Il y a 18 ans, le monde a assisté à sa dernière naissance, désormais cette société infertile sombre dans le chaos. Théo, ancien révolutionnaire devenu un fonctionnaire dépressif et toxico est chargé d’escorter, malgré lui, une femme enceinte, dernier espoir de l’humanité, hors de Grande-Bretagne.
L’Angleterre a un rôle à part dans les films d’anticipation du fait de sa situation insulaire. Si dans 28 ans plus tard elle est mise en quarantaine et retourne à l’état de nature, dans les Fils de l’homme, elle est le dernier pays à ne pas s’être définitivement effondré.
Pour cela elle met en place un régime autoritaire qui tient par la violence face aux groupes religieux et anarchistes.
Le film est particulièrement immersif, et son univers brillamment composé. Alfonso Cuaron choisit le road trip version fin du monde, pour nous faire découvrir son univers dans un style quasi-documentaire. Cette fuite en avant de ses personnages lui permet de livrer une prestation technique assez folle faites de plans séquences truqués dantesques au milieu des affrontements violents et des zones de guerre.
De cette ville de Londres tiers-mondisée à cette prison à ciel ouvert pour réfugiés apocalyptique, en passant par la campagne livrée au gangs, le voyage exploite toute ses possibilités.
Un des intérêts c’est de présenter une société qui ne s’est pas encore effondrée, une société qui conserve un semblant d’ordre alors qu’elle est en train de vaciller. Ici l’Angleterre a choisit de mettre en place un régime totalitaire et s’attaque aux réfugiés, pour faire oublier le manque total de maîtrise du pouvoir. On comprend rapidement que le pouvoir se maintient dans un modèle orwellien en mettant en place de faux attentats, pour étendre son pouvoir répressif.
Au milieu de ce chaos le film nous a réservé une belle galerie de personnages. Passé un héros un peu lisse mais nécessaire, qui connaît un schéma de rédemption classique, le voyage nous fera rencontrer un collectionneur d’art missionné par le gouvernement, symbole de l’ancien monde et de ses illusions. Le héros sera entouré d’un Michael Caine version hippie sous herbe absolument jubilatoire, une mystique au grand cœur, et un officier cruel et corrompu, symbole d’un pouvoir qui se maintient par les pires moyens.
Au milieu de l’enfer le bébé, symbole religieux et rédempteur universel, accentué par un thème musical à la connotation de musique sacrée, réveillera chez ceux qui le croise les instincts les plus profonds : cupidité et volonté d’appropriation matérielle, respect quasi-mystique ou altruisme pour une cause plus grande, la survie de l’humanité.
Alfonso Cuaron livre un des plus grands films d’anticipation, absolument immersif de part sa forme et crépusculaire à souhait dans son fond.