très beau noir et blanc, avec une caméra parfois très souple et mouvante, parfois statique. Le film s'éternise, c'est un parti pris de l'auteur, cette lenteur répétée. L'aspect pauvreté est trop prononcé et empêche une véritable émotion. Film plein de désespérance, noir, rempli du refus de l'autre (les Tziganes). Ils mangent toujours la même patate chaude avec leurs doigts : étrange. Le film est fait pour envoûter avec une musique belle et lancinante. Ce procédé stylistique de lenteur et de répétition donne une impression de vide, d'absurdité. Le cheval est très peu présent en fait. Présence continuelle du vent. Sommes-nous dans un monde concret ou un monde abstrait sorti de la tête du cinéaste ? A vouloir être trop réaliste, cela devient irréaliste. Le style prévalant sur le récit. Soit on est envoûté, soit on est agacé.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 12 janvier 2013
On ne peut pas dire que le Cheval de Turin soit un chef d’œuvre, car il s'agit d'une œuvre à part, bien loin du Prestige de Nolan et autre Inception, sinon qu'il est excellent. En réalité il ne nous raconte pas une histoire mais nous "montre" une histoire, au passage anodine puisqu'il s'agit d'une description plus que minutieuse de deux paysans hongrois, toutefois le regard du spectateur sachant se laisser emporter sera comblé, mieux vaut laisser de côté ses goûts de cinéphile averti quand on regarde Le Cheval de Turin, mieux vaut laisser les lectures minutieuses des scènes à la recherche d'un quelconque message de l'auteur ou autres diverses métaphores. Le Cheval de Turin est un conte philosophique à la croisée de la singularité et du non-sens ce qui en réalité justifie bien le prologue concernant une anecdote de la fin de vie de Nietzsche.
S'ennuyer est je pense une sensation normale au cours du visionnage de ce film, car il requiert que le spectateur soit profondément passif, il faut être passif pour se sentir en immersion totale avec l’environnement du film.

Le Cheval de Turin bénéficie d'une direction artistique extrêmement recherchée et on se retrouve parfois bouche bée devant des plans fixes étonnants. Un excellent film à part avec un style très contemporain, pensez avant de vous dire "Putain c'est chiant" ce que vous diriez devant une toile abstraite ou encore un morceau de musique étrange !
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 30 septembre 2012
Oui il y a des longueurs, oui on a le droits de s'ennuyer à certains moments du film. Mais comment ne pas voir dans ce film un des plus beau objets que le cinéma est donné depuis longtemps. Béla Tarr est l'un des plus grands!
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 28 août 2012
Nietzsche et le crépuscule des Dieux.
Bela Tarr, et le crépuscule d'un cinéma divin?
Annoncé comme son dernier film, parce que grossièrement : "les gens ne veulent plus de ça?"
La fin du monde alors?
Le jour où les gens cracheront sur les chef d'oeuvre, ils cracheront sur l'espoir.
Le cheval de Turin.
Cinq étoiles. Il m'est arrivé de coucher un soir, charmé. Mais là...
Bela Tarr signe et paraphe un chef d'oeuvre révérence big bang de tout ce que peut être et seras le cinéma. Et la fin du monde?
Parabole de la mort des arts? Où de notre mort à nous? De tout, du coup?
Plus d'art, plus d'espoir, plus de vie. La mort de l'art. La mort de Dieu?
Le crépuscule des Idoles.
"Melancholia" et "Take Shelter".
Deux films qui parlent pour une fois poliment, de la fin du monde. Poliment parce que vraiment, avec des sentiments, crus, bruts. Une irrémediabilité.
Crue.
Vrai.
Mais là?
Il y a plus encore.
Un film composé de plans séquences longs, nécessaires, plein d'atmosphère, de sentiments, de vie qu'on a perdu, qu'on perd, petit à petit.
Plus qu'un chef d'oeuvre, une oeuvre, essentielle. Brut. Irrémediable.
Comme un viol. Un viol de l'art. Qui s'introduit sous la couette et vous viole.
Matrix, version sans capote.
Le cheval de Nietzsche.
Le crépuscule des idoles.
La fin du monde,
La fin de tout.
Tout,
Simplement.
anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 21 juin 2012
Un chef-d'oeuvre tout simplement, du cinéma pur comme on en voit rarement.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 15 juin 2012
Alors que le film nous laisse entrevoir un chef d'oeuvre, on découvre un néant cinématographique ...
Pendant 140 min, le réalisateur nous gratifie d'un film à la lenteur pénible, où de longs plans-séquences ne trouvent aucune justification, où le silence est permanent, où l'on se demande ce que l'on fait là ...
Dans cette vacuité scénaristique, il y aura 3 ruptures : le monologue nietszchéen du voisin, plus une logorrhée d'ailleurs tellement on est sonné par prés d'une heure de quasi-silence , la visite de tsiganes venant prendre un peu d'eau au puits, et la lecture peu assurée d'un livre ....
Que retenir de ce film ??? Rien, si ce n'est une imposture manifeste ...
On nous parle du cheval de Turin (en Italie, donc) et on nous décrit le quotidien de paysans hongrois (oui, les dialogues sont en hongrois, et ils boivent de la palinka !!!), on nous alléche avec un grand philosophe allemand, et on ne le voit même pas ...
gemini-hell
gemini-hell

