Le Cheval de Turin
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3,6
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Tumtumtree
Tumtumtree

202 abonnés 579 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 3 février 2012
Chef-d’œuvre ! Mais comme vous l'avez sans doute lu ailleurs : un chef-d’œuvre exigeant. J'y allais à reculons, pensant voir un film quasi-conceptuel où la même scène est répétée 30 fois de suite à l'identique... Mais c'est loin d'être cela ! Le film est en fait assez proche du cinéma de Carl Théodor Dreyer, Robert Bresson et d'Ingmar Bergman. Mais avec un ascétisme encore plus affirmé. La mise en scène est superbe : la lumière, le noir et blanc, les longs plans séquences avec leurs mouvements de caméra très subtils, les gros plans de visage, l'intervention de la voix off, etc. Quant au propos, il est évidemment très abstrait mais s'inscrit parfaitement dans notre époque : Bela Tarr fait lui aussi un film sur la fin du monde. Et sa vision est d'un très grand dépouillement. Comme Lars von Trier (dont le film à côté de celui-ci est une sitcom...), Tarr voit cette fin du monde du point de vue de personnes isolées, loin de toute ville et de la société. La scène d'ouverture, le monologue nietzschéen du voisin, le passage des tziganes, la lecture du livre, etc. sont déjà autant de scènes cultes de l'histoire du cinéma. Oui, on croit voir "Vampyr"/"Ordet"/"La passion de Jeanne d'arc" de Dreyer, "Au hasard Balthazard" de Bresson et "Le Septième sceau" de Bergman, réunis en un seul film. On se souvient aussi du film "Le Vent" de Viktor Sjöström... Et je ne dis rien des références extrêmement subtiles à la peinture (Scène de "fuite en Égypte", Georges de La Tour, peut-être Giorgio Morandi, etc.). Bref, un chef-d’œuvre !
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 29 janvier 2017
Le cheval de Turin : Béla Taar et le refus

________

Pour la petite histoire, face au grand artiste qu’est Béla Taar, Le cheval de Turin a pour origine un incident qui bouleversera la vie d’un certain Friedrich Nietzsche : le 3 janvier 1889, alors qu'il effectuait un trajet en calèche, le cheval a cessé d'avancer. Incapable de le remettre en marche, le cocher a battu la bête, ce qui suscita chez le philosophe un élan de compassion. Nietzsche se pendit au cou de l'animal et passa ensuite les dix dernières années de sa vie dans un état de démence__________________________

De là à penser que Béla Tarr, présent ce jour-là, n’aura trouvé rien de mieux que de rentrer avec ce cheval et son cocher...

Grande est la tentation !

Film frugal tout comme le repas qu’un père et sa fille partageront jour après jour - des pommes de terre cuites à l’eau -, tandis que dans la grange, plus qu’une bête, un cheval refusera bientôt toute nourriture ; et à propos de cet animal, on sera tenté de se dire que si ce cheval avait eu le don de la parole, nul doute, c’est sans un mot qu’il aurait mené sa vie.

Cinéaste au rythme cardiaque très lent, cinéma en apnée car, si d'aucuns savent retenir leur souffle, d'autres savent retenir le temps comme personne, tout comme cette musique musclée - organum et cordes dans le grave -, véritable bombe à retardement lancinante et récurrente (en do mineur), destinée à porter et à accompagner 30 plans-séquences de cinq minutes chacun, plans que d’aucuns qualifieront de contemplatifs, d’autres, moins compréhensifs ou pusillanimes, d'interminables...

Ces plans trouvent pourtant leur raison d’être, leur force, leur efficacité, leur caractère aussi rare que précieux (comme chacun sait, le cinéma ce n’est pas ce qui nous est montré mais ce qui nous est révélé !) dans le fait que, tous, sans exception, forcent le spectateur à quitter l’image et l'écran pour rentrer dans lui-même et y poursuivre deux heures et demie durant, même et surtout somnolent, sa propre œuvre que devient alors sa vie pour le temps qu'il lui est donné d'être le spectateur de Béla Tarr.

Pour cette raison, Le cheval de Turin se rêve autant qu'il se voit. Aussi, et vraiment ! on peut affirmer qu’avec le cinéma de Béla Tarr c’est autant le spectateur qui fait le film que le réalisateur. Et nous devrions tous demander à partager avec lui l’Ours d’argent que le film a reçu à l'occasion du dernier festival de Berlin.

