Difficile de ne pas comparer "Mille milliards de dollars" au précédent film de Henri Verneuil, "I... comme Icare". Les deux étant des thrillers politiques inspirés du cinéma américain des 70's, où un homme enquête sur une machination sordide et de grande ampleur. Avec quelques effets de mise en scène similaires (flashbacks, ramifications du complots qui se dévoilent progressivement...). Et à ce petit jeu, "Mille milliards de dollars" en sort perdant, son grand frère étant à mon sens beaucoup plus remarquable. Pour autant, il serait dommage de bouder ce film dont le propos est encore plus vrai aujourd'hui. On y suit Paul, journaliste qui reçoit une info : un grand PDG français aurait reçu un gros pot-de-vin d'une multinationale américaine. Paul sort un article, et va provoquer une réaction en chaîne. Henri Verneuil pointe ici du doigt la mondialisation et ses dérives, l'hyper-concentration des richesses, l'optimisation fiscale, ou la culture de travail américaine (sacrifiez votre vie privée pour le bonheur de l'argent et de votre entreprise !). De manière tantôt pertinente et bien vue (probablement bien documentée ?), tantôt un peu naïve (le final, notamment). Et son thriller demeure prenant de bout en bout, l'enquête dévoilant un brouillard qui s'épaissit plutôt que de s'éclaircir. Même si la réalisation de Verneuil ne fait pas vraiment dans l'audace, le metteur en scène livre quelques confrontations réussies. Dont celles avec Jean-Pierre Kalfon. Question acteurs, Patrick Dewaere reste étonnement sobre, mais convient bien à ce rôle de journaliste engagé, qui va s'obstiner pour cette affaire. Pour l'anecdote, il s'agit du dernier film sorti de son vivant, et les quelques remarques de son personnage sur le cinéma ou le suicide trouvent évidemment un écho différent a posteriori. On retrouve également face à lui Mel Ferrer en PDG américain illuminé. Autre anecdote amusante : le PDG français dans le film s'appelle "JBL" (Jacques Benoît-Lambert) et dirige "Electronique de France". 30 ans plus tard, "JBL" (Jean Bernard Lévy) dirigera "Electricité de France"...
Dans la continuité de son précédent film (« I… comme Icare »), Henri Verneuil signe un policier basé sur une intrigue s’inspirant de faits réels. Cette fois-ci, la dimension politique cède la place à une critique des multinationales et de leur pouvoir financier. Dans ce long-métrage, sorti en 1982, un journaliste obstiné (l’impérial Patrick Dewaere) mène une enquête sur les dangers de la mondialisation. Si le propos résonne avec fracas, on reste néanmoins déçu par ce scénario extrêmement linéaire et didactique. Il manque un vent de folie à cette mise en scène sans amplitude. Bref, c’est propre et net, toujours d’actualité, mais malheureusement trop classique.
Un thriller politique très intéressant, prenant et très intelligent. Un excellent film de Mr Verneuil, peu connu où on ne s’ennuie pas. Dewaere est parfait en journaliste.
Un peu sur la vague,le produit qui en résulte est ébouriffant; parfois cynique et souvent noire. Aussi;dans son ensemble un polaroide peine de maturité,époustouflant.
Comme un reflet à son précédant long-métrage « I… comme Icare » le réalisateur Henri Verneuil raconte le combat d’un homme seul face à une machination qui va rapidement le dépasser. Du cadre politique on passe ici à celui de l’économie dans un récit à la construction toujours aussi bien huilée et fertile en suspense. Porté par l’excellent Patrick Dewaere incarnant un grand reporter dont l’enquête sur un riche homme d’affaire français va le faire se confronter à une puissante multinationale permettant ainsi au récit de dénoncer les dangers du capitalisme et des tentaculaires entreprises accaparant toujours plus de richesses et de pouvoir.
Sur un scénario solide, complexe mais aisément compréhensible, se dessine une dénonciation tant socio-économique que politique (à travers la seconde révélation des collusions des multinationales) dans une mise en scène classiquement efficace, liant avec fluidité les différents espaces de l'enquête menée par un pugnace journaliste auquel Patrick Dewaere confère plus de froide maturité qu'en d'autres rôles, prouvant à nouveau sa nuance interprétative! Pamphlet contre la minorité richissime, prête à toutes les compromissions, le récit épouse habilement les codes de son genre, servi par une impeccable distribution et un propos terriblement moderne. Prenant!
