Première règle de "Fight Club" : un réalisateur au top de sa forme.
Sortant de 2 films ayant marqué les années 90, David Fincher était sur une pente ascendante de sa carrière. Et au vu de la sortie de cette œuvre culte pour toute une génération, je pense que l'on peut même parler de son apogée. Pourtant, notre metteur en scène n'a pas réussi à totalement convaincre lors de la sortie de son film, le projet ayant reçu des critiques assez virulentes pour l'époque. Et globalement, on peut tenter de comprendre ses retours, car quand on s'attarde vraiment sur le style de ce projet-ci, on se rend compte que David Fincher a poussé les curseurs à fond. Dès la scène d'introduction, nous remarquons une esthétique vraiment particulière, avec cette approche du narrateur (qui est le personnage principal) et une caméra extrêmement mobile. Celle-ci s'avérait extrêmement intéressante pour l'époque, car dans un cinéma qui explore le début du numérique, notre réalisateur a parfaitement su utiliser ses innovations. La caméra passe donc à travers les murs, les effets numériques ajoutent du mouvement à certaines scènes (la présentation de l'appartement) ou bien apportent des séquences difficiles à imaginer sans cela (le faux crash d'avion). Via cette technique, David Fincher souhaite nous plonger au sein des pensées de notre héros, et sa caméra permet de parfaitement suivre celles-ci, au point que cela en soit même déstabilisant pour un public peu familier à cette approche.
Deuxième règle de "Fight Club" : un scénario simple en apparence.
Plongé au sein de la vie du narrateur, on se rend vite compte de quelque chose d'assez évident : le scénario n'a rien d'exceptionnel en apparence. Quand on regarde la manière dont le récit se déroule, on voit que les choses racontées sont simples. On suit la vie d'un homme banal, qui vit une vie banale. Cependant, une chose interpelle notre attention : notre héros n'a pas de prénom. Simplement appeler "le narrateur", c'est un détail qui peut clairement empêcher certaines personnes de rentrer dans ce film. Cela peut donner l'illusion que le long-métrage se fiche complètement de son héros, et qu'il n'est pas important. Mais la raison de ce choix est pourtant tout autre, car le narrateur peut simplement représenter n'importe qui ! En se lançant dans le visionnage, qui ne s'est pas reconnu, sur au moins l'un des éléments de la vie de ce dernier ? Que ce soit le job énervant et redondant, le côté renfermé de cette vie, l'appartement extrêmement classique, la routine qui s'installe, etc... L'histoire fait en sorte de placer ce narrateur au centre du récit, dans l'optique de pouvoir toucher énormément de spectateurs, et que cela puisse parler à tout le monde.
Troisième règle de "Fight Club" : des thématiques variées, et encore d'actualité.
L'objectif de cette approche est donc assez clair, car elle permet de mettre en place les différentes thématiques qui vont parcourir le film. Si l'introduction nous présente une routine extrêmement banale, qui parle à tout le monde, le reste du récit tente d'appeler à quelque chose de plus. À partir de ce moment-là, énormément d'éléments peuvent être racontés, car il y a beaucoup d'interprétations à la thématique qui englobe le projet. Mais si on doit se concentrer sur le point de départ, le film exploite simplement l'idée d'une vie en dehors de ce cercle classique et régi par la consommation de masse. Amenant notre narrateur à vivre une vie aperçue comme marginale, avec cette maison coupée du monde et cette activité illégale, le long-métrage ne cherche pas forcément à nous dire de prendre les armes et d'aller détruire le capitalisme. Le but est simplement d'exprimer cette idée de se saisir de sa vie et de tracer son propre destin, loin de ses casses. C'est pour cela que le film a raisonné, et raisonne encore, chez un public assez jeune, et même parfois en marge. À cet âge-là, c'est typiquement le genre de thématiques qui nous parle, nous avons envie de nous sortir du système qui nous opresse. Malgré tout, le film a un sous-texte assez intéressant sur la difficulté de cela. L'idée même du Fight Club expose celui-ci, avec cette violence à outrance. Mais on le voit également au niveau de plein d'aspects du film. Je pense notamment à la scène où le narrateur se fait brûler la main, qui est un symbole assez clair de cette idée de vivre la douleur pour se sentir en vie, même si cela est difficile.