Artiste d’une radicalité qui n’a besoin ni de discours ni de justification, fascinés nous sommes face à la volonté de fer de ce réalisateur pour lequel aucun compromis n’est une option ! Et si au cinéma le noir-et-blanc reste bien le choix de ceux qui ont encore quelque chose à dire, la couleur, celle de l’industrie cinématographique, avilissant tout ce qu’elle touche et recouvre…

Le cheval de Turin restera un gigantesque bras d’honneur adressé à cette modernité cinématographique imbécile et veule, film après film - un film chassant l'autre -, d'un Béla Tarr ennemi public numéro un de tous ceux qui ont la faiblesse, la bêtise ou la naïveté de penser que le cinéma n’est qu’un divertissement.

Mais alors... qu'ils passent donc leur chemin ! Car quelque part, dans une province hongroise, on attend les plus exigeants d'entre nous.

***

Après le passage d'un groupe de tziganes que personne n’a invité, chassé à la hache, l’eau du puits s’est tarie, la tempête s’est tue, le soleil a fondu et l’aube ne s’est plus levée...

Et c'est toute la volonté de puissance de vie avec son orgueil dévastateur qui se retire du monde, une lampe à pétrole, au réservoir pourtant plein, refusant définitivement d'éclairer la demeure d'un père et de sa fille - une seule pièce commune pour tout lieu de vie -, et bientôt par voie de conséquence, l'écran...

Puisque... pas de lumière, pas de cinéma !

***

Béla Tarr écrase tout sauf le spectateur, et longtemps on pourra se demander avec lui qui n’en a aucune idée aujourd’hui encore, et même après plus de dix films, quelle peut bien être l’origine (quelle scène primitive au traumatisme fondateur ?) d'un tel parti-pris artistique, d’un tel refus proche d'un Bartleby, obstiné et têtu, d'une telle démarche hors du commun des pauvres mortels que nous sommes, et lui avec nous.

Même si une réponse semble s'imposer…

A l'origine de cette radicalité sans doute trouvera-t-on le refus (encore le refus !) d'un monde dans lequel il n'est plus possible de vivre sans tuer l’autre ou dans le meilleur des cas, sans pourrir irrémédiablement la vie de son voisin avant de ruiner sa vie propre dans une lutte acharnée et cruelle pour une survie qui n’est déjà plus une vie mais un commencement de mort lente et sinistre.

Et si l'on tend l’oreille, on pourra très certainement entendre de la voix de Béla Tarr un : « Ce sera sans moi ! ». En effet, Le cheval de Turin est l'ultime film d'un cinéaste qui abandonne le cinéma.
Moorhuhn
Moorhuhn

167 abonnés 579 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 22 janvier 2012
Après avoir aimé Les Harmonies Werckmeister et détesté l'Homme de Londres, je me suis précipité dans mon cinéma afin de voir ce qui est, d'après les dires du cinéaste, le dernier film de Béla Tarr. Plutôt bien accueilli je me sentais plus en confiance, m'attendant davantage à un Werckmeister mais en fin de compte ce film s'est avéré être une épouvantable déception.
Ce qui m'emmerde avec Tarr c'est que ces films sont toujours d'une beauté sidérante. Un Noir et Blanc parfait, la photographie y est somptueuse et techniquement Béla Tarr est bien un des plus grands formalistes qui soient avec un film tourné entièrement en plans séquence minutieux et plutôt longs. Le Cheval de Turin a une force visuelle incroyable, comme d'habitude chez Tarr, mais alors le même mal qui régissait L'Homme de Londres frappe une fois encore. Ce film est redoutablement CHIANT.
Certes la réalisation est d'excellente qualité mais Tarr a juste oublié de rajouter de la substance dans ce film qui en manque cruellement. Cette représentation pathétique à laquelle j'ai assisté durant 2h30 est théâtralisée à l'extrême, d'une boursouflure sans nom. Impossible de croire à ce que j'ai vu, ce film n'a strictement rien d'authentique que ce soit dans les interactions entre les personnages, la représentation des gestes du quotidien et même la façon de mettre en scène dans sa globalité. Voir des personnages bouffer des patates, aller au puits, dormir, rebouffer des patates, aller au puits, dormir pendant un laps de temps très étiré, très franchement ça ne me plaît pas et je trouve ça complètement inutile. De ce film je n'ai vu que de la technique et rien d'autre, ça atteint des sommets de redondance, c'est vide et pompeux. Les scènes d'intérieur sont d'un soporifique sans nom, heureusement que la fille a souvent la décence d'esprit d'aller dehors, la forte tempête a au moins le mérite de nous réveiller. Ce film nous raconte en gros ni plus ni moins qu'une fin du monde, ce qui colle bien avec la tournure que prend la carrière du réalisateur mais l'ambiance n'est même pas au rendez-vous. Pourtant le film commençait très bien avec cette scène où le cheval traîne sa charrette, défiant la tempête. C'était non seulement beau mais également puissant. Mais le reste n'est pas de ce calibre et force est de constater que finalement le Cheval de Turin reste très superficiel. Le (possible) dernier film de Béla Tarr est en fin de compte à l'image du phénomène météorologique qui ne cesse d'agir durant les 2h30 de cette purge: c'est du vent.
Parkko
Parkko

