Reconnu pour être le réalisateur coréen s'attaquant à tous les genres, Kim Jee-woon nous sort aujourd'hui son "vigilante" (film sur la vengeance nihilste, d'ailleurs il ouvre son film sur une citation de Nietzsche), genre vu et revu par le cinéma sud-coréen notamment par Park Chan-wook avec sa trilogie sur la vengeance (Sympathy for Mr vengeance, Old Boy puis Lady Vengeance). Bien lui en prend puisqu'il signe ici son meilleur film, après l'excellent A Bittersweet Life et le moins bon Le Bon, La Brute et Le Cinglé, pastiche de western. Certes, on retrouve ici tous les éléments qui ont fait les succès des thrillers coréen: un flic recherche le meurtrier de sa fiancée, c'est du Sympathy For Mr. Vengeance en puissance, on retrouve aussi un air de The Chaser, et du Memories For Murders avec des policiers quelque peu incompétent dans une enquête brouillon. Mais les ressemblances s'arrêtent là. En effet, si A Bittersweet Life excellait dans le genre en récupérant tous les codes du thriller coréen avec une maîtrise exemplaire, c'était aussi les limites du film qui n'a pas su oser s'aventurer au delà des frontières. Ici, Kim Jee-woon fait carrément du rentre-dedans et envoie balader tous les codes du genre. En effet, ici le héros retrouve le gros méchant au bout de 40 minutes (en sachant que le film dure 2h20), à partir de là s'ensuit une chasse vengeresse malsaie et on ne sait plus qui est le monstre... jusqu'à ce que les rôles s'inversent grâce à une mise en scène détonnante. C'est ici la principale innovation du Kim Jee-woon qui ose enfin avec brio, mais qui frappe aussi par sa détermination à aller plus loin dans l'inhumanité et ses scènes frôlent alors la limite du supportable. Heureusement, il sait parfaitement alterner. S'il n'a pas la virtuosité de park Chan-wook dans Old Boy, il a au moins le mérite de s'affranchir des règles et de réussir à intégrer des scènes vraiment gores sans que ça ne passe forcément pour du voyeurisme. Peut-être manquait-il un petit quelque chose scénaristique pour rendre le film plus piquant (on a toujours en tête le cliffhanger magistral de Old Boy ou la parabole monstrueuse de The Host), J'ai rencontré le diable s'inscrit définitivement dans le paysage coréen, d'autant plus qu'il est servi par deux grandes pointures: Lee Byung-hun qui retrouve pour la troisième fois le réalisateur, et aussi le retour du géant du cinéma coréen, Choi Min-sink, absolument royal dans ce rôle de psychopathe ammoral, et inscrit Kyung-chul au côté de ses autres personnages mythiques comme Owon (Ivre de femmes et de peinture) et Oh Dae-soo (Old Boy). Pour ceux qui ont le coeur bien accroché, J'ai rencontré le diable est définitivement une oeuvre à voir.