Avec son introduction, Kim Jee-Woon trace tout l'horizon formel de "A Bittersweet Life" : une œuvre de bouillonnement, puis de surgissement. Le bouillonnement, c'est cette première partie à la force sous-jacente, où la discipline extrême que s'impose Sun Woo laisse place à des ruptures vives, tant vers l'émotion que la violence.
Le cinéaste met en scène ces instants avec une grande élégance, notamment lorsqu'il s'agit de filmer les corps, via des gros plans qui laissent naitre un désir mutique, mais aussi la violence et la froideur de scènes d'actions, rares certes, mais néanmoins efficaces. Ces ruptures sont stimulantes dans leur capacité à garder le spectateur alerte, jusqu'à jouer avec cette attente (le bruit soudain lors de la répétition), et créent une dimension sensorielle fascinante.
Là où cet axe échoue, c'est dans ses intentions symbolique et émotionnelle, qui ne prennent jamais aucun poids, et ce malgré la lourdeur avec laquelle elles sont illustrées, car elles rompent avec ce climat de non-dits pourtant moteur de tension.
Cependant, la seconde partie fait abstraction de ces éléments, optant pour un surgissement à la limite du concept horrifique – Sun Woo devient une faucheuse en demi-vie, il sort de terre tel un zombie, continue irrémédiablement sa marche en dépit des blessures – et voit désormais en la vengeance son unique ligne directrice. La narration s'épure et Kim Jee-Woon parasite son déluge de violence de saillies grand-guignol jouissives d'un point de vue formel, comme cet assemblage d'arme qui résulte en une situation d'urgence au montage frénétique , mais qui peine malheureusement à s'incarner sur la durée.
Ce choix radical, celui d'un revirement narratif qui ne laisse aucune place aux moments de flottements, rend "A Bittersweet Life" plus mécanique dans sa proposition, plus attendu aussi, mais pas moins captivant.