191 abonnés 2 020 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 22 janvier 2012
Le seul autre film de Bela Tarr que j'ai vu c'est Les harmonies de Werckmeister mais le Cheval de Turin ne fait clairement pas le poids face aux harmonies que j'avais bien aimé. Le Cheval de Turin m'a fait pensé aux parodies réalisées par les Inconnus sur certains films, c'est dire.
En soi je ne me suis pas ennuyé en le regardant, je m'étais préparé à une œuvre austère et très lente. Ce n'est donc pas ça le problème. Le problème c'est que j'ai trouvé ça sans intérêt. Je ne trouve pas qu'un travelling sur un cheval soit d'une inventivité folle en terme de mise en scène pour ma part. J'ai souris en écoutant les critiques dire que c'était toujours la même chose mais filmer d'un angle différent. Je suis désolé mais les scènes de repas, filmées tantôt "côté porte" tantôt "côté fenêtre" (alternant ainsi de gauche à droite et de droite à gauche la place de l'un et de l'autre), on va pas me dire qu'il s'agit d'un grand cinéma et que ce nouvel angle de vu sur le repas familial est d'une inventivité folle. Ce n'est pas parce qu'il y a marqué Bela Tarr après Réalisateur : qu'il faut tout cautionner.
Alors que reste t-il dans tout ça ? Et bien au moins une expérience cinématographique, déplaisante, certes, mais qui cherche à sortir des sentiers battus. Et c'est déjà ça.
norman06

425 abonnés 1 826 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 14 janvier 2012
Austère, contemplative, picturale : cette œuvre rugueuse et minimaliste relève d'un cinéma radical mais reste l'une des plus accessibles de Béla Tarr. La beauté de la photographie, l'envoutement musical et l'agencement de plans séquences magistraux en font tout le prix.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 10 janvier 2012
Ce film fait partie de ces presques chef-d'œuvre qui sont difficile à voir parfois mais dont on se souvient toute sa vie. Difficile car répétitif, lent, par rapport à la vie parisienne, etc. Mais aussi un régal de mise en scène, aussi admirable que les images que l'on pourrait isoler
et qui forment des photographies artistiques. Le film est en noir et blanc. Le son est parfait. Magnifique.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 4 janvier 2012
Le débat saisit parfois le petit monde de la critique et de la cinéphilie : quelle est la limite entre le geste artistique et le vide ? Comment un film qui transporte un auditoire peut-il en excéder totalement un autre ? Tout film radical dans son développement artistique doit-il être considéré comme digne d’intérêt ? Le dernier film de Lynch en date (l’abominable Inland Empire) avait déjà posé ces questions. L’an dernier, c’était la Palme d’Or qui méritait un débat de ce type. Il y a quelques semaines, l’exceptionnel voyage de Nuri Bride Ceylan en Anatolie pouvait aussi rentrer dans cette catégorie. Et aujourd’hui donc, ce Cheval de Turin, bardé de récompenses et de lauriers critiques. Alors : chef d’œuvre ou arnaque ?

Tout d’abord, chaque spectateur qui aura l’audace de se risquer en salle doit savoir ce qui l’attend. Plus de 140 minutes de noir et blanc, quasiment sans dialogues, dans une masure perdue au fin fond de la campagne. Deux personnages principaux et quasiment uniques, ainsi que leur cheval. Six journées de leur vie, qui se répètent de manière entêtante autour de leur cérémonials de lever, déjeuner et coucher. Et c’est tout, rideau.

