John Woo avait écrit un préquel de "A Better Tomorrow", situé au Vietnam. Sa brouille avec Tsui Hark le conduira à modifier son scénario pour s'en détacher, et pondre seul "Bullet in the Head". Tandis que Tsui Hark ira réaliser le préquel de "A Better Tomorrow". Ces origines expliquent certaines choses. Par exemple, la scène où l'un de nos héros est contraint par un gangster de boire une bouteille entière de whisky : anecdote justement racontée par les protagonistes dans "A Better Tomorrow" !
En tout cas, "Bullet in the Head" fait surtout penser au "Deer Hunter" de Michael Cimino. Trois amis jouent aux voyous dans le Hong Kong populaire de 1967. Suite à une bavure, les voilà contraints de fuir. Ils ont alors la "bonne" idée d'aller au Vietnam pour y faire de la contrebande, sauf que c'est l'enfer qui les y attendra.
Outre la trinité centrale, on retrouve une scène choc de camp de prisonnier tenu par les Vietcongs qui n'est pas sans évoquer le film de Cimino. Toujours est-il que John Woo livre ici une œuvre très personnelle.
Déjà, le réalisateur affiche son style dantesque et percutant dans les nombreuses scènes d'action. Quelques passages de guerre, mais aussi des règlements de compte, dont un affrontement brutal dans une boîte de nuit. Il va même assez loin dans la cruauté pour montrer la sauvagerie du conflit, signant peut-être son film le plus violent, presque nihiliste.
Chose étonnante, le film propose également des messages sociaux et politiques. John Woo évoquant les luttes pour les droits sociaux à Hong Kong... ou une scène très osée pour l'époque qui fait explicitement référence au récent massacre de Tiananmen à Pékin (un homme se tient devant un char sud-vietnamien pour réclamer la paix, avant que les troupes ne massacrent des civils). Un élément courageux, qui sera semble-t-il non négligeable dans l'échec du film au box office à l'époque (il s'agissait de la production hong-kongaise la plus chère à l'époque).
Par ailleurs, on est très loin des films américains sur la guerre du Vietnam. Si les troupes US sont présentées de manière à peu près neutre, John Woo ne ménage ni le Nord ni le Sud du Vietnam, tous présentés comme des barbares expéditifs. Sa peinture du Saïgon de la fin des 60's centrée sur les gangsters est aussi bienvenue, différente de ce que le cinéma US a pu afficher.
Par contre, autant l'aspect fresque intense fonctionne, autant le film collectionