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Dreyer, Bresson, Bergman, Mizoguchi, Montaigne, Edgar Allan Poe, Sartre, Brice Parain,... autant d'éminentes figures convoquées dans un film qui s'avère pourtant d'une ascèse remarquable. Loin de la flamboyance d'un «Pierrot Le Fou», «Vivre Sa Vie» est un long métrage austère, sobrement divisé en douze tableaux, mais qui demeure pourtant l'un des films les plus humains de Godard. Comme pour la belle musique de Michel Legrand, qu'il rompt brusquement lorsqu'elle devient lyrique, Godard s'abstient de tout sentimentalisme et brise tout effet larmoyant : les quelques séquences d'émotion pure en deviennent d'autant plus bouleversantes. Bien que traitant du thème difficile de la prostitution, Godard filme avec subtilité et retenue, évitant la complaisanse et le racolage dont bien des réalisateurs ont fait preuve à ce sujet. Il s'attache à montrer la détresse existentialiste tout autant que la détresse purement physique de sa jeune héroïne. S'ensuivent ainsi des discutions sur la parole (avec un émouvant hommage aux films muets), la pensée, la responsabilité, l'erreur, le mensonge, la vérité, etc... après des séquences sur le quotidien des prostituées. Bien sûr on ne peut pas parler de «Vivre Sa Vie» sans évoquer Anna Karina, sublimée par le regard de son mari d'alors et plus belle que jamais. Son visage est filmé sous tout les angles, dégageant une aura aussi forte que les actrices du muet, et le moindre regard, le moindre sourire suffit à crever l'écran. D'ailleurs le passage où est cité «Le Portrait Ovale» de Poe résonne particulièrement vu la relation qui unit Godard à Karina, peintre vampirisant en quelque sorte son modèle. Il réalise là un chef-d'oeuvre admirablement photographié, porté par le charme extraordinaire d'Anna Karina et par des thématiques comme toujours traitées avec acuité et pertinence. Magnifique. [3/4] http://artetpoiesis.blogspot.fr/
Ajoutée le 16 mai 2012 à 12h18 Signaler un abus
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