Les détracteurs de "A View to a Kill", dont je fais modérément partie, pointent très souvent les 57 ans de Roger Moore lors du tournage, jugés déraisonnables pour incarner un James Bond fringant. Si on le compare aux "geezers teasers" modernes, où des papys de l'action avec au moins 10 ans de plus sont mis en vedettes improbables de thrillers de bas étages, certes ça ne choque pas vraiment.
Mais vu le contexte de l'époque, et la manière dont le film a vieilli... oui ce n'était pas de très bon goût.
Roger Moore n'a jamais été à l'aise avec les séquences les plus physiques. Et ici, c'est encore plus gros. Constamment remplacé par des cascadeurs (les mauvaises langues diront qu'il est doublé pour ouvrir une porte !), Roger Moore peine parfois à donner le change dans les scènes d'action, pas hyper fluides à cause des coupes. D'autant que les diverses remasterisations en HD et autre 4K ont rendu cela encore plus criant.
A côté, Moore a toujours le charme qu'on lui connait, et fait passer la pilule sans mal... à part peut-être sur les (nombreuses) scènes de séduction, limite malaisantes à cause de la différence d'âge et des tactiques poussives de vieil oncle relou. La légende raconte d'ailleurs que Roger Moore aurait décidé de raccrocher le costard de James Bond suite à une discussion avec Tanya Roberts, où il se rendit compte qu'il était plus vieux que la mère de celle-ci !
Même s'il on passe outre cela, "A View to a Kill" contient plusieurs faiblesses. La Bond girl, justement jouée par Tanya Roberts, demeure cruche. Le scénario a tendance à s'éparpiller, entre trucages hippiques, espionnage industriel, complot destructeur. Sans oublier quelques répétitions ou grosses facilités à avaler.
Mais il reste un divertissement tout à fait correct pour les amateurs de James Bond, dont je fais immodérément partie. Le paquet a été mis sur les cascades (merci Rémy Julienne !), très sympathiques. En parachute, auto, à cheval, en camion, en dirigeable, c'est le festival. La BO est plutôt jolie (merci John Barry !).
Les décors sont également de premier choix. La Tour Eiffel, le château de Chantilly allègrement mis en valeur, la Californie et le Golden Gate : de quoi dépayser. Il y a également de bons seconds rôles. Patrick "John Steed" Macnee en faux valet, le toujours chelou Christopher Walken en méchant psychotique, ou Grace Jones en second couteau animal et exubérant.
Au passage, si moult acteurs ont salué le plaisir qu'il ont eu à côtoyer Roger Moore à un moment de leur carrière, ce n'est clairement pas le cas de Grace Jones, qui ne s'entendait pas du tout avec 007. Elle parvint néanmoins à faire donner un petit rôle de figuration à son petit ami de l'époque, un certain Dolph Lundgren, alors inconnu. Qui, à 67 ans à l'heure où j'écris ces lignes, continue de tourner dans des "geezer teaser". La boucle est bouclée !