On peut voir le film comme un exercice de style, revisitant plusieurs mythes de la littérature (également adaptés au cinéma) : « Le fantôme de l’opéra » (1910) de Gaston Leroux (1868-1927), « Faust » (1808 et 1832) de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) et « Le portrait de Dorian Gray » (1891) d’Oscar Wilde (1854-1900), dans le contexte du rock, du hard rock et du heavy metal (clin d’œil au groupe américain Kiss) des années 1970’. C’est ce qui a, vraisemblablement, plu au jury (présidé par Roman Polanski) du festival du film fantastique d’Avoriaz qui lui a décerné, en 1975, son Grand prix [succédant à « Duel » (1973) de Steven Spielberg et « Soleil vert » (1974) de Richard Fleischer]. Son outrance, son côté baroque voire grand-guignol et même son « flirt » avec le giallo façon Dario Argento (né en 1940 comme De Palma) en font son charme. Le réalisateur, cinéphile et admirateur d’Alfred Hitchcock (1899-1980), y glisse des références cinématographiques, telles « Psychose » (1960) pour la scène de la douche avec Beef, rocker androgyne, et, peut-être, « Les oiseaux » (1963) (représentation du label « Death Records », sous forme d’un oiseau mort, masque du compositeur Winslow Leach évoquant un rapace nocturne). Outre le mythe de la jeunesse éternelle et le pacte faustien, le film aborde aussi des sujets encore d’actualité : le piratage et l’appropriation d’une œuvre intellectuelle, ainsi que son contrôle final [cf. expérience traumatisante de Brian De Palma sur le tournage de « Get to know your rabbit » (1972) où il fut renvoyé par le studio Warner, sans pouvoir le monter] et la toxicité masculine [Swan (Paul Williams, 34 ans, également compositeur de la bande originale), musicien surdoué (1er disque d’or à 14 ans) et plein d’égo, se sert de son pouvoir pour séduire les chanteuses et dont certaines sont prêtes à tout pour réussir, y compris Phoenix (Jessica Harper, 25 ans, et qui jouera dans « Suspiria » (1977) de Dario Argento], sans oublier l’arrivée de la télé-réalité (orchestrée par Swan dans sa nouvelle salle de spectacles, « The Paradise ») à New York, en décembre 1974.