nekourouh
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5 - Chef d'oeuvre
Après « Sunrise » de Murnau, et « L’atalante » de Jean Vigo; deux films que tout oppose mais qui sont tout de même des chefs d’oeuvre incontestables; on pourrait se demander ce qu’il reste à faire, qui n’a pas encore était fait, à propros du thème du couple. « Scènes de la vie conjugale » se situe entre les deux, possédant la maîtrise de « Sunrise » ainsi que la poésie de l’érotisme de « L’atalante ». On essayera, par l’intermédiaire de cette analyse, de comprendre le mystère et les qualités d’une oeuvre particulièrement originale et aboutie : « scènes de la vie conjugale ».
■« Scènes ». Voila qui nous donne déjà des indications à la fois sur la structure et la composition de l’oeuvre mais également sur la mise en scène adoptée. Tout d’abord le mot « scènes » renvoit à une idée de découpage du temps; une idée d’histoire non continue où des épisodes s’enchaineront, en respectant l’ordre du déroulé des événements certes, mais en basant la constuction non pas sur une logique de temps mais sur des événements cruciaux. En effet le film se décompose en 6 chapitres sur dix ans.
■Le mot « scènes » permet également d’effectuer un rapprochement du film avec le theâtre. Cela n’est évidemment pas un hasard. La manière de faire jouer les acteurs de Bergman est très theâtrale (voir « Sarabande, « Fanny et Alexandre, « La source ») et la totalité des scènes ne sont tournées que en quelques plans. On ne pourrait toutefois pas dire que « Scènes de la vie conjugale » se rapproche du theâtre filmé… Il ne faut tout de même pas oublier le fait que la réalisation de Bergman se s’arrète pas à sa manière de faire jouer les acteurs et de manier le montage.
Ce qui peut s’avérer impressionnant dans « Scènes de la vie conjugale », c’est la manière dont Bergman conçoit la conquête de l’harmonie du couple. Le film se termine sur une fin heureuse, où le couple est réuni en dehors d’une occupation comme un diner, une réunion importante ou même l’acte sexuel. Les deux amoureux finissent par s’endormir enlacés et attentifs l’un en vers l’autre comme pourrait l’être une mère ou un père avec ses enfants. Pour en arriver à cette harmonie, le couple traverse auparavant de nombreuses épreuves :
■La première épreuve constituera le refus de l’acte de Marianne qui engendrera la colère de son mari.
■La deuxième constituera le point de renversement du film : Les aveux de Johan à sa femme concernant sa liaison et sa descision de partir vivre loin avec une autre femme.
■S’en suivra alors un échange des rôles, la maitresse de Johan deviendra alors Marianne et il mentira ainsi à sa femme pour venir la voir. Cependant, Marianne sur le point de la guerison s’éloignera de plus en plus de Johan; qui, quant à lui, retombe petit à petit amoureux de Marianne.
■Le temps passe, et Marianne commence à réclamer de plus en plus le divorce. Une scène de partage des richesses dans un bureau chez Johan sera suivie d’un acte sexuel puis d’une scène de séquestration et de violence.
■A la fin, 10 ans ont finalement passé. Marianne et Johan sont tout deux remariés. Ils se réunissent comme des amants perdus dans une cabane près de la mer.
L’évolution du couple est donc tragique, la communication devient de plus en plus difficile et même impossible, les personnages se battent pour tenter de se comprendre. Ce n’est donc qu’à la fin qu’ils se parleront enfin. Un fin bien triste, ou l’amour passionné meurt mais l’amour affectif naît. Pour Bergman, l’amour passionnel est court, l’amour affectif triomphe de tout le reste : une très belle fin…
■Les mouvements de caméra ont des significations très importantes chez Bergman. Ils peuvent tout simplement suivre les personnages pendant leurs déplacements, ce qui resulte d’un refus de pratiquer le montage par champ/contre champ, en rendant ainsi important tout ce qui se place hors du cadre. Les mouvements de caméras peuvent également nous donner une indication… Par exemple dans une scène de retrouvailles entre Marianne et Johan, la caméra commence par filmer le repas en gros plan puis passe très rapidement au plan d’ensemble : grâce à cela on sait que les personnages n’ont fait que manger depuis le moment où on les a quitté. Bergman se sert également des mouvements de caméra pour accélérer une situation ou l’instensifier brusquemment: Pendant la scène de violence entre Marianne et Johan, la caméra est libre et ne cesse de bouger. Parfois même lors d’une parole de Johan, la caméra se déplace furtivement vers Marianne pour montrer à quel point ces paroles l’ont atteint.
■Ce qui est extremement touchant chez Bergman, c’est sa manie de se rapprocher de ses personnages : les filmant de très près. Son rêve même aurait été de faire un film à partir d’un seul gros plan de visage.
suite de la critique sur : http://vingtquatrefoislaveriteparseconde.wordpress.com/2011/07/08/scenes-de-la-vie-conjugale-de-ingmar-bergman/
Ajoutée le 08 juil. 2011 à 10h22
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