La révolution des punks à chien : voilà un sujet qui reflète tout l'univers et toute l’excentricité des réalisateurs du Grand Soir, nos deux tendres Grolandais, Kervern & Delépine.
Nous savions leur folie, tout comme celle de l'irrésistible Brigitte Fontaine, mais lorsque la folie porte un message, tendons l'oreille pour l'écouter attentivement.
Et c'était sans compter sur la présence magistrale de deux de nos plus grands acteurs francophones (disons le, une fois n'est pas coutume) qui savent nous éblouir par leur talent et leur justesse.
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Des plans, en apparence incompréhensibles et inutiles et dont je ne saurai expliquer la virtuosité, s'avèrent pourtant être d'une ingéniosité surprenante. On ne se lasse pas des longues séquences où les deux acolytes, dans un vent de liberté, avancent de jardins en jardins, de maisons en maisons, sans ne donner ni rendre de comptes à personne.
Ils sont libres, du moins ils se disent l'être, et ils recherchent cette liberté, c'est en tout les cas l'intérêt du film. Quand sonnera donc l'heure de leur Grand Soir ? Quand révolutionneront-ils ce monde sans cesse blâmé par ces virtuoses scénaristes et dont le message, touchant, désire alarmer les mentalités et effacer la férocité d'une vie devenue répugnante et sans issue ?
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Dupontel qui tire avec ses doigts en guise de pistolet sur son patron et qui se débat et frappe violemment un arbuste est le signal que ça va mal. Tout va mal. Nous sommes réunis pour en attester, mais au final, les actes ne sont pas à la hauteur des paroles. Nous souhaitons changer le monde sans pour autant lever un orteil, et les deux seuls qui se démènent ne trouvent aucune écoute. Leurs attentes ne sont pas comblées et personne ne remarquent leur présence. Ils ne sont que nuages parmi un ciel brumeux qui espère des éclaircies.
Poelvoorde aura pourtant tenté, agrippé au micro du supermarché,- scène sublime et mémorable - de rallier des gens à sa cause, mais que voulez-vous : "Tout va mal" rime avec "Je ne veux pas avoir les mains sales" ; on compte sur les autres plus que sur nous-mêmes, mais la révolution espérée (finalement inespérée) n'aura jamais lieu.
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"We are not dead", notifient les protagonistes. Non, car il y a encore (et heureusement) de superbes cinéastes engagés pour nous faire rire en périodes chagrines. Et nous avons besoin d'eux.