À ce stade, la question n'est plus cinématographique. Elle est absurde, peut-être archéologique aussi : que devient une œuvre quand elle continue sans raison d'être, par inertie ? Scary Movie 4, sorti en 2006 et toujours signé David Zucker, est le quatrième épisode d'une franchise qui a commencé comme une autopsie intelligente du slasher réflexif et qui ingère désormais La Guerre des mondes, Saw, Grudge, Brokeback Mountain et Million Dollar Baby dans un même film de quatre-vingt-dix minutes. Anna Faris revient dans le rôle de Cindy Campbell (fil conducteur nominal d'une intrigue sans colonne vertébrale) et le dispositif global est si familier qu'il en devient transparent à force de citations.
La réponse commence dans l'ouverture, qui parodie Saw avec Shaquille O'Neal et le docteur Phil McGraw piégés dans les dispositifs du tueur. Saw de James Wan est un film construit sur une grammaire de l'enfermement visuel qui mime l'expérience de ses personnages, et qui prive le spectateur de repères pour le placer dans le même état que les prisonniers. Un regard satirique véritable s'emparerait de cette grammaire : il la pousserait jusqu'au point où la désorientation le lieu de l'absurde, il ferait du dispositif lui-même la blague. Ce que fait Scary Movie 4, c'est reproduire l'esthétique de Saw comme décor de reconnaissance, puis y placer deux personnalités dont la présence est censée tenir lieu de gag. L'humour est entièrement dans le contraste entre la notoriété télévisuelle et la situation extrême, pas dans la forme de Wan. Elle l'utilise comme fond de scène. Cependant, au vue de l'artisan, évidemment que le rire éclate.
Ce rapport de surface au modèle traverse l'ensemble du film mais prend sa forme la plus symptomatique dans la séquence consacrée à Grudge. La scène de Scary Movie 4 où Cindy échange avec le ghost boy (Grudge) des phrases de marques japonaises - teriyaki, hibachi, sushi - pendant que les sous-titres donnent autre chose ne touche à rien de tout cela. Elle est une blague de substitution linguistique, fondée non sur une analyse de Grudge mais sur l'altérité phonétique du japonais comme source de rire. C'est de la moquerie par défaut d'imagination, et le fait qu'elle soit encore acceptable dans le mainstream américain de 2006 en fait, rétrospectivement, un document aussi révélateur qu'inconfortable.
La même logique de défaut structure le traitement de Brokeback Mountain. Scary Movie 4 n'y touche pas. Il réduit Brokeback Mountain à un signal : deux personnages secondaires font des choses gay, la blague s'arrête là. Elle n'est pas sur le film de Lee, elle est à côté de lui, utilisant son titre comme mot de passe vers un rire de complicité avec un public supposé partager un malaise face à l'homosexualité. Même constat pour La Guerre des mondes.
Et pourtant. Il faut être honnête, parce que la critique honnête l'exige : il y a dans Scary Movie 4 des séquences qui fonctionnent, et comprendre pourquoi elles fonctionnent est aussi instructif que comprendre pourquoi le reste échoue. L'exemple le plus clair est celui du ghost boy qui descend l'escalier en rampant à l'envers (comme dans Grudge) et qui finit simplement par tomber dans l'escalier. Ce gag ne suppose aucune connaissance de Grudge pour produire son effet. Il repose sur une logique interne propre : l'escalade absurde d'un comportement, la rupture de l'attente par une cause banale, la chute comme ponctuation physique. C'est du burlesque. Ces moments sont rares mais les rend précieux. Ils montrent que la compétence technique est toujours là, quelque part, sous l'accumulation.
C'est précisément ce contraste entre la compétence résiduelle et l'abandon généralisé qui définit le rapport au montage dans ce quatrième volet. Depuis le premier film, le rythme s'est progressivement accéléré - les scènes sont plus courtes, les transitions plus brutales, l'espace entre les gags compressé jusqu'à l'asphyxie. Ce n'est pas une décision formelle au service d'une énergie comique : c'est le symptôme d'un film qui ne croit plus assez en ses propres blagues pour leur laisser le temps de respirer, qui comble le silence par du bruit pour éviter que le spectateur n'ait le temps de ne pas rire. Le montage est un outil de dissimulation. Le film a investi dans la surface.
Et c'est dans tout ça, paradoxalement, que réside sa seule vraie valeur. Revu aujourd'hui, Scary Movie 4 cristallise ce que le divertissement populaire américain de 2006 considérait comme du rire partageable : la blague raciale par phonétique, le gag homophobe camouflé en citation, la notoriété comme substitut au gag, l'accumulation comme substitut au rythme. Il ne dit rien sur les films qu'il cite. Mais il dit énormément sur ce qu'une industrie suppose de son audience quand elle a cessé de la respecter.