"Carnage" est l'adaptation d'une pièce de théâtre, genre qui a déjà souri à Roman Polanski par le passé avec l'excellent "La jeune Fille et la Mort". Un carnage, c'est un peu ce qu'on a envie de faire dans la salle à la vison du premier quart d'heure du film, tellement les personnages sont horripilants et grossièrement dessinés (le couple de bobos face au couple de yuppies, tous New-yorkais bien caricaturaux). On n'espère qu'une chose, c'est que ça pète, et très vite. Et là, c'est évident, c'est assez jouissif quand le vernis des conventions s'écaille (et encore plus quand il éclate carrément en morceaux !). En effet, qui n'a jamais rêvé de balancer en société le quart de la moitié des saloperies échangées dans le film ? Bon évidemment, si on veut conserver un semblant de vie sociale, il est fortement déconseillé de le faire, la différence entre politesse et hypocrisie est souvent si ténue...
Donc, voilà, on s'amuse beaucoup à voir tous ces gens bien propres sur eux se rentrer dans le lard. Maintenant, au niveau de l'écriture, Yasmina Reza, c'est pas Jean-Paul Sartre... Et puis, tout ça reste du théâtre filmé, avec tous les écueils inhérents à cet exercice de style : un plan en extérieur au début du film, un autre à la fin, aussi inutiles l'un que l'autre, on sort deux fois de l'appartement pour aller sur le palier... ouais, cool ! On se sent donc rapidement claustrophobe et, tout aussi rapidement, le propos se met à tourner en rond comme un hamster dans sa roue (par bonheur, le film ne dure qu'1h20). On trouve également quelques écueils au niveau de l'interprétation : ok, ils sont tous très beaux, ils sont tous très bons (avec Christoph Waltz légèrement au-dessus de la mêlée) mais les quatre acteurs s'embarquent trop facilement dans l'excès et l'hystérie (les femmes, surtout).
Tour à tour énervant, jubilatoire, excessif, inabouti... "Carnage" est à l'image de ses personnages, ni complètement bon, ni complètement mauvais.