Il aurait bien mérité sa Palme d'Or, ainsi que quelques Césars (ne serait-ce que pour Denis Lavant, excellent dans chaque facette de son rôle protéiforme), ce voyage ultra-intimiste dans la conscience du génie Léos Carax. Artiste parait-il incompris (je vais me jeter sur sa filmographie très bientôt pour en avoir le cœur net, promis), Carax paraît ouvrir totalement son monde, son imaginaire et sa vision du cinéma comme illusion et émerveillement, dans ce voyage onirique aux côtés d'Oscar, homme sans visage, sans foyer. Tour à tour mendiant, meurtrier, créature monstrueuse (le retour de Merde, quel régal !) ou encore homme d'affaires ; Oscar est la figure de l'acteur, et bien plus largement de l'artiste, en laquelle Carax déverse sa mélancolie et son amertume vis à vis d'une carrière à laquelle il a voulu tout donner, mais qui s'est pourtant vu détournée par les obligations du système. Holy Motors, c'est la douleur profonde de l'artiste sous camisole, c'est l'impossibilité capter autre chose qu'un mouvement fugitif, c'est aussi une épitaphe à une certaine forme de cinéma. Mais plus simplement, Holy Motors est l'étalement d'un univers créatif dédouané de contraintes qui ensorcelle par ses libertés et les horizons visuels, sensoriels et émotionnels qu'il fait visiter. Certains le trouvent autocentré - bien sûr qu'il l'est ! Mais Carax a tant de choses à dire par l'image ou l'idée que le projet se justifie totalement. Et certains le trouvent hermétique, ce que je peux comprendre au vu de son exigence et sa pléthore de références en tous genres. Mais même sans toutes les comprendre (j'en ai loupé un bon paquet, pas de doute là-dessus), cela n'enlève rien à une oeuvre avant tout là pour célébrer la création. Certes, Holy Motors est un long-métrage très difficile d'accès. Mais si les portes vous sont ouvertes, le périple peut très vite devenir stupéfiant de richesse et de beauté pure. Un chef-d'oeuvre.