Il y a des réalisateurs comme Wim Wenders dont on connait le nom, mais dont on ne sait pas vraiment ce qu’ils ont fait. Et mise à part Paris Texas, je n’avais rien vu de sa filmographie. Bon, effectivement, il a fait quelques films connus (inculte que je suis). Je ne pouvais donc pas (cinéphile que je suis) passer à côté de son nouveau sur la chorégraphe Pina Baush. Et en plus c’est en 3D !
Pina est une sorte de documentaire présentant les chorégraphies de l’artiste allemande. Au travers de différents plateaux, on découvre petit à petit le travail de cette danseuse atypique, qui a marqué l’histoire des arts. Le réalisateur a choisi de filmer simplement les ballets, ponctuant parfois d’images d’archives de Pina Bausch et de quelques mots de danseurs.
Le film était annoncé depuis bien longtemps comme celui qui permettrait au relief d’illustrer parfaitement un premier film d’auteur. Il me semble que cela pose plusieurs questions :
Tout d’abord, le documentaire de Wim Wenders peut-il être réellement considéré comme un film d’auteur. Certes, le film n’est pas forcément accessible pour tout le monde (quoique) mais c’est en partie à cause ou grâce au travail de la chorégraphe. Le réalisateur arrive à nous faire entrevoir le sens profond du propos artistique mais qui lui-même n’est pas facile à comprendre. Donc est ce que le simple fait de ne pas être un film dit populaire peut-il en faire un film d’auteur ?
D’autre part, ce n’est pas réellement un documentaire au sens où on n’apprend pas plus que ce que l’on voit. Il me semble que le film se rapprocherait plus d’une captation. Et là, malgré la beauté des scènes dansées, il y a un petit bémol. Pour évoquer une comparaison, je dirai que c’est comme lorsque l’on regarde La marche de l’empereur, si on n’aime pas particulièrement les pingouins, on s’ennuie rapidement. Même choses pour Océan ou Microcosmos. Même si ces choses nous fascinent car elles sont belles et nous sont inconnues, elles ne captivent pas l’attention du spectateur lambda. Pour Pina, lorsqu’on n’est pas un peu initié à la pensée de l’artiste, on passe réellement à côté de quelque chose. Et c’est là que le bas blesse, ce film aurait pu permettre au public le plus large possible de découvrir le travail de la chorégraphe. D’ailleurs, c’est un nouveau public qui s’est rendu dans les salles: pas simplement ceux qui aiment Wim Wenders, ou le documentaire, ou la danse, mais également ceux qui sont venus pour la 3D. Donc qu’est ce qu’un documentaire qui n’apprend « rien » à ces nouveaux spectateurs ?
Ensuite, concernant le relief, il parait que le réalisateur a beaucoup réfléchi sur ce point. Alors il est vrai que l’image est nette et n’entraine aucune gêne oculaire. Le travail effectué sur les sous-titres est assez plaisant : ils sont inscrits en surimpression sur un voile noir qui permet à la fois de bien les positionner dans l’espace mais également de les lire plus facilement. Cependant, Wim Wenders n’a pas utilisé toutes les capacités de la boite stéréoscopique. Même s’il a eu la bonne idée de délaisser les effets de jaillissement, il n’a pas utilisé l’espace situé entre l’écran et le spectateur. Il s’est simplement contenté d’un effet de fenêtre, de l’écran au fond de l’image. Cette technique a l’avantage de donner plus de profondeur, ce qui a ici permis d’avoir un véritable ressenti de l’espace. Il y avait donc une véritable adéquation entre le fond et la forme, la chorégraphie et la 3D. Pourtant, j’aurai tendance à vouloir nuancer. Car si l’utilisation de la 3D n’est ni dérangeante, ni sans aucun sens, il me semble qu’elle a encore du mal à s’inscrire dans la continuité du propos et ainsi ne trouve pas réellement de place artistique au sein du récit.
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