Expéditif, simpliste, sans une once de psychologie, un peu bourrin, et on accroche quand même. Pourquoi ? Parce qu’Harry est le prototype de tous les antihéros américains à venir, dans cette dernière partie du vingtième siècle. Désabusé, nihiliste, il reste pourtant cool Harry. Cool quand il sort dans la rue arrêter un casse de banque en mâchant nonchalamment son hot dog d’une main, magnum dans l’autre. Ce personnage est pétri de contradictions, et ça brouille les pistes. Film violent, c’est vrai, une mise en scène d’une maîtrise virile qui a fait école, (les plans de la baie de San Francisco sont de toute beauté, et annoncent une sorte de fin du rêve américain, il n’y a plus rien, à part l’océan pacifique, le bout de la route). Siégel filme très bien la ville « sale », et les scènes nocturnes, les immeubles décrépis dans le noir, le clair-obscur. Ce soin porté à la mise en scène est un paradoxe de plus, pour un « simple » film d’action, mais c’est un film qui colle comme un gant à son époque, la fin des seventies. Superbe musique de Lalo Schifrin très funky, et fin du rêve, retour à la réalité, et l’individualisme triomphant du flic qui emploie ses propres méthodes, quand il voit que la justice n’est pas efficace, ce qui arrive trop souvent à son goût. Il utilise les méthodes des « méchants » alors qu’il est du bon côté. Sa justice est plus expéditive, Eastwood quitte le western pour la jungle urbaine qui n’a rien à envier à l’ouest sauvage. J’imaginais le film plus bourrin qu’il ne l’est en réalité. Film de chevet des Stallone, Schwarzy, et consort, sauf que tous les copycats suivants ont vidés le concept de toute substance et gardant uniquement la nonchalance et le magnum, on appellera ça les années 80.