Laurent Cantet met en scène François Bégaudeau, prof de français indulgent en prise avec une quatrième turbulente du XX°. On a dit beaucoup de mal de cette inattendue Palme d’Or, qu’il était excessif, romancé, qu’il incitait au conflit social ou tournait au laxisme. Moi, je vois une sorte de Cercle des poètes pas encore apparus, une fable scolaire déguisée en documentaire, qui aborde chaque aspect de l’enseignement en laissant la chance à tous les points de vue. L’élève est parfois dissipé, effacé, goguenard, appliqué ; l’instit est strict, ou compréhensif, volontaire, ou simplement épuisé. Et tandis qu’ils échangent, dans l’écoute ou l’opposition, dans le respect ou le défi, le proviseur tente de maintenir un semblant d’unité depuis l’ombre de son box isolé. Pour tenir les deux heures, le réalisateur accompagne les éléments les plus forts dans leurs espoirs, leurs doutes, leurs efforts et leurs dérapages, démonte un système alternatif où les règles des adultes s’exacerbent dans la violence et l’excitation des premiers émois, où tout va très haut, très vite mais ne marque jamais bien longtemps. On se croirait dans Strip-tease, mais c’est bien un film, juste, en retenue, sans doute également nécessaire. Ici chaque acte a ses causes, chaque avis ses raisons, chacun a sa part et personne n’a tout faux. Les papas violents, les mamans couveuses, les proches indifférents, les maîtres esseulés, la nation chahutée, la culture du quartier, l’énergie explosive de ces adultes en devenir mais surtout en cours de construction. Simple dans sa forme mais complexe en son fond, la démonstration est rare. Et majeure.