Dans *Blue Velvet*, David Lynch se promène dans les zones d'ombres de la luxuriante petite ville de Caroline du Nord, Lumberton. Il ne faut pas attendre longtemps une fois passée le générique d'introduction, pour découvrir ces roses parfaites devançant une clôture d'un blanc idéal. Un soleil régénérant qui frappe les jardins majestueux de leurs verdures saisissante. C'est aussi dans la bienveillance et la joie de vivre que chaque habitants de ce petit patelin travaillent, respirent et profitent d'un quotidien comme tiré d'une époque presque perdue : une vie quelque-peu parfaite en plein cœur des 80's. Mais que se passe-t'il lorsque nous nous éloignons de ces sentiers symétriques et idéalement taillés ? Qu'arrive-t'il lorsque l’environnement devient chaos, violence et envahi de fantasmes inavouables ? Un environnement d'autant plus mystérieux qu'il prend finalement place qu'à quelques mètres de la vie souriante de Lumberton.
Ce petit paradis vivant introduit tel un téléfilm typique vendeur de bonheur et de rêves perd de sa splendeur en tombant rapidement dans une vertigineuse chute tremblante : la crise cardiaque subite d'un habitant qui jardinait tranquillement; le raccourci secret de Jeffrey Beaumont (Kyle MacLachlan) où règne la friche et l'abandon; mais aussi et surtout cette horrifique oreille découverte par Jeffrey prés d'une cabane abandonnée. Comme une porte d'entrée vers l'esprit, cette oreille ouvre à l'autre monde. Vers la face cachée de Lumberton où le fameux velours bleu attire et fait évanouir les mœurs au profit des désirs et de la violence. *Blue Velvet* dessine une frontière entre ces deux zones si distinctes qu'elles finiraient peut-être par se mélanger. Au milieu de cet découverte, David Lynch établi ces deux personnages, adolescents et rongés par la curiosité. De la dangereuse insouciance vers les hautes responsabilités, Sandy (Laura Dern) et Jeffrey s'aventurent ni plus ni moins au sein de la question du désir, une notion si bien cachée dans la dorure bien-pensante de Lumberton.
David Lynch tend très souvent son cinéma vers une étude complexe et très intelligente du mal qui foisonne au cœur des âmes bonnes. Une promenade mystérieuse dans les entrailles des choses qui nous dépassent, autant d'un point de vue physique et ancrée dans la réalité que des apparitions métaphysiques appartenant au domaine du rêve. Le rêve, notion intouchable et si envoûtante, qui s’avère comme ce point de rencontre entre l'homme et son inconscient. Un lieu qui, comme dans *Blue Velvet*, confronte et mélange la beauté et l'horreur, le réel et l’irréel, le bien et le mal. Jeffrey Beaumont, un jeune homme bienveillant et soutenu, se retrouve comme happé par les sentiments du velours bleu jusqu'au point de s'abandonner. Un abandon du corps et de l'esprit aux mains du désir et des pulsions incontrôlables qui peuplent la face cachée des Hommes. David Lynch est un peintre s'appropriant les genres, les lieux et les consciences pour les modeler et les entraîner vers des pics inatteignables et indiscernables. Où les mondes et les pensées se confrontent et s'homogénéisent créant l'insaisissable et ainsi, des œuvres parfaites.
*Blue Velvet* est ce velours attirant qui dévorent les corps. Un Cheval de Troie prenant place au sein de ce petit appartement où réside la mystérieuse Dorothy Vallens (Isabella Rossellini). Une âme charmeuse et torturée par le prisme d'un monde contraire, qui puise son inspiration dans la violence et l’immoralité. David Lynch articule deux adolescents, presque inconnus des lieux, pour les morfondre et les malmener au cœur de leurs monde familier, mais au blanc des yeux insoupçonnés. « Il est bizarre ce monde » comme le dit si bien le personnage de Sandy, qui contemple intrigué mais finalement impuissante le cauchemar qui vient caresser le rêve.