L’ensemble cherche délibérément à être un geste artistique sans concession. L’objectif semble être d’enfermer le spectateur dans une forme de folie qui prend peu à peu racine dans la tête des personnages principaux. Mais, si le vide sidéral de l’ensemble interpelle pendant les premières dizaines de minutes, il provoque rapidement chez le spectateur (même le plus patient) un sentiment de gêne, qui se transforme en souffrance puis en énervement à mesure que le film avance sans but, sans enjeu, sans évolution.
Rien ou presque ne bouge, quasiment rien n’a l’air digne d’intérêt dans l’univers que décrit Bella Tarr, et pourtant, il décompose chaque scène, chaque mouvement, le répète à l’infini jusqu’à l’épuisement. On en vient à guetter ses tics de mise en scène, ces longs plans qui terminent sur une vue fixe d’une porte, ou d’une tête de cheval, appuyés par une musique (une seule partition, évidemment) répétitive et lassante. Epouvantable. Une forme avancée de cinéma du rien, qui laisse chacun y voir ce qu’il veut y mettre, mais qui ne cherche jamais à développer des situations, à créer des personnages ou à accompagner son public quelque part. Bienvenue dans la tête d’un réalisateur qui souhaite faire partager au monde sa vision destructrice et très personnelle de l’apocalypse, même si cela consiste à vous enfermer dans une masure sordide pendant plus de 2 heures.

Cela dit, le film présente quelques avantages. Cela laisse un peu de temps pour penser à la liste de courses, aux coups de fils qu’on doit passer, ou encore d’observer les éclairages de secours de sa salle de cinéma. C’est également une excellente occasion de tester sa résistance à l’endormissement, qui frappe impitoyablement tout spectateur n’ayant pas 8 à 10 heures de bon sommeil derrière lui.

Certains parlent d’une œuvre magistrale qui décrit la folie, d’autres l’enfermement, d’autres encore l’apocalypse. Pour aller dans leur sens, je pense qu’on ne s’est rarement autant senti proche de l’enfer sur Terre, et que rarement la lumière de la sortie de salle n’aura été accueillie avec une telle bénédiction. Un grand moment de masochisme cinématographique, qui semble plaire même au-delà du Triangle des Bermudes de la critique. Mais il faut décidemment aimer se faire mal. Très mal.

http://dh84.over-blog.com/
Christoblog

920 abonnés 1 800 critiques Suivre son activité

1,0
Publiée le 27 décembre 2011
Introduction

Le film décrit la vie d'un vieillard et de sa fille, dans une ferme isolée. C'est la fin du monde. Le film en décrit les six derniers jours.

Premier jour

Le premier plan est de toute beauté. Je me dis que mes a priori ne sont peut-être pas justifiés. Dans le générique, j'ai vu qu'une des boites de production s'appelait Zéro fiction, et ça m'a fait un peu peur. Je comprends progressivement que le film est décomposé en plusieurs jours. C'est un peu lent. Première phrase de dialogue au bout d'un quart d'heure. Deuxième dialogue, dix minutes après. La mise en scène baisse d'intensité. Je commence à m'emmerder sérieusement.

Deuxième jour

Je sens que ça va être horrible, quand les scènes vues dans le premier jour se reproduisent.

Lever, habillage, coup de gnôle, absorption d'une pomme de terre bouillie avec les mains. Aie, aie, aie, ça sent le pâté. La mise en scène est devenue en plus quelconque : plans fixes d'une minute sur un mur ou un linge étendu, fondus au noir grossiers, zooms moches. Le film ressemble de plus en plus à un pensum de première année de l'école de cinéma de Brno. La répétition des scènes me rappelle quelque chose, mais quoi ? Oui : le dentiste ! Vous savez : vous allez chez le dentiste pour un simple contrôle et ce dernier vous trouve une carie bien avancée. Vous avez droit à 5 séances avec dévitalisation, fraises de toutes tailles, et moulages en tout genre (avec les petits coussins oranges contre les gencives). La première fois, vous regardez le plafond en étudiant les mouvements d'une mouche. La deuxième fois, vous surveillez la répétition des gestes de préparation avec une attention inquiète. La troisième, vous pleurez dans la salle d'attente.

