Le Boucher
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anonyme
Un visiteur
4,5
Publiée le 9 octobre 2017
On m’objectera que les monstres de cinéma paraissent tellement monstrueux qu’ils ne peuvent pas être si monstrueux que ça. C’est exactement ce que je me disais en regardant « Le Boucher » de Claude Chabrol. Voilà un monstre, fils d’un boucher monstrueux, qui après quinze ans d’armée en Indochine et en Algérie, où il a vu et commis des actes monstrueux, revient s’installer au village. Chabrol a eu l’intelligence de choisir Jean Yanne pour incarner l’ignoble boucher. Stéphane Audran, elle, campe la directrice de l’école communale. Elle est vive, intelligente, équilibrée, mais après un chagrin d’amour elle a décidé de vouer sa vie à des enfants qui ne seraient pas les siens. Le boucher, célibataire, aurait donc bien voulu courtiser Mam’zelle Hélène, la directrice engagée à la solitude chaste. Il la fréquente, certes, lui fait des cadeaux, accepte les siens, l’aide à préparer les fêtes de fin d’année, participe aux sorties avec les enfants, dîne chez elle… Rien de plus. En échange, elle se contente d’accepter les gigots saignants du boucher…

La jeune mariée de l’instituteur adjoint est assassinée ! « Ah ! me suis-je dit, sacré Chabrol ! Il ne va quand même pas nous mettre sur la piste du boucher ! » Il y a bien le métèque de service, celui qui chantait à la noce et qui pelotait ses cavalières, leur volant des baisers à bouche que veux-tu. Et l’adjoint ? le mari ? Pas clair l’adjoint ! Le flic d’ailleurs le suggère, comme ça, mine de rien, en revenant du cimetière. Mais tout de même, le boucher !... Il s’appelle Popaul, le boucher ! Popaul, curieux surnom pour un boucher qui revient de près de quinze ans à faire couler le sang ou à le regarder couler ! C’est du moins ce qu’il prétend. Il a le goût du sang dont il dit qu’il a toujours la même odeur, partout, même s’il change de couleur et de force. Au cours d’une sortie avec les enfants, Hélène se retrouve sur les lieux d’un deuxième meurtre. Il s’en est fallu de peu que ses élèves et elle y assistent. Une très jeune fille ! On n’en saura pas plus. Elle découvre près du cadavre dégoulinant de sang le briquet qu’elle avait offert peu de temps avant au boucher pour son anniversaire. Ce serait donc ce monstre patenté, presque officiel, l’auteur des crimes monstrueux ? Allons, Chabrol, tu nous abuses avec la réputation de Jean Yanne ! Mais où était donc Popaul ? À Périgueux, dira-t-il, la ville d’à-côté, et d’ailleurs on apprendra plus tard qu’un meurtre a aussi eu lieu à Bergerac… Bergerac, Périgueux, pour un Parisien… Alors, le monstrueux boucher Popaul, amoureux de Mamzelle Hélène ?

Pourtant, il avait l’air comme tout le monde, Popaul. Il était bon en histoire et en français à l’école mais détestait les problèmes de trains qui se croisent et de robinets qui fuient. Et Chabrol en profite pour nous donner un de ces problèmes des écoles primaires d’antan, véritables tortures pour cerveaux en formation. Le voici, tel qu’il est énoncé par un jeune garçon, Charles, élève et protégé de l’institutrice, à l’attention de Popaul qui repeint le plafond d’Hélène en son absence :

« Un train part d’Orléans à 14 h 37 à une moyenne de 104 km/h pendant les 50 premiers kilomètres puis à 110 km/h pendant le reste du trajet. Un autre train part de Toulouse à 14 h 43. Il roule à 65 km/h pendant les 80 premiers kilomètres et à 106 km/h après. Les deux trains se croisent à 17 h 45. Quelle est la distance entre Orléans et Toulouse ? »