C'est la traditionnelle histoire de l'individu confronté à une organisation puissante, l'histoire de toujours du juste, de l'intègre, se battant pour la vérité. En l'occurence, le journaliste Paul Kerjean prétend dénoncer les méfaits d'une multinationale dont la puissance financière, influente et corruptrice, menace les Etats et le citoyen. Sur le mode du polar et de l'enquête journalistique, Henri Verneuil instruit le procès d'une organisation tentaculaire et quasi mafieuse. Le cinéaste semble vouloir s'inspirer du style américain et, peut-être, de l'efficacité des "Hommes du Président" d'Alan J. Pakula. Il en est hélas bien loin. Parce que son récit est démonstratif et simpliste, parce qu'il ne croit pas le public assez adulte pour pouvoir soutenir un propos plus rigoureux et plus subtil, parce qu'il n'est pas et n'a jamais été un cinéaste original ou inspiré. Le film accumule les évidences avec des accents volontiers sentencieux. En somme, il enfonce des portes ouvertes. La mise en scène s'octroit, malgré un rythme qui n'est déjà pas haletant, de vaines respirations sous la forme tout à fait commune de l'existence familiale du héros, qui est indifférente. Peu ou mal dirigés, les interprètes jouent sans beaucoup de sincérité. Ce n'est pas le genre qui a mal vieilli, mais le film de Verneuil.
Un film en avance sur son temps : on parle de la toute-puissance des multinationales ou de "mondialisation" en 1982 ! On peut croire au début en une farouche satire du journalisme avec un Patrick Dewaere véreux à la recherche d'un grand scoop (ce qui mènera au suicide d'un millionnaire), mais au fil de l'histoire on comprend mieux qu'il s'agit davantage d'un éloge aux journalistes d'investigation qui dénoncent les scandales au risque de leur vie. L'enquête est ici rondement menée avec des flash backs et de très bons dialogues, à la fois complexe mais restant accessible. L'emprise tentaculaires des multinationales sur les gouvernements et chaque individu est bien démontrée. Toutefois, on peut reprocher à ce long métrage un côté froid et cynique, voire terne et "administratif"... C'est vrai qu'il y manque des sentiments d'humanité, d'humour, de spontanéité comme le rappelle la dernière phrase du film. En même temps, difficile d'aborder le monde financier avec joie et candeur. Par conséquent il aurait peut-être fallu raccourcir le film, ou y insérer davantage de scènes d'action. Mais c'est tout de même une réussite.
J'ai passé un très bon moment sur ce film (quelques longueurs par moment il est vrai mais le scénario est d'enfer!). Au delà de la fiction cinématographique qui date de 1982 , posons-nous la question si de nos jours: Google, Microsoft, Apple, etc... ne sont-ils pas la société GTI du film...? A méditer.
Un vieux film sur les manipulations et les bas fonds du monde du journalisme qui ne prend pas trop aux tripes. Je le déconseille aux moins de 7 ans. 2/5
Avant-dernier film de Dewaere (et dernier sorti de son vivant), "Mille Milliards de Dollars" est aussi un de ses meilleurs avec "Série Noire", "Le Juge Fayard dit Le Shériff" et "Les Valseuses". Et un des meilleurs films de cet excellent faiseur très décrié par la presse à l'époque, Henri Verneuil. Pas un réalisateur de la carrure "cahiersducinéma-esque" du style Truffaut, certes, mais un excellent réalisateur de cinéma populaire qui était à l'époque dans un Âge d'Or et une période quelque peu dénonciatrice : deux ans après "I...Comme Icare" (son chef d'oeuvre) dans lequel il abordait le thème du complot d'Etat, il aborde ici une autre sorte de machination, financière celle-là. Un journaliste du genre franc-tireur et intègre (travaillant dans un journal fictif qui apparaît dans "I...Comme Icare" d'ailleurs, je crois) reçoit d'une mystérieuse source une information comme quoi le patron d'une importante société française aurait touché des pots-de-vins monumentaux de la part d'une société américaine mondialement implantée (un vrai empire financier), GTI. Peu de temps après l'article, le PDG impliqué est retrouvé mort, suicidé. Kerjean, le journaliste, contre l'avis de ses supérieurs, continue l'enquête... C'est le point de départ d'un film passionnant doté d'un casting totalement à la hauteur : Patrick Dewaere, Charles Denner, Caroline Cellier, Michel Auclair, Jeanne Moreau (rôle court, ceci dit), Mel Ferrer (acteur américain qui a souvent joué en Europe, et parlait un français impeccable), Anny Duperey, Jean-Pierre Kalfon... Excellente musique de Philippe Sarde, scénario superbement bien cousu, interprétation à la hauteur, sens du suspense, flash-backs intelligents servant bien l'intrigue, ce film, le pendant financier de "I...Comme Icare" (bien que présentant des histoires différentes avec des personnages différents, les deux films, pour moi, vont parfaitement ensemble, comme un diptyque dans la filmographie de Verneuil), est une totale réussite, un des meilleurs films français de son époque. A voir absolument. Je dis bien : absolument.
