Un film pour le moins brillant, conte moraliste sur un petit bonhomme ingrat et fortuné, fortuitement et gratuitement. Sacha Guitry connaît le mensonge sur le bout de ses dix doigts, prenant la parole sur tous les fronts, à commencer par une voix-off susceptible de révolutionner le langage cinématographique : vecteur philologique de ses mémoires fictives la voix de Guitry commente, énonce, prononce, suggère, emprunte et additionne les calculs de son tricheur. Un film bavard, au sens intelligent du terme : cet artifice grammatical intrinsèque à la narration permet de mettre en lumière une crapule vaniteuse, prétentieuse et opportuniste qui passe le plus clair de son temps à parler, finasser, flatter, brasser, accumuler, étaler, comparer, dire tout et son contraire pour finalement parloter, vulgariser, meubler, inconsister, confiturer et balancer : le résultat d'une destinée proche du renoncement moral, celle d'un faussaire canailloux dépassée par sa chance, la prenant comme un dû de forme. La mise en scène, sans tapages mais efficiente selon l'usage est un modèle critique des pairs du cinéaste : anti-théâtrale ( retournant les cartes jouées comme un miroir réfléchissant, prenant le temps de dévisager la duplicité, la représentation, le simulacre de l'épopée...) la réalisation est digne des plus grands... et c'est le cas ! Objectivement un très grand film, lucide et vraiment ambitieux, qui m'a vraiment plu malgré une oralité sincèrement difficile à cerner au premier visionnage. Une référence !