Les films de Carpenter se ressemblent tous, mais sont tous différents. Derrière chaque thème qu’il aborde, chaque menace qu’il brosse, de spectres de pirates en roadster hanté, de virus alien en cauchemar d’auteur, de fantômes chinois en fils de Satan, il y a toujours sa patte, brute, accrocheuse, fauchée, inventive, rustre et pourtant si appliquée. En salles à l’aube des eighties, la même année qu’Evil dead et Au-delà du réel, excusez du peu, le cinquième du metteur en scène reste à ce jour son plus grand succès en France. Il le doit en partie à son budget, enfin correct, mais surtout parce qu’il est le témoin d’un temps, et plus précisément d’un style : si Blade Runner sera bientôt porté aux cimes de la cybernétique, New York 1997 en restera le pendant punk ultime. Sous les arpèges poisseux joués à quatre mains avec son éternel complice Alan Howarth, le réalisateur nous plonge dans l’enfer d’une ville sacrifiée, déserte, en ruines, abandonnée au crime. On parcourt ses rues glauques au milieu d’une meute de prisonniers retournés à l’état sauvage, on devine le corps dirigeant corrompu à l’abri dans ses hautes tours, et puis surtout, on suit ce rude anti-héros tout de cuir qui ne voit que d’un œil et ménage sa salive. Kurt Russel, ex de chez Disney, voulait changer d’image. Il trouve là l’écrin d’or rouillé dont il n’aurait pu rêver.