Portrait au crépuscule
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    Patrick Braganti
    Patrick Braganti

    27 abonnés | Lire ses 271 critiques |

      5 - Chef d'oeuvre

    Marina est une femme à la dérive qui parait éprouver un plaisir masochiste à accuser son entourage et à mettre en pratique sa propre déchéance, ponctuée par la violence et la dégradation. Difficile de ne pas voir dans la jeune héroïne une métaphore de la société russe contemporaine, règne de la violence et des dérèglements en tous genres – il est ici donné une piètre représentation des fonctionnaires de la police. Portrait au crépuscule, œuvre radicale et sans concessions, se révèle donc au final comme une expérience de cinéma, qui engendre une tension croissante dont nul ne peut prévoir à quoi elle aboutira. Quelques scènes du film, dont notamment la fête d’anniversaire, sont à proprement parler hallucinantes et leur grande force est de sans cesse réorienter la narration, d’être capable en deux, trois minutes d’inventer et de crédibiliser des histoires satellitaires (comme la famille au moment de l’embarquement à l’aéroport). La dépression existentielle dans laquelle s’englue Marina en fait une consœur des personnages du new yorkais John Cassavetes. On établit aisément des similitudes entre la formidable Olga Dihovichnaya, également scénariste, et la grande Gena Rowlands. Néanmoins, Portrait au crépuscule se double d’un état des lieux, noir et terrifiant, d’un pays gangréné par la corruption et les abus de pouvoir. Sur ce fumier où prospèrent et survivent les sous-hommes nouveaux, ahuris de sauvagerie et abrutis d’alcool et de drogues, une femme conquiert sa liberté et son espace vital en se moquant des regards et des jugements. Angelina Nikonova ne veut surtout pas porter le moindre jugement moral, exigeant notre acceptation, sinon approbation, d’un comportement irrationnel. Mais qu’importe, on est face à un film monstrueux et subversif à tous les sens du terme. Et quand on ajoute qu’il s’agit d’un premier long-métrage, on n’est pas loin de penser qu’on touche quasiment au chef d’œuvre.

    Ajoutée le 12 avr. 2012 à 22h03
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    Wallaert Antoine
    Wallaert Antoine

    14 abonnés | Lire ses 267 critiques |

      4 - Très bien

    Décidément, seules les femmes sauraient-elles dépasser l'éternel recommencement induit par la loi de talion? Après Revenge de Susanne Bier, brillant essai théorique sur la manière à adopter pour rompre avec la règle de "l'œil pour œil", voici débarqué de Russie, présenté par deux femmes, conjointement réalisatrices, actrices et productrices ce Portrait au Crépuscule, comme un ultime cliché d'un pays au déclin. Et sans doute près à se relever plus éclatant encore. Dans la région de Rostov, les criminels pullulent et les pires d'entre eux sont voués à rester impunis, puisqu'il s'agit bien souvent de la police elle-même. Après My Joy, film Ukrainien sorti l'an passé, on n'en finit plus de voir un portrait au vitriol de l'ex-Union Soviétique: corruption, violence et loi du silence comme sainte trinité. Accablant. Une patrouille de flics, dont c'est visiblement l'habitude, s'en prend à Marina et lui font subir divers sévices sexuels. Meurtrie mais pas abattue, la jeune femme doit faire face à l'indifférence générale, à la défiance de la police et à l'hypocrisie de son entourage, avec qui elle décide de régler ses comptes lors d'une fête d'anniversaire qui rappellera les grands moments de Festen. L'histoire aurait pu s'arrêter là si elle ne tombait pas nez à nez avec un de ses agresseurs dans un troquet des plus rustiques. A l'évidence, ce bourreau ordinaire ne la reconnaît même pas, et la courageuse Marina se lance dans une quête éperdue: séduire ce monstre pour le comprendre, et peut être même le guérir. Humaniste, voire utopique, dans sa conception même de la justice, Portrait au Crépuscule est une recherche constante dans l'optique de briser l'éternel cycle de la violence. Assistance sociale au civil, Marina a l'habitude de traiter les maltraitances d'enfants, à un point même qu'elle en vient à avoir du dégoût pour ces passives victimes, vouées soit à devenir des êtres incapables de prendre leur destin en main, brisés par une enfance malheureuse, ou des monstres ordinaires reproduisant tel quel le système éducatif reçu. En entrant dans l'antre de son agresseur, Marina apprend à le connaître, et va jusqu'à lui donner l'amour qui lui faisait cruellement défaut. Si on peut railler le caractère naïf d'une telle solution, il faut absolument louer le courage intellectuel dont elle fait preuve. Défiant la tête haute la victimisation, ces cinéastes présentent une Russie consciente de ses défauts mais avide de s'en sortir. Sans jamais se départir d'une constante tension dans la narration, si le message peut être aussi bien entendu d'un point de vue théorique, c'est car, indéniablement, les petits plats on été mis dans les grands, et un fin gourmet ne saurait trouver à redire de cet met concocté avec patience et, mieux encore, bienveillance.