Quatrième règle de "Fight Club" : des personnages plus complexes que prévus.
Au travers de ses idées, le film permet donc d'étoffer ses concepts, notamment au niveau des personnages. Forcément, au fur et à mesure que le récit avance, nous allons davantage nous sentir proches du narrateur, nous reconnaissant de plus en plus dans son parcours. Sa relation avec Tyler sera le point central du film, même si la conclusion pourra en étonner certains.
L'idée de dire qu'il n'existait pas et qu'il n'était qu'une partie de la conscience du narrateur était audacieuse, mais cela fait sens. Comme tout le film est de son point de vue, on accepte parfaitement ce retournement. Et cette idée explore simplement le fait que Tyler représente la partie qui sommeille en chacun de nous, mais que l'on peut parfaitement retenir, par peur de s'écarter de la voie qui nous est tracée.
Cependant, j'avoue avoir également apprécié le personnage de Marla. Elle a beau ne pas représenter grand-chose, elle sert énormément le récit. La relation qu'elle tiendra avec le narrateur sera donc assez intéressante, car là où il la rejette au début du film, il va de plus en plus se montrer proche d'elle. Leur évolution sera donc prenante, et elle servira parfaitement le propos global.
Cinquième règle de "Fight Club" : des acteurs parfaits dans leurs rôles.
Par conséquent, je pense que nous pouvons saluer la performance des acteurs du film, ceux-ci ayant fait un excellent travail pour donner vie à cet ensemble. Edward Norton est évidemment le plus remarquable, celui-ci se dévoilant au fur et à mesure du film. S'il paraît peu vivant au début, il se lâchera par la suite, avec quelques scènes vraiment mémorables (le renvoi). Brad Pitt formera un superbe alter ego à ce dernier, car il sera toujours animé d'une décontraction folle, qui va très bien à son personnage. Mais on peut également citer la superbe Helena Bonham Carter, que j'ai vraiment trouvée excellente.
Sixième règle de "Fight Club" : un montage parfaitement découpé.
Et pour pouvoir donner vie à tout cela, je dois dire que le montage aide énormément. Que ce soit pour une question de rythme, le récit n'ayant que très peu de temps mort, ou comme une façon d'embellir le style du projet. Cela se fait par les apparitions furtives de Tyler au début du film, qui symbolisent le fait qu'il a toujours été là, et qui sera expliqué bien plus tard dans cette sublime scène au cinéma. Ou bien par le côté très dynamique de l'enchaînement de certaines scènes, qui permet d'exprimer la thématique principale de l'œuvre de manière visuelle.
Septième règle de "Fight Club" : une ambiance sombre et en marge.
Le montage accentue donc le côté irrévérencieux du projet, celui-ci cherchant avant tout à être en marge de ce que nous voyons d'habitude au cinéma. Par sa photographie jouant sur des couleurs crades, par une bande-son dans ce thème et grâce au fait de tourner la plupart des scènes de nuit, l'atmosphère finit par prendre. Le film se joue de cette idée, celle d'être un exutoire dans sa forme et dans son fond, comme une représentation éloignée des projets habituels d'Hollywood. Ce film joue clairement le rôle du mauvais garçon, et il le fait très bien, jusqu'à son final.
Huitième règle de "Fight Club" : un final devenu culte.
Terminant sur une débauche de sentiments et d'explosions, cette fin est rapidement devenue culte. Que ce soit par la musique qui accompagne ses images, par le jeu calibré de nos acteurs ou par cette image de fin absolument magnifique, on retient cette conclusion. Certes, elle va loin, et je ne pense pas que le film cherche donc à nous inviter à faire de même. Mais comme je l'ai déjà précisé, le film cherche à être un exutoire et une source d'inspiration. Et globalement, cette dernière scène remplit parfaitement ce rôle.
Pour conclure, un pur chef-d'œuvre.