Inégalement séduit par le cinéma de Claude Chabrol, j'avoue avoir été plutôt convaincu par celui-ci, le réalisateur se montrant habile pour construire un suspense original, sans mort (ou presque), où tout est dans les comportements, les gestes et surtout les mots, si bien qu'on ne sait jamais très bien comment cette étrange intrigue va évoluer. C'est extrêmement précis, dans le cadrage, la façon de filmer les décors ou de faire de la maison un personnage à part entière, de semer le trouble entre mensonge et vérité, de rentre tous ces protagonistes aussi séduisants qu'inquiétants, si bien qu'il n'est vraiment pas évident (du moins me concernant) de savoir d'où le mal viendra... Si Jacques Dutronc est un peu moins nonchalant que d'habitude, il est inévitablement éclipsé par une Isabelle Huppert que l'on a rarement vu dans une prestation aussi « oscarisable », très élégamment secondée par une toute jeune et déjà fort séduisante Anna Mouglalis. Une œuvre assez étrange, mais séduisant par son déroulement imprévisible et la finesse de ses situations : troublante noirceur.
Un Chabrol inégal. La mise en scène est toujours d’une précision redoutable, mais son côté statique m’a plus gêné que dans La Cérémonie par exemple, sans doute parce que si on y ajoute le jeu très approximatif et artificiel de la partie la plus jeune du casting, tout ça dégage une impression de pesanteur qui ressemble par moments à de l’auteurisme caricaturé. Les principaux atouts sont la toujours merveilleuse Huppert et un récit intriguant, qui malheureusement tourne court dans une fin décevante, où le scénario verse dans l’étude de caractère alors qu’il nous avait promis un thriller.
"Merci pour le chocolat" est un Chabrol efficace, parfois jubilatoire, longtemps troublant avant de s'éclaircir lors d'une conclusion décevante. L'étrangeté qui émane du film provient d'abord d'une direction d'acteurs qu'on pourrait croire artificielle mais, en y regardant de plus près, le phrasé si particulier semble finalement réaliste : on serait prêt à parier que les bourgeois parlent réellement ainsi. Il n'empêche que notre oreille n'est pas habituée à ces intonations, et nos yeux encore moins devant le show Huppert, dans la peau de Mika, femme torturée qui fait le mal sans savoir pourquoi; il faut se pincer deux fois au moment où elle met délibérément des somnifères dans le chocolat du jeune Guillaume avant de faire exprès de le renverser : Mika est-elle rattrapée par un soupçon de lucidité ou bien se perd-t-elle dans ses contradictions ? Certains agissements, assez tordus quand on y pense, demeurent inexplicables – visiblement, le possible échange de bébés à la naissance indiffère les deux familles – et c'est tant mieux; toutefois, il est dommage que le film, alors habilement partagé entre le thriller hitchcockien et la chronique bourgeoise, finisse par se replier sur les névroses de Mika, explicitées en flashbacks et en dialogues. Qu'une bonne partie du mystère du film s'évapore en une dizaine de minutes est frustrant, cela reste insuffisant pour nous faire oublier le plaisir d'avoir suivi une histoire aussi haletante que singulière mais fait indéniablement perdre à "Merci pour le chocolat" de son vénéneux esprit retors.
L’interprétation des acteurs est excellente , par contre l’histoire est complètement nulle et ça finit en queue de poisson ... pourtant ça commençait bien. J’ai perdu 1h30 de ma vie..
Merci pour le chocolat a l’aspect d’un conte moderne qui, derrière la farce anti-bourgeoise, revisite la figure de la sorcière ici incarnée par Isabelle Huppert, aussi envoûtante qu’insaisissable. Parce que la caméra de Chabrol refuse de faire d’elle une idole ou une figure un tant soit peu sacrée, Huppert apparaît comme une menace sourde et silencieuse qui a enfoui sa révolte sous son excès de gentillesse et ses démonstrations affectueuses souvent exagérées. Le cinéaste renverse ainsi le traitement traditionnel que le film noir ou le cinéma fantastique utilisent pour représenter la sorcière : le lieu du drame est une scène de théâtre où se joue un crescendo mortifère à mesure que les pianistes perfectionnent leur requiem, dans une même confusion entre l’intime et le public. Chabrol revisite la maison bourgeoise pour en faire l’espace du mystère, un espace cathartique dans lequel interagissent des forces à la fois érotiques et violentes, toujours humaines. En guise de potion maléfique, le chocolat, connu pour ses vertus médicales, qui se prépare à l’avance, se sert et se renverse selon les opportunités : il est le vecteur d’un endormissement tout autant qu’un accélérateur de particules qui va conduire les personnages à révéler leur identité secrète jusqu’alors insondable. Pourtant, la grande force politique du cinéma de Claude Chabrol demeure présente, notamment par son refus d’offrir à Mika une fin tragique : la chute laisse les enfants vivants, témoins de la folie destructrice de la mère, et réduit la belle Huppert à n’être qu’une ombre incapable de quitter l’épaisseur bourgeoise de son existence insipide. Merci pour le chocolat est une leçon de cinéma, à la fois cruelle et drôle, audacieuse et déconcertante de simplicité.