    Ajoutée le 12 avr. 2012 à 12h19
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    louis-marie92
    louis-marie92

    0 abonné | Lire ses 5 critiques |

      4.5 - Excellent

    On ne sort pas indemne de ce film qui dépeint la noirceur d'un société russe où les rapports humains relèvent d'une sauvagerie déprimante. Et pourtant on découvre chez certains qui paraissaient monstrueux des lueurs d'humanité troublantes, surprenantes. Les acteurs sont tous époustouflants et sur le plan technique la maîtrise est vraiment impressionnante. Un film très fort et, malgré sa terrible noirceur, très beau.

    Ajoutée le 10 avr. 2012 à 14h52
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    pyvarlet
    pyvarlet

    2 abonnés | Lire ses 53 critiques |

      5 - Chef d'oeuvre

    Film subtile et puissant. Nécessite de s'informer un peu avant, sinon on risque d'avoir besoin de deux projections. Une critique acerbe de la société moderne (violence du pouvoir) en miroir avec l'évolution de la vie individuelle (viol). Très belle interprétation et très bonne réalisation. Mais film dur et qui reste en bouche longtemps après la fin de la projection. La fin a sans doute plusieurs interprétations...

    Ajoutée le 06 avr. 2012 à 15h50
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    tof44
    tof44

    8 abonnés | Lire ses 71 critiques |

      4 - Très bien

    Avec "Elena" sorti récemment, voilà un autre film russe qui n'a pas dû recevoir le label de l'office du tourisme local ! En tous cas, "Portrait au Crépuscule" porte bien son titre : Russie crépusculaire, environnement glauque, personnages pathétiques... une société contemporaine sans repères qui laisse la part belle aux aspects les plus abjects de l'être humain (corruption, arrivisme, dépravation...). Quand la pulsion prend le pas sur la réflexion, la bestialité sur l'humanité, deux attitudes semblent prévaloir : la violence (sociale, familiale, sexuelle...) ou l'indifférence. Ce qui est à la fois fascinant et un peu effrayant dans ce tableau glauquissime, c'est que "Portrait au Crépuscule" n'est pas l'œuvre d'un vieil ours misanthrope mais un premier film, un film de femmes, jeunes qui plus est (la réalisatrice Angelina Nikonova, qui fait déjà preuve ici de pas mal de maturité, et l'actrice/co-scénariste Olga Dikhovichnaya, exceptionnelle dans le rôle de Marina). C'est donc dans un décor poisseux, psychologiquement et physiquement (Rostov, quelle charmante petite bourgade...), que les deux auteures nous plantent un scénario subtil et extrêmement déroutant. En effet, alors qu'on pense qu'on va assister à un "rape & revenge" classique (dans son déroulement, bien sûr, pas dans son environnement), l'héroïne change brutalement d'attitude. Elle abandonne l'hypocrisie froide et calculée qui la caractérisait pour vivre selon son instinct et ses sentiments. De la même manière, l'attitude qu'elle adopte vis-à-vis d'un de ses agresseurs est là aussi loin de ce qu'on aurait pu attendre : choisit-elle la rédemption (ou, en tous cas, la possibilité de rédemption) plutôt que la vengeance ? ou alors, cette compassion affichée dans un monde dépourvu de sentiments est-elle une forme de vengeance beaucoup plus subtile ? Peinture sans concession d'une société en décomposition bénéficiant d'une réalisation d'une précision chirurgicale et d'une interprétation d'une grande puissance, "Portrait au Crépuscule" nous laisse assez mal à l'aise et plein de questions, longtemps même après l'avoir vu. Ce n'est pas là sa moindre qualité.