Et juste le temps de l’énoncé du problème, Monsieur Tomba (l’unique fois que Popaul est appelé par son nom de famille – et quel nom !), fait tomber de la peinture rouge qui dégouline sur le tapis et retrouve son briquet caché dans un meuble. Grâce à qui ? Au gamin des trains qui l’aide de ses conseils à effacer la tache ! On retrouve Chabrol, là : qui est le tortionnaire, la victime, l’initiateur, le complice ? Ne répondez pas trop vite. Résolvez d’abord le problème de trains et vous verrez après. Il y a du Ionesco chez ce Chabrol-là. Chez le Roumain le prof était le violeur, le sadique pervers lui qui, aussi, tourmentait les jeunes cerveaux avant de les réduire, de les anéantir. Il est assez symptomatique que « La Leçon » commence par une leçon d’arithmétique… C’est par un problème d’arithmétique que se dénoue l’intrigue du film. Je crois franchement que Chabrol s’est souvenu de Ionesco pour cette histoire de trains et d’institutrice.

Pourquoi donc Hélène David – elle porte ce nom-là, pourquoi ? – pourquoi n’est-elle pas allée témoigner à la gendarmerie après la découverte du briquet ? Quel rôle joue donc Mamzelle Hélène dans la perpétration des trois crimes ? Le fait est que c’est elle qui initie son jeune élève – elle lui donne la permission, sur la demande de sa mère, de boire une goutte de champagne ; la mère consent ainsi à se déposséder de sa fonction ; elle protège, ouvertement ou non, son ami qu’elle soupçonne d’assassinat par son silence ; quant à la scène finale… Sans vouloir la déflorer, il est évident que la demoiselle institutrice y apparaît dans toute son ambiguïté.

Est-ce à dire que le monstre n’était pas monstrueux ? Sans doute que si, mais il avait des complices parmi les gens les mieux placés et les mieux considérés de la commune. De parfaits innocents, tous ! Le mot « complices » est peut-être trop fort. Disons des « témoins actifs ». Mieux encore « des témoins que la passivité consciente et volontaire rend complices ».
Christine Brakhausen
Christine Brakhausen

12 abonnés 57 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 19 septembre 2017
Un Chabrol d'une grande perfection comme d'habitude. Une histoire toute simple interprétée admirablement, et mis en scène avec un talent immuable!!!
Yannickcinéphile

2 882 abonnés 4 582 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 20 avril 2017
Je ne sais pas trop comment ça se fait, mais en ce moment je tombe sur pas mal de films de réalisateurs connus qui manquent d’enjeux. Le Boucher est de ceux-là.
Encore une fois, beau casting, bon sujet, réalisateur expérimenté, mais pour un résultat qui laisse un peu à désirer. Le Boucher n’est en effet pas terrible sur le fond. Outre le fait qu’il n’y a ni enquête ni suspense, ce qui nous amène d’emblée à abandonner l’idée d’assister à un polar, à un thriller, ou même pourquoi pas à un film d’horreur, on ne peut pas dire que la relation entre les personnages soit très enthousiasmante, ni même que le film soit très crédible (au gré de quelques scènes assez invraisemblables). On s’étonne même d’arriver à 50 minutes de film (sur 90) en ayant le sentiment de ne pas avoir vu grand-chose, et cela sans s’être réellement ennuyé non plus. C’est sans doute ce qui sauve Le Boucher, bien que peu emballant, le film est court, et on ne ressent jamais un véritable ennui, en dépit d’un rythme assez lent.
Le casting est bon. Yanne est à l’aise dans ce rôle dramatique, sans être complètement convaincant, tandis que Stéphane Audran livre une prestation peu critiquable. Elle est tout à fait convaincante, et son duo avec Yanne est attrayant. Peu de mystères sur leurs personnages, j’aurai clairement aimé un approfondissement plus marqué du personnage de Jean Yanne, qui reste un peu vide, malgré les tentatives de lui donner un passé, lequel reste un peu flou. En tout cas, pas trop de choses à redire de ce côté-là.
La forme est plaisante, mais sans plus. Chabrol signe quelques bons passages, mais d’autres sont faiblards (la découverte du corps, moyennement bien amenée) en terme de mise en scène, et il peine à donner beaucoup de relief à sa réalisation, qui semblera parfois pépérisante. Le film délivre de toute façon un ressenti un peu plat, et la musique dissonante, l’image et l’ambiance provinciale assez statiques ne sont pas pour rien dans l’impression de lenteur, qui sans desservir franchement le métrage, lui donne un côté académique et presque suranné.
Le Boucher reste un Chabrol regardable, mais on est loin de ses meilleurs films. Pour ma part il a choisi une approche plus psychologique, centrée sur ses personnages au détriment du polar et du thriller, un choix hasardeux car tout en se privant d’une dimension vraiment divertissante, il ne réussit pas franchement à offrir toute la richesse et la complexité qu’on pouvait attendre d’un face à face psychologique et sentimental entre les deux acteurs. 2.5
pierrre s.

