Un chef d'oeuvre.
Le film est assez ambigu, notamment au sujet de la schizophrénie de la mère de Curtis, ce qui fait qu'il est extrêmement riche en terme d'interprétation, mais dont l'interprétation la plus crédible est bien ici, à mon avis, la dépression ainsi que la crise existentielle de la quarantaine, dans ce qui est finalement une lutte poignante d'un homme contre lui-même et contre ses anciens démons et ses angoisses, matérialisés par l'abri anti-tornade, qui est souterrain, d'autant qu'il est caché dans les débris au début du film. Ici, tout les malheurs du monde tombent sur le pauvre Curtis, qui est broyé par le système et par son silence, interprété comme la preuve de sa culpabilité. Ainsi, tout les maux du dépressifs sont énumérés : perte des relations sociales, de l'emploi, endettement, isolement, problème conjugaux... tout y passe
J'y vois aussi une réflexion sur la place des genres, même si usuellement je ne suis vraiment pas fan de ce genre d'analyses. Curtis est au début du film l'archétype de la virilité : un métier "d'homme", sa femme ne travaille pas, et il subvient seul au besoin de la famille. Les hommes sont bien plus sensibles à la dépression, pour la simple raison qu'un homme a tendance à garder ses fêlures pour soi, à cause de l'idée persistante qu'un homme, pour être viril, doit savoir garder ses problèmes pour lui et faire bonne figure.
Curtis LaForche est un héros paradoxal, il est empreint de cette virilité, finalement fragile, qui est commune à de nombreux hommes qui ne souhaitent pas demander de l'aide par peur de paraître faible aux yeux des autre, ou d'être mal considérés. Les choses commencent à se décanter, seulement au moment où toute sa famille commence à le soutenir, et à "explorer" avec lui ses troubles, toujours symbolisés par l'abri. C'est un vrai message d'espoir.
Et le dénouement dans ce cas ? J'imagine que Jeff Nichols a souhaité dire, par là, que de véritables problèmes s'avancent cette fois vers le couple. Mais cette fois, Curtis est prêt, il semble déterminé face à la tempête, et prêt à affronter les soucis de la vie qui vont arriver, précisément car celui-ci a pu surmonter ses angoisses. (crise de la quarantaine, adolescence de la gamine, mort possible de ses parents, etc
Curtis LaForche a 35 ans. Au moment où le film sort, Jeff Nichols en a lui même 33. Peut-être a-t-il mis un peu de ses angoisses existentielles dedans aussi ? Mais bon, ça ne reste que de la supposition.
Je pourrais dire beaucoup plus sur ce film et notamment sa forme mais je vais m'arrêter là : Regardez ce film.
Chapeau monsieur Nichols, c'est un très, très grand film, beau et juste, dont on se souviendra.