    Ajoutée le 23 mars 2012 à 14h34
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    traversay1
    traversay1

    37 abonnés | Lire ses 851 critiques |

      4 - Très bien

    Deux femmes sont à l'origine de Portrait au crépuscule : Angelina Nikonova et Olga Dihovichnaya, qui ont co-écrit son scénario, la première réalisant et la deuxième jouant le rôle principal, celui de Marina.. Des regards féminins sur un monde de brutes, bestial, machiste, bref, la société russe post-communiste et néo-capitaliste. Le film n'est pas pour autant un simple tableau de moeurs, accablant et brutal, comme peuvent l'être, chacun à leur manière, Sibérie Monamour et Elena. Là où l'on s'attend à une descente aux enfers de Marina -un talon cassé et tout se détraque-, après son viol, c'est à une révolution psychologique et comportementale de la jeune femme que l'on assiste (voir la scène du dîner d'anniversaire). Le film a l'intelligence de laisser planer un mystère sur ses motivations, sa vengeance ne sera pas violente mais tendre, comme si l'amour était l'unique remède à l'indifférence et à la violence. Portrait au crépuscule est fondamentalement noir et rugueux, mais il est tempéré par quelques répliques et scènes teintées d'humour. Si le film avait été un bloc naturaliste, il aurait été insupportable et sordide. En utilisant un nuancier subtil d'émotions, Nikonova n'altère en rien la puissance de son projet, elle l'approfondit, le dilate et le rend passionnant et accessible à de multiples interprétations.

    Ajoutée le 18 mars 2012 à 21h19
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    PhilippeToile
    PhilippeToile

    26 abonnés | Lire ses 637 critiques |

      2 - Pas terrible

    Film extrêmement déroutant, Portrait au crépuscule se démarque avant tout par sa profonde originalité. Une peinture glauque et désespérée de la société russe contemporaine, où l’alcoolisme de masse, la violence, la corruption et l’égoïsme précipitent un pays dans une décadence inexorable, sert de toile de fond au drame personnel d’une femme désabusée qui va tenter de séduire le policier brutal qui l’a violée. Si l’analyse sociologique nous passionne par son vérisme et son acidité, on reste perplexe devant l’incohérence du comportement de ce personnage féminin dont on a du mal à comprendre la psychologie et la motivation. À vouloir embrasser trop de thématiques, la réalisation d’Angela Nokonova se perd en route et détruit la crédibilité de sa narration. Sa collaboration avec son actrice-scénariste laisse pourtant entrevoir un potentiel prometteur.

    Ajoutée le 07 mars 2012 à 21h33
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    JiMorrison27
    JiMorrison27

    27 abonnés | Lire ses 266 critiques |

      4.5 - Excellent

    [...] Que répondras-tu à ces hommes insanes, déchireurs de chairs vivantes, sans la pitié des faibles et des appels lointains de la femme en détresse. Que répondras-tu quand la noirceur des monstruosités humaines aura, de toute ta vie, dévorée la ligne encombrée, à jamais et jusqu'au plus profond des os. Que répondras-tu quand la bascule jouera à se tourmenter de toi et à te voir soumise aux regards spermatiques de tes assaillants, des êtres vivants ? [...]

    Ajoutée le 06 mars 2012 à 03h16
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    Areight
    Areight

    0 abonné | Lire ses 13 critiques |

      4.5 - Excellent

    Difficile de faire plus glauque... Néanmoins derrière cette obscurité, dont je comprend aisément qu'elle puisse rebuter certains, se cache une certaine poésie. Subversif mais sans tomber sans la provocation, austère, "effrayant", politique... Un premier film très réussi !

    Ajoutée le 05 mars 2012 à 19h04
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    César D.
    César D.

    2 abonnés | Lire ses 104 critiques |

      3 - Pas mal

    j'ai beaucoup aimé la première partie du film, l'actrice est fantastique, mais la fin est tellement déroutante, que je n'y ai plus cru du tout. dommage. franchement, le comportement de cette femme vis à vis de son violeur est incompréhensible. la toute fin est très poétique, mais là encore, on se demande pourquoi ces personnages se comportent ainsi.

    Ajoutée le 05 mars 2012 à 18h26
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