Hé ben, là, pareil.

La suite ici : http://chris666blogsallocinefr.over-blog.com/article-le-cheval-de-turin-95152164.html
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 26 décembre 2011
Absolument incroyable!!
Atmosphère pesante MUSIQUE pénétrante plan séquence inoubliable...
cinono1

366 abonnés 2 276 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 22 janvier 2012
Et l'obscurité fut...Lieu et date indéterminée, le combat de l'homme contre les vents contraires, la difficulté de vivre du quotidien ou un jour, les évenements se dérèglent. Longs plans séquences ajouté à un très beau noir et blanc participent à l'hypnose du spectateur. Peut-etre pas un chef d'oeuvre mais un film marquant et accessible malgré une narration un peu sèche, à la fois abstrait et prosaïque. Une oeuvre apocalyptique et sombre.
islander29

1 032 abonnés 2 669 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 décembre 2011
ouahhhhhhhh quel choc....si vous vivez à 100 à l'heure, allez voir ce film, mieux qu'une séance de Yoga....Le film impose son rythme, et si vous vous révoltez il en rajoute...Autant aller au pas du cheval qui marche lourdement dans une dune dévastée par la tempête...Le film impose sa temporalité, sa saison, sa noirceur impitoyable...Le siècle est lourd et les gens plient le dos sous la pauvreté...Les scènes sont dénudées de tout, on mange des pommes de terre tous les jours, le film montre les pommes de terre en train de cuire interminablement...L'homme est infirme, sa fille vit avec lui et l'aide tous les jours...Pourquoi ne part-elle pas ? Les jours se suivent et se ressemblent....Le quatrième jour est une géniale métaphore de la fatalité....On se s'arrache jamais de son destin...Noirceur, noirceur, le temps pour sombrer, le temps pour s'enfermer loin de tout....Un homme , un voisin , venu chercher de l'alcol illumine de sa pensée l'univers entier...Est ce une référence au philosophe Nietzsche ? Les mots sont superbes et défient le monde....Ce n'est pas un beau film, c'est lent, c'est sombre, c'est déprimant, mais c'est grand...Est ce que le réalisateur suit une propre thérapie en filmant....La question a quelque chose d'évident pour le spectateur...Prenez des risques , allez y, mais après ne vous plaignez pas de la vie...Antidépresseurs plutot conseillés....
Maqroll
Maqroll

203 abonnés 1 123 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 14 décembre 2011
Après la citation en voix off d’une anecdote sur l’entrée dans la folie de Nietzsche, on se retrouve projeté dans un univers de fin de monde, évoquant irrésistiblement les mondes glacés de Tarkovski. Dans une plaine balayée par une tempête qui paraît éternelle, la vie s’écoule, aride et austère pour un paysan hémiplégique et sa fille, laide et aussi dure que lui. Les jours passent… tous les mêmes en apparence Ils n’ont presque rien : un vieux cheval, des terres qu’on devine minuscules et pauvres, du mauvais alcool qu’ils boivent dans un rituel quotidien, un puits pour cuire de grosses pommes de terre qu’ils mangent brûlantes après les avoir épluchées de leurs ongles… Mais l’autre est là, pas loin, menaçant, qui veut s’accaparer et souiller, à l’image de ces Tziganes de passage qui manifestent bruyamment que la terre et l’eau sont à eux… Alors commence la plongée finale, inexorable, fatale, acceptée sans une plainte… et la lumière ne fut plus ! Sur une trentaine de plans séquences, on est pris, capté, hypnotisé par des images en noir et blanc d’une beauté farouche, par le rythme pesant d’une musique répétitive, par cette vision noire de l’humanité. Poème désespéré, ce dernier film annoncé de Béla Tarr laisse une cicatrice qui s’agrandit avec le temps qui passe. Il s’installe, on s’en pénètre, on s’en imbibe comme le paysan de sa vieille gnôle avant de le laisser descendre tout au fond de soi pour y rencontrer sa propre peur du vide et du noir, de la faim et de la soif, de la solitude et du néant… mais aussi son désir de vivre, de prolonger cette souffrance jour après jour, le plus longtemps possible… La condition humaine est terrifiante !
Georges F
Georges F

