Ce film traite du désir, de l'infidélité, de la passion ardente et irraisonnée qui peut habiter deux corps. Pour renforcer son propos, Catherine Breillat filme la laideur. La laideur des costumes, la laideur des sentiments, la laideur physique des personnages. Elle filme une passion dévorante entre deux êtres dont la ressemblance physique est troublante (lui, androgyne aux lèvres boursouflées ; elle, aux attitudes masculines), au point de n'être plus qu'un seul corps, à la fois homme et femme, qu'une seule chair, ainsi que l'édicte l'enfant de choeur au cours d'un mariage entre l'homme et la mauvaise femme. La réalisatrice s'amuse à filmer la perversion de ces êtres, une perversion totale, répugnante, une perversion cependant que l'on comprend, que l'on tolère parce que bien que délibérément exagérée, elle trouve en chacun de nous un écho, le souvenir d'un instant vécu ou rêvé, peut-être refoulé, peut-être assumé. Elle nous amuse en forçant le trait, en introduisant une dimension parodique à son propos, une ironie mordante, dont Claude Sarraute, Yolande Moreau et Michael Lonsdale sont des hérauts hilarants. Elle joue sur les symboles : la mariée blanche et angélique, la maitresse diabolique noire et rouge, le marié en noir et blanc, déchiré entre son désir pervers et son amour trop pur. La langue de Barbet d'Aurevilly est un délice, et l'on rit encore de la façon qu'ont les personnages de prononcer avec délectation le mot "exécration". Cette exécration que l'on ressent à l'endroit de ces êtres veules, pervers et laids qui pourtant nous amusent, qui pourtant nous intéressent.