Voilà plus de 20 ans que j'entends régulièrement parler de ce film, souvent de manière favorable. Je réussis finalement à le rattraper... et c'est un peu la douche froide !
Pourtant il y a clairement de l'audace. François Ozon pond là un film assez insaisissable, qui brouille les genres. 8 femmes se retrouvent piégées dans une demeure, lors d'une tempête de neige. Et elles apprennent que le riche maître des lieux a été assassiné ! La coupable est forcément l'une d'entre elles, mais qui : la femme, les filles, la soeur, la belle-soeur, la belle-mère ou les domestiques ?
Ca a des airs d'Agatha Christie, et Ozon en joue clairement. Associant par exemple des couleurs spécifiques à chaque femme, façon Cluedo. Ou donnant rapidement un mobile à chacune d'entre elle. Mais le réalisateur vire régulièrement vers le pastiche, voire la parodie, avec du burlesque ou des jeux exagérés. Et il se lance ponctuellement dans la comédie musicale (!), chaque femme interprétant une chanson, histoire d'avoir son moment de gloire.
De très belles intentions, mais je ne suis pas très convaincu du résultat. Si l'on nous offre 8 comédiennes très talentueuses, plusieurs d'entre elles ont tendance à faire du jeu très théâtral, qui sonne faux. Certes, on veut du parodique, mais ça ne veut pas dire jouer faux. Néanmoins, Fanny Ardant et Isabelle Hupert tirent leur épingle du jeu. L'une en soeur en desseins troubles et au passé sinistre. L'autre en belle-soeur grippe-sou et frustrée.
A côté, le récit demeure très artificiel. On nous balance des révélations toutes les 5 minutes, histoire de changer les enjeux et de construire des mobiles. Néanmoins cela sort à chaque fois de nulle part, et perd son impact puisque l'on sait que le secret suivant sortira dans les 5 prochaines minutes. Il n'y a pas vraiment de finesse ni d'exploitation de tout cela. Jusqu'à une explication finale qui arrive comme un cheveu sur la soupe et qui ne convainc pas réellement.
Ozon a aussi choisit de donner un aspect purement fonctionnel à la victime, jusqu'à ne pas montrer son visage. Peut-être histoire de se jouer des archétypes du genre, où les victimes servent surtout à lancer l'histoire. Mais c'est fait à l'excès, à tel point que cela n'amène pas d'enjeu et que l'on se moque un peu de qui est vraiment la tueuse. Cela désamorce aussi le final, qu'il ait été conçu ou non de manière comique.
Quant aux passages musicaux, j'avoue n'avoir pas compris leur intérêt si ce n'est de mettre les comédiennes en valeur (à ma décharge, je n'aime pas les comédies musicales). On aurait très bien pu faire sans.
Je m'étonne du très bon accueil reçu par le film à sa sortie. Sans doute qu'il a aujourd'hui beaucoup perdu de son originalité, tant les pastiches et les revisites d'Agatha Christie ont été faits depuis.