31 abonnés 395 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 18 mars 2012
Un père, sa fille, reclus dans leur ferme isolée et vivant dans un dénuement total, sont observés sur une période de six jours. A l’extérieur, le vent souffle continuellement dans une ambiance post-apocalyptique. Qu’attendent-t-ils ? Quels dangers encourent-ils ? Que signifie la présence dans leur grange de ce cheval revêche ? Est-ce la fin du monde qui s’annonce ou bien nous trouvons-nous dans l’antichambre du néant ? Bela Tarr laisse le choix au spectateur d’imaginer toutes les hypothèses possibles. Pour adhérer pleinement à cette œuvre austère, il faudra en accepter les choix drastiques de mise en scène et de narration. La sublime image en noir et blanc et la qualité de la bande-son s’imposent au-delà même de toute appréciation sur la qualité globale de ce film destiné à un public pointu.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 22 février 2012
Très bon film de Béla Tarr, ultime oeuvre de son auteur selon son auteur. Film difficile et simple, éprouvant aux frontières de l'ennui, ironique et grave, Le cheval de Turin a d'abord l'énorme mérite de proposer autre chose - une autre image, un autre temps, une autre narration, une autre couleur, une autre pensée ou un autre sentiment, un autre cinéma en somme, aux antipodes de la médiocre consensualité, frénétique et bête, du cinéma actuel (qu'on pense à la reconnaissance faite au dernier d'Hazanavicius, loué pour sa prise de risque et son culot, et pourtant composé, certes avec habileté, comme le sont tous ses concurrents actuels - mais on ne félicite la différence que parce qu'elle n'est pas si lointaine, c'est entendu). Le film de Béla Tarr laisse cette zone d'incertitude et d'incompréhension propre à toutes les oeuvres consistantes, à mi-chemin entre l'admiration muette et la gêne : quelque chose s'est passé là, devant les yeux, qui demande arrêt, suspension, retour. Abasourdi par la longueur, la pesanteur, la beauté de cette oeuvre circulaire, on est mystérieusement appelé à revenir sur Le Cheval de Turin après l'avoir découvert ; une histoire quasi obsessionnelle de cycles et de grandes plages de temps, qui inquiètent et découragent en s'abattant comme des vagues : Tarr a proposé, pendant près de 2h30, un rythme ternaire, une sorte de roue, que l'on s'évertue, quelques temps encore après que l'image se soit tue, à suivre du regard, comme si une étincelle de sens devait jaillir d'un mouvement perpétuel, d'un cercle roulant sur lui-même. Par là, Tarr s'interroge sur l'oeuvre d'art et son origine, en dévoilant cette question insistante, tortueuse, séduisante : comment diable le nouveau, l'autre (être mais surtout devoir-être), peuvent-ils naître du même ?

Parce que le sens, vaporeux et invincible comme le vent dans le film, échappe en partie [...] Un accent fataliste, évident, se dessine : acceptation par les personnages d'une lutte avec leurs terribles conditions d'existence, l'air résigné. Un accent pessimiste : la tempête gueule et frappe de plus en plus violemment, la fin du monde approche, le cheval refuse de porter, de manger, de bouger, et bientôt la fille l'imitera et puis le père. Et puis, surtout, un accent nihiliste : pas d'ailleurs, pas d'horizon (refus de suivre les tziganes en Amérique, ce Nouveau monde aux espoirs de richesse (ou riche d'espoirs, c'est selon) : nihilisme post-communiste demandant quelle autre voie peut surgir, contre-balancer le capitalisme archi-dominant ?). La dernière oeuvre de Tarr ne semble offrir aucune issue : l'action est tuée, étouffée à la racine, parce que manque le pourquoi, la raison, quelque chose. Nihilisme au sens où plus aucune valeur ni aucune norme ne peuvent plus guider l'homme, au sens où transcendance et immanence achoppent (lecture religieuse hachée, inféconde d'une part, et puits à sec, absence de ressources, stérilité de la nature d'autre part), au sens où l'homme tourne en rond. [...]

Plusieurs tentations viennent tutoyer, chatouiller un esprit naturellement interprétant : premièrement une tentation métaphysique, sur la fin du monde, l'"acosmisme" et son rapport à l'homme sous la forme de la mort : peur, acceptation, divertissement, résignation, immobilisme... Deuxièmement une tentation politique faisant de ce couple voué à la détresse du cycle l'image de toute famille moderne, soumise au temps et aux rituels, organisés autour des besoins primaires, sans pensée, sans vitalité, sans souffle (alors que dehors, ou le dehors, ça souffle, parbleu). Troisièmement, tentation de nietzschéiser (ou philosopher, mais enfin, les deux termes s'équivalent...) le film, avec les thèmes abordés ou suggérés suivants : cheval de Turin et début de la folie, nihilisme donc, dernier homme, histoire de l'humanité en termes d'esclaves et de nobles et d'apparition de la raison, prophétisme, éternel retour of course. Le mérite de Béla Tarr, ici, c'est de ne pas accréditer une ou les trois tentations : il veut son film optimiste, porté à l'action, et non philosophique [...]

On comprendra aisément la rétivité de tant de spectateurs à un tel projet (c'est que précisément, quelque chose nous est projeté à la face, un défi, une épreuve), habitués à une intrigue ficelée dans des plans rapides et efficaces. Mais Le cheval de Turin, on l'aura compris, permet, pour un temps que certains estimeront exagérément grand voire invivable, de goûter, de découvrir et d'explorer un espace et un temps qui fissurent nos convenances artistiques. [...] Du cinéma, quoi... 16/20 (si la conscience du fait que l'ennui est volontaire pouvait supprimer l'ennui, la note serait plus haute).

Et bien sûr, toutes les critiques sur le Tching's Ciné : http://tchingscine.over-blog.com/
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