556 abonnés 3 428 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 2 janvier 2017
Voilà un thriller troublant porté par un duo d'acteurs qui l'est tout autant. En nous montrant le "quotidien" d'un petit village Chabrol signe un film subtil et maitrisé.
Estonius

4 737 abonnés 5 466 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 21 novembre 2016
Curieux film qui oscille lentement entre le thriller et l'étude de mœurs. Très bon film mais qui a des défauts : erreurs de script (on ne fait pas pique-niquer une bande de gosses auprès d'un précipice, de plus ils n'ont qu'un seul accompagnateur !) faiblesses (la scène de la découverte du cadavre est partiellement ratée et maladroite et la panique des enfants n'a rien de crédible), lourdeurs (la référence à Balzac). Et puis il y a quelque chose d'assez étonnant dans la direction d'acteurs : Audran et Yanne sont tout simplement fabuleux dans les scènes intimistes qu'ils interprètent avec un naturel délicieux, mais dès qu'il s'agit de faire de la composition dramatique, ils sont moins bons (surtout Yanne). Parlons aussi de la musique, ce genre de plaisanterie était assez tendance dans les années 70, aujourd'hui on en est revenu. Et malgré tout cela le film est bon, très bon même, parce que c'est de ce quotidien si bien interprété par Audran et Yanne et si bien distillé par Chabrol que nait l'horreur, une horreur qui n'aurait pas été si intense sans ce quotidien (une horreur partagée, puisqu'en n spoiler: e dénonçant pas l'assassin, Audran lui se rend indirectement complice d'un troisième crime,
Stéphane Audran, véritable apparition fascinante de sensualité, on peut comprendre que le personnage joué par Jean Yanne en devienne zinzin !..
Sonia K.
Sonia K.

22 abonnés 157 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 12 septembre 2016
Un film long et lent, où il ne se passe pas grand chose. L' histoire peut se résumer en trois ligne. Jean Yanne y excellent; S. Audran un peu moins. C'est tout. On s' ennuie.
Alasky

454 abonnés 4 563 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 9 juin 2016
Film surestimé à mon humble avis. Et film qui a mal vieilli, malgré de bonnes idées de mise en scène. Yanne et Audran sont excellents, et les paysages du Périgord sont superbes, donc ça se regarde tout de même.
weihnachtsmann

1 618 abonnés 5 732 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 19 février 2019
Dans l'ensemble, plutôt une déception. Déjà on sait dès le début qui est le meurtrier par le titre. Il y a peu d'action, pas d'histoire et pas de suspense. Les acteurs jouent bien mais ils n'ont pas une partition particulièrement riche à interpréter. Préférez "que la bête meure", beaucoup plus tendu. Ici c'est presque léger voire insignifiant. La musique et les longs silences sauvent un peu le film.
pietro bucca
pietro bucca

90 abonnés 1 344 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 19 mars 2016
Je découvre petit a petit les films de Chabrol, et je doit dire que celui la est assez plaisant. Le scénario n'a rien de fantastique et est plutot simple mais le mano a mano Stephane Audran-Jean Yanne est assez plaisant et rudement bien joués. Vraiment bien.
anonyme
Un visiteur
2,0
Publiée le 19 octobre 2015
Une étoile pour Jean Yann et une pour Stephane Audran. Le reste à très mal vieillit, on s'ennuie ferme et les autres acteurs sont plutôt mauvais. Le scénario est creux, on voit la fin arriver de loin.
Prad12
Prad12

122 abonnés 1 086 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 17 août 2015
Film surcoté parce que Chabrolien...... tourné juste après l'excellent Que la bête meure, ce film n'a aucun scénario ni suspens...... à mille lieux d'un Hitchcock. Seule la lumineuse Stéphane Audran (et la présence de Jean Yanne) permet au film de ne pas finir en viande avariée......
Mathias Le Quiliec
Mathias Le Quiliec