8 abonnés 257 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 13 décembre 2011
Que voilà, donc, un bel OVNI.
Le cinéma autorise décidément tout : ce film est noir, répétitif avec deux personnages qui reproduisent indéfiniment les mêmes gestes pendant deux heures et demie sur une trame musicale de trois notes qui revient de manière lancinante pendant toute cette exaspérante représentation.
Sans doute est il de bon ton de saluer l’œuvre de Bela Tarr – que je ne connais pas – mais sur le Cheval de Turin, comment peut-on s’extasier, alors qu’il ne se passe rien ?
On chauffe deux pommes de terre dans une marmite d’eau, le père en pèle une, d’une seule main et la mange bruyamment, histoire de couvrir le bruit des traditionnels popcorns vendus à l’entrée ; on sort le cheval pour aller dans la campagne nue, aride et ventée et on le ramène à l’écurie à plusieurs reprises. Il ne se passe rien, quelques borborygmes meublent le silence, en dehors de la litanie de trois notes ; le seul évènement notable paraît être, lorsqu’on cherche à sortir une nouvelle fois le cheval de l’écurie et que celui-ci refuse, sans doute exaspéré par cette réalisation, sans queue ni tête, à laquelle il ne veut plus participer.
Probable intuition animale du cheval qui n’est pas rompu aux usages germanopratins.
À qui s’adresse le film ?
Sans doute au candidat au suicide qui hésite encore, afin de faciliter sa décision.
À l’apprenti compositeur qui se dit qu’il va pouvoir créer, aisément, la musique d’un film.
À un ami dont on veut se défaire ou à son meilleur ennemi, auquel on présentera le film comme un chef d’œuvre à voir absolument, entouré de toute sa petite famille…
Pascal H.
Pascal H.

6 abonnés 78 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 décembre 2011
Quel expérience, c'est indescriptible. Étrangement, on ne s'ennuie pas. Les 2h20 défilent. D'autres films font gesticuler des personnages sur plusieurs scènes avec une bande sonore clinquante et pourtant, au final, on s'ennuie. L'habillage est toujours aussi loin de faire un film. Ici la bande sonore se résume au bruit du vent, constant tout du long avec de temps en temps ce thème lancinant. Visuellement j'ai beaucoup apprécié la réalisation, le noir et blanc est terriblement bien maîtrisé avec des cadrages qui vous parlent, impressionnant. Ce film est une expérience que peu retenteront je pense. Il est pour moi l'ode à l'abandon et à la résignation. Et donc par la même occasion, un hymne à la vie. On apprécie mieux les choses après une mauvaise expérience, on apprend dans la douleur. Le Cheval de Turin, c'est un peu tout cela. Il est tellement pesant de regarder ce film qu'on en étouffe, jamais je n'avais été aussi heureux de sortir de la salle, prendre l'air et voir les couleurs de la ville. Nous ne sommes pas dans un film triste, peut-être sur la fin, on ne ressent jamais de tristesse dans le jeu des acteurs. Mais tout semble pesant, tous les gestes semblent être un combat, on est terrassé par cette lourdeur. On perçoit la forte monotonie, cet abandon et ce laisser aller à la routine comme celle qui peut s'installer dans chacune de nos vies et l'acceptation qui imprègne les personnages avec de temps en temps l'envie de changer les choses sans vraiment le vouloir et se retrouver au même point. spoiler: Le pire étant quand l'eau disparaît du puits, et donc la vie elle même disparaît de leurs vies. On assiste alors au paroxysme de la résignation, vivre une vie sans celle qui apporte la vie.
C'est beau et dur à la fois, à tenter si vous êtes curieux, une fois mais pas deux c'est certain.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 12 décembre 2011
que dire d'un tel un chef d'oeuvre difficile à verbaliser tant il vous laisse sur le cul! non pas par l'intensité du dialogue mais plutôt par le travail de l'image qui apparaît comme figée. une lenteur des mouvements on a l'impression de vivre 24H c'est peut-être là son génie. La vie est dure pour les hommes et le bétail. la musique lancinante en rajoute une louche. L'épisode des gitans traduit un lourd passif ethnique! Film d'une force et d'une violence qui vous happe et vous hante. Ah il faut s'accrocher mais comme toute oeuvre qui ne se livre pas comme cela. C'est bouleversant de vouloir parler de la vie sans compromis!
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