Un mauvais Chabrol. Les acteurs sont mauvais (on dirait du Rohmer), le scénario spoiler: Mika/Huppert a tué l'ex de Polanski/Dutronc est éventé très vite (mais on nous remet un flash-back au cas où on n'aurait pas bien compris), le comportement des personnages est incohérent... La seule subtilité est la scène finale spoiler: lorsque Dutronc, après son absence de réaction, joue la marche funèbre . À éviter !
Un excellent film de Claude Chabrol avec un pianiste campé par Jacques Dutronc et secondé par Isabelle Huppert dans le rôle d'une PDG d'une cholocaterie.
C'est un vrai film "chabrolien" avec Isabelle Huppert en meneuse de troupe. Comme souvent, on retrouve une famille bourgeoise, avec un fils plutôt oisif et un élément perturbateur vient chambouler ce climat assez calme mais relatif. Cet élément perturbateur c'est la jeune pianiste, Mouglalis, qui va se faire coacher par le virtuose interprété par Dutronc. Le film n'a pas la même intensité que d'autres films de Chabrol mais il se regarde volontiers.
Un Chabrol qui encaisse difficilement les faiblesses d'un interprète comme Jacques Dutronc, dont on s'étonne qu'autant de réalisateurs de talent aient fait appel à lui. Il sait jouer juste sans ne jamais aller au-delà, et il n'y a qu'à voir la scène où il se met en colère contre Isabelle Huppert, pour mesurer les limites de son jeu. Et puis cette coiffure ! Toujours la même depuis 50 ans ! Dodolphe Pauly est également un acteur bien faible, handicapé par une voix à la Alexandre Jardin qui n'arrange rien. Quand Chabrol ne croit qu'à moitié à ce qu'il fait, ça saute aux yeux à tous les niveaux, mais un petit Chabrol c'est déjà beaucoup plus intéressant qu'un grand Tavernier.
L'histoire est trouble et perserve comme dans les meilleurs Chabrol. Isabelle Huppert est exceptionnelle en personnage mi-loup mi-agneau. Dommage que la réalisation, qui fait un peu teléfilm, ne soit pas à la hauteur.
Avec "Merci pour le Chocolat", Chabrol dresse une fois de plus un vénéneux portrait de la bourgeoisie. Ici, l'action se déroule en Suisse, dans la famille recomposée d'un pianiste, perturbée par l'arrivée d'une jeune femme qui pourrait être sa fille. La réalisation est travaillée, distillant une ambiance malsaine tout au long du film, et s’appuie sur Isabelle Huppert, à l'aise en maîtresse de maison calculatrice et manipulatrice. Le problème vient d'une part du scénario. La présence de non-dits n'est pas gênante, le souci est qu'en plus, des éléments sont amenés sans être utilisés par la suite, tandis que les "rebondissements" sont prévisibles (on devine le final dès les 10 premières minutes du film). En résulte une intrigue assez plate. D'autre part, le jeu des acteurs est peu naturel. On comprend la volonté de donner une ambiance perturbante, mais il y a des limites ! Notamment, Rodolphe Pauly est très peu crédible, passant de l'adolescent amorphe au fils perturbé sans conviction et sans cohérence. Si bien que "Merci pour le Chocolat" s'avère décevant.
Parmi les ingrédients indispensable pour faire un bon film il faut une bonne direction d'acteur. Or ici on a vite fait le tour, Huppert s'en sort (elle s'en sort toujours) Dutronc est très moyen et le reste est pitoyable mais où Chabrol a-t-il été cherché des acteurs aussi mauvais, on a l'impression qu'il était pressé d'en finir et qu'il s'est à chaque scène contenté de la première prise même si elle était médiocre. Quant à l'histoire elle n'a aucun intérêt. Ce n'est pas bien tonton Chabrol de se moquer de son public