Kingdom of Heaven, sorti en 2005 et réalisé par Ridley Scott, est un film étrange à évaluer. Il y a des choses que je n’aime pas du tout, vraiment pas, et en même temps, quelque chose m’attache à ce film. D’abord, il faut dire les choses clairement : ce film est une véritable ode à l’islam. Et ça, seulement quatre ans après les attentats du 11 septembre 2001. Franchement, ça dérange. Alors oui, je reconnais que traiter d’un sujet aussi sensible que les croisades demande du courage. Et rien que pour ça, Ridley Scott mérite le respect. Mais il n’a pas pu s’empêcher de réécrire l’Histoire pour la rendre acceptable aux yeux d’aujourd’hui.
Dès le début, on sent que ça va déraper : des chevaliers croisés noirs. Non. Historiquement, ça ne tient pas debout. À cette époque, les rares Noirs présents en Europe étaient marchands ou esclaves, ils représentaient à peine 0,1 % de la population. Mais visiblement, ça n’a pas dérangé Ridley Scott. Il fallait cocher des cases, c’est tout. Et ça continue avec cette représentation des musulmans : toujours dignes, toujours forts, mais surtout, toujours bienveillants. Pas un fanatique, pas un extrême. C’est à croire que l’idée même de djihad n’a jamais existé.
Prenons Saladin. Fort, charismatique, brillant, d’accord. Mais ce n’était pas un enfant de chœur non plus. Lorsqu’il a pris Jérusalem, ce n’est pas par pure bonté qu’il a épargné les chrétiens. C’est Balian qui, en menaçant de brûler tous les lieux saints musulmans, a forcé sa main. Mais ça, on ne vous le montre pas. Et que dire du traitement des croisés ? Ridiculisés, fanatisés, vidés de toute noblesse. Un contraste flagrant et gênant. Heureusement, le film nous en montre aussi de bons, comme Balian, Baudouin IV, ou même quelques chevaliers silencieux mais dignes.
Parlons justement de Balian. L’idée d’en faire un jeune forgeron devenu chevalier, c’est très "cinéma", très héroïque. Ça marche bien sur le plan dramatique, mais niveau crédibilité… c’est plus bancal. Un forgeron qui terrasse des chevaliers expérimentés, qui prend la tête d’une armée, qui négocie avec Saladin… on est plus dans le mythe que dans l’Histoire. Mais bon, c’est du Ridley Scott. Il aime construire des héros tragiques, des hommes qui s’élèvent par leur droiture. Quant au discours final sur Jérusalem… oui, il est fort. Mais non, Jérusalem n’est pas "juste une ville". C’est la ville. Celle des trois grandes religions. Un lieu unique au monde, chargé d’histoire, de foi, de sang, mystique.
La romance entre Balian et Sibylle, elle, je l’aime bien. Ça rajoute de l’émotion, ça rend l’histoire plus humaine. Et surtout, Eva Green est sublime, elle incarne cette noblesse triste et fascinante. Rien qu’à la regarder, on comprend ce que c’est qu’un personnage hanté par ses choix, par son époque.
Mais ce qui fait que ce film me reste, malgré ses défauts, c’est cette ambiance… unique. Ce n’est pas un film d’époque banal. Il y a quelque chose d’éthéré, de mystique, dans la mise en scène. Dans la lumière qui baigne Jérusalem. Dans les silences. Dans la musique. Les images, les dialogues, les batailles… tout résonne avec force. Le personnage du roi Baudouin IV, mon Dieu, quelle prestance. On le voit peu, mais on ne l’oublie jamais. Il incarne la noblesse, la sagesse, le tragique. Un vrai roi, un vrai personnage de cinéma.
On ressent cette "âme" du film sans vraiment pouvoir la définir. C’est cette impression qu’il se passe quelque chose de plus grand que les personnages. Que les enjeux dépassent la politique, la guerre ou la religion. Il y a une gravité, une solennité. Une sorte de fatalisme aussi, comme si tous savaient qu’ils sont les derniers à porter une certaine idée du monde.
Kingdom of Heaven n’est pas parfait. Il est idéologiquement discutable, parfois historiquement naïf. Mais il est beau. Il est grand. Il a une voix. Il a une âme bien que l'idéologie islamique du film me dérange beaucoup. Et ça, c’est bien plus que ce que peuvent offrir beaucoup de films aujourd’hui.