Certains flics cherchent un coupable. Max, lui, le fabrique. Sous couvert de justice, ce flic pousse une poignée de chapardeurs minables jusqu'au braquage. Il invente le crime pour avoir, enfin, le droit de les cueillir en flagrant délit. Cette rigueur même qui devient le venin du récit. Militant idéaliste dans sa jeunesse, Claude Sautet avait vu une conviction, poussée à l'absurde, finir par justifier l'impardonnable. C'est ce vertige qu'il souhaite retranscrire à travers Max au travers de la lente déformation d'un homme qui ne supporte pas de voir les autres vivants quand lui s'est déjà éteint. La progression est sourde, presque souterraine, et elle nous tient jusqu'à une fin sèche et noire. Il faut accepter un scénario qui vacille par moments, un peu trop suspendu à ses dialogues et à ses comédiens mais le tout tient debout.
Visuellement, c'est un Sautet que je ne connaissais pas : il troque la chaleur des Choses de la vie pour un Paris et un Nanterre de 1970, ceux des bidonvilles, baignés d'un clair-obscur livide, dépouillé jusqu'à l'os. Michel Piccoli joue Max sans la moindre émotion de façade, un vrai monstre clinique, méthodique, sans fissure apparente. Face à lui, Romy Schneider illumine tout en Lily, prostituée libre et entière, aux antipodes de la fille au grand cœur. Un rôle qu'elle a saisi pour enterrer Sissi une bonne fois. Autour d'eux, la bande des ferrailleurs fait bloc : Fresson, touchant en Abel, jusqu'à Boby Lapointe, pur grain de folie. De l'intrigue, il ne reste presque rien. Restent les visages, une atmosphère qui s'accroche comme une fièvre, et ce dernier regard.