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Mankiewicz grand metteur en scène hollywoodien avait comme Billy Wilder un grand talent de scénariste et était unanimement reconnu comme un lettré. Ces films aux dialogues ciselés ont pour la plupart bénéficié de ce talent mis au service d'un sens de l'humour aiguisé comme une lame de rasoir. "L'affaire Cicéron" comme plus tard "Le reptile" ou "Le limier" s'inscrit dans la lignée des films pratiquant la dérision du début à la fin. Le grand John Huston contemporain de Mankiewicz et lui aussi scénariste émérite pratiquait le même genre d'humour dans des films comme "Plus fort que le diable" , " Le dernier de la liste" ou "Casino Royale" mais dans un style beaucoup plus foutraque où l'intrigue importait assez peu . Mankiewicz lui est beaucoup plus exigeant sur la tenue du sujet, pensant sans doute qu'il faut maintenir l'attention du spectateur en éveil pour que les effets comiques ne tombent jamais à plat. L'affaire est complètement réussie avec ce film d'espionnage fort bien construit à partir d'une histoire réelle assez invraisemblable où tout le monde croit duper tout le monde et où personne ne gagne à la fin. Un sujet en or pour la plume acérée de Mankiewicz qui réellement se délecte du jeu de ses acteurs à commencer par celui de James Mason qui révèle à chaque prestation qu'il était un immense acteur. Il faut le voir sûr de lui, empli d'une soif de revanche sociale, damer le pion à tous ces diplomates, aristocrates ou militaires trop sûrs de leur fait. Jamais à court d'arguments et maniant la langue avec dextérité, il jouit visiblement du bon tour qu'il est en train de jouer à tout ceux qui semblent l'écouter sans se demander comment il est en possession de tant de renseignements capitaux pouvant décider du sort de la deuxième guerre mondiale. Lui-même s'aveugle de tant de facilité et ira même jusqu'à croire qu'il peut séduire la Comtesse Staviska dont il était le serviteur avant qu'elle ne devienne veuve. Comme souvent dans ce genre d'histoire c'est la femme qui causera la perte de l'escroc. A ce sujet il faut souligner la facilité avec laquelle Danièle Darrieux s'intègre dans une production hollywoodienne, apportant toute sa grâce naturelle à cette comtesse déchue qui ne pense qu'à assurer le train de vie qui lui revient et qui en toute candeur se plongeire dans la plus perverse des duplicités. A la voir si belle, on comprend que son valet se soit vu gagné par l'obsession de la posséder un jour. Rien ne dit d'ailleurs que tout ce stratagème ne soit pas parti de là. "L'affaire Ciceron" fait partie de ces films parfaits où rien ne peut être pris en défaut et sûr de son fait Mankiewicz termine son énorme farce par un rebondissement destiné à nous rappeler que la vie ne doit pas être prise trop au sérieux . L'éclat de rire final de Mason conclut de la plus brillante des manières ce modèle de la comédie d'espionnage.
Ajoutée le 16 nov. à 22h06 Signaler un abus
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