80 abonnés 378 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 juin 2015
Un chabrol intéressant sur le fond, la forme n'est pas dégueu non plus dans un patelin du périgord avec son église, son école primaire et ses petits ragots de retraités chez le boucher du coin. Avec une bande son aux petits oignons pour un suspens croissant. Cependant malgré l'interprétation d'Audran et Yanne, le boucher est moins prenant et réussi que "Que la bête meure", la faute a un scénario plus faible. Un bon film toutefois
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 6 mai 2015
Chabrol ne fait pas l'unanimité, et Le Boucher non plus. Comme avec la plupart des films du réalisateur, il faut se laisser entraîner par le langage chabrolien, sans rien attendre de particulier. Le Boucher a parfois des aspects ronflants, on voit que Chabrol s'est appliqué à en faire un grand film, il multiplie les références et s'annonce sans fard comme l'héritier de Balzac en souhaitant dépeindre la société de son temps. La peinture sociétale est plutôt réussie et Le Boucher donne une image très juste de la France rurale des années 1930. Tout est filmé avec une certaine objectivité qui laisse souvent place à de la vraie tendresse. La force du film est cependant ailleurs. L'intrigue est très simple, mais les personnages sont très complexes, notamment Mademoiselle Hélène. Chabrol a beaucoup travaillé les deux personnages principaux, mais pourtant on sait peu de choses d'eux, rien n'est vraiment subjectif. Hélène est-elle amoureuse du boucher ? Ou recherche-t-elle juste un ami ? Souffre-t-elle encore d'une mauvaise rupture ancienne ? Est-elle trop froide ? Trop sage ? Le réalisateur laisse une bonne part à l'interprétation personnelle, comme si on rencontrait ses personnages dans la vraie vie et qu'on s'en faisait une idée soi-même.
NomdeZeus
NomdeZeus

131 abonnés 1 044 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 mai 2014
Décidément, la fin des années soixante est une période faste pour Claude Chabrol qui enchaine les films de qualité. Le Boucher ne fait pas exception à la règle et s’impose comme une œuvre importante de sa filmographie. Sur le papier, ça parait rudimentaire: un joli petit village secoué par une série de meurtres horribles, deux bons acteurs (Stéphane Audran et Jean Yanne au top), et deux ou trois bonnes idées de mise en scène (le clignotement du bouton de l’ascenseur symbolisant le rythme cardiaque du blessé m’a marqué). Et pourtant, cela fonctionne parfaitement à l’écran et on est totalement emporté par l’intrigue.
selenie

7 446 abonnés 6 661 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 mars 2014
Sans doute un des films les plus connus de Chabrol sur lequel il retrouve Jean Yanne pour la troisième fois et Stephane Audra avec qui il travaillera 24 fois de 1960 à 1985... Dans un village un boucher et une directrice d'école se séduise tandis que des meurtres sont commis... Chabrol décrypte comme à son habitude et dissèque le quotidien des gens alors que se dessine le drame. La "romance" est placé sous l'influence forte de Balzac et finie par flirter avec le syndrôme de Stokholm. Cette histoire d'amour fascine et laisse perplexe, la femme refusant l'amour physique dont lui est demandeur tout en l'amenant à s'attacher. Le couple Stephane Audran-Jean Yanne n'est évidemment pas pour rien dans le charme opérer. On reste peut-être un peu déçu par la fin dont le romantisme baroque ne sied pas beaucoup au réalisme de Chabrol ; on aurait préférer que le film stoppe lorsqu'après la révélation le directrice ferme les yeux... Le seul bémol se trouve bien là... En attendant notons le plagiat éhonté mais passé inaperçu (pourtant adapté du roman "Les Kangourous" de 2002 par Dominique Barbéris) film par Anne Fontaine avec "Entre ses mains" (2005) dont le scénario est à l'extrême identique... En prime notez que l'acteur Roger Rudel (l'enquêteur) est le doubleur de Kirk Douglas. En conclusion un très bon film, un grand cru de Chabrol même s'il manque la petite tension Hitchcockienne pour être un vrai grand film.
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