Henri Verneuil est sans doute le plus "américain " des réalisateurs français et est, en tout cas, celui qui reçut au cours de sa carrière, la plus forte audience auprès du public hexagonal (si l'on se réfère au nombre d'entrées).
Sa filmographie est vaste et un peu trop " grand public " auprès des revues de la cinéphilie pour avoir rencontrer un soutien et une distinction de leur part.
Pourtant, lorsqu'on se penche sur certains de ses opus ( à cet égard "mille milliards de dollars" est un bon exemple), son ambition n'est pas un vain mot.
Mis en scène à la fin de sa carrière ( 1982), il se propose de regarder de plus près le sujet des multinationales, l'origine parfois douteuse de leur émergence et de leur pérennité, de l'immoralité et surtout du danger quelles font peser sur les démocraties.
Verneuil prend prétexte d'une enquête journalistique qui va peu à peu dévoiler certains pans du passé d'une multinationale américaine, qui rachète pour des motifs obscurs un entreprise française déficitaire.
Proche de l'univers de Costa Gavras, " mille ..." est un opus politique qui décrit un univers des affaires économiques sous leur aspect Kafkaïen et inquiétant.
Si le film n'obtint pas un succès à la hauteur des plus grands obtenus par le cinéaste, il permet de retrouver Patrick Dewaere dans une de ses dernières apparitions à l'écran, avant sa disparition tragique.
Le relatif insuccès du film, tient sans doute au degré d'attention qu'il demande au spectateur pour suivre le scénario dans ses détails et au manque de scènes d'actions, pourtant marque du cinéaste.
La distribution est remarquable et permet de retrouver moults acteurs français des années 80 et aussi Mel Ferrer - acteur hollywoodien qui fut marié avec Audrey Hepburn- connu notamment pour sa maîtrise de la langue française à la ville.
On peut juste regretter le manque de scènes en extérieur et des décors pas très au point.
De son côté, le montage ne laisse place à aucun temps mort et permet au film de se suivre avec intérêt.
Certes, Verneuil fit montre de plus de panache dans certains de ses opus précédents. Les aficionados de Patrick Dewaere ne le manqueront pas, même si sa prestation est ici plus lisse que dans ses rôles de personnages déchirés.
Un magnifique et fantastique brulot contre la capitalisme sans humanité. Tiens, un pléonasme! Tout est traité à la façon d'un thriller économique voire politique. Le scénario est parfait, parfaitement crédible, et qui parait tellement d'actualité, encore aujourd'hui. Par exemple, prendre une usine d'un groupe mondial, et lui faire payer une matière première au-dessus du prix réel à une entreprise du même groupe logée dans un pays fiscalement attrayant permet de délocaliser les bénéfices et diminuer les taxes. Cette pratique est toujours appliquée dans bon nombre de grand groupe. Voire tous? Patrick Dewaere explose à l'écran, bien entouré par pas mal de très bons seconds rôles. A voir par tous, essentiellement ceux qui veulent comprendre ce que le capitalisme peut avoir d'exécrable.