Aaah La Boum, ce film si culte et si souvent présenté comme le parfait teen movie. On y suit l’histoire de Lolita… euh Vic pardon (diminutif du prénom un peu pompeux de “Victoire” et oui on est bien dans le 5e après tout) interprétée par une sublime Sophie Marceau à peine âgée de 14 ans à l’époque. C’est ce film qui va propulser la carrière de la future James Bond Girl qui signe alors son premier rôle sur grand écran (avant de devenir antivax…hmm). Vic fait sa rentrée au lycée, elle se fait ses premiers vrais amis comme Pénélope et surtout elle participe à ses premières boums où elle y découvre les premiers émois amoureux.
Ne vous méprenez pas, le film dépeint bien sûr la vie d’une jeunesse parisienne favorisée qui fait ses classes à Henri IV, se balade dans les rues du quartier latin et traîne du côté de la Bibliothèque Sainte Geneviève (BSG pour les intimes), et cette dimension un peu élitiste peut gêner malheureusement.
Les personnages de parents sont particulièrement bien travaillés. Joués par Brigitte Faussey pour la mère et Claude Brasseur pour le père, les deux sont au bord du divorce. On retrouve aussi chez eux ce sentiment (très typique) d’être un peu dépassé par la vie de son enfant : ils ont du mal à se rappeler les prénoms des amis de Vic et surtout ils sont partagés entre laisser vivre librement leur fille à cet âge si particulier et la protéger. Ainsi, on retrouve des dialogues poignants : “Qu’est ce qu’elle a ? - “13 ans”. C’est justement cette empreinte parentale qui permet de satisfaire tous les spectateurs et de ne lasser personne. Si autrefois le film nous avait ému parce que, jeunes, nous nous reconnaissions en Vic, il n’en perd pas autant de sa valeur puisque c’est maintenant dans les chaussures du père et de la mère que nous nous plaçons aisément. On découvre ainsi toute une partie du film qui nous avait échappée autrefois, continuant ainsi de nous surprendre.
Et comment parler de figure parentale sans mentionner l’arrière grand mère de notre héroïne ? Interprétée par la (pour le moins) dynamique Denise Grey, “poupette” semble être le véritable double de Vic, tout aussi jeune et fringale de Vic malgré les apparences. On a tous déjà rêvé d’avoir une aussi bonne confidente aussi bien branchée et épicurienne que “poupette” qui roule (plus ou moins bien) en Renault 5, drague librement malgré son grand âge et déjeune à la Coupole.
Mais surtout, surtout, La Boum c’est une scène cultissime. Où, à contresens de la foule, le jeune Mathieu pose délicatement les écouteurs d’un walkman sur les oreilles de Vic. Sans transition, on entend alors sans doute le meilleur titre jamais réalisé pour un film : “Reality” chanté par Richard Sanderson et composé par le vénérable Vladimir Cosma (qui fait d’ailleurs un caméo discret dans le film). Le regard rêveur, les deux personnages entament un slow passionné. Quel ado de cette génération n’a pas rêvé de faire ça ? (aucun, c’est la réponse, il y en a même eu durant les suivantes). Cette chanson on l’entend, on la re-entend, re-re-entend et re-re-re-entend dans le film sans pour autant s’en lasser. On en oublie presque d’autres excellentes comme “Go on forever”.
Dès sa sortie en 1980, le film est un raz-de-marée : 4 millions d’entrées en France dépassant ainsi les blockbusters du moment comme L’Empire contre attaque (qu’on voit d’ailleurs en arrière plan dans le film). Et, étonnamment, le film a deux fois plus de succès chez nos voisins transalpins puisque 7,8 millions d’Italiens se pressent pour aller le voir. Il devient l’étendard de toute une génération. Cette génération qui se baladait en walkman, conduisait des “mobs”, allait faire du patin à La main jaune. Imaginez vous la tristesse des jeunes comme moi qui, d’un œil triste, regarde ce film sans avoir pu en faire réellement l’expérience.
Bref - comme dirait Lac Lagier dans une voix très monotone dans Blow up - tout ça m’a donné envie de revoir La Boum 2 et d’aller écouter “Reality” en boucle tout en pleurant dans mon lit comme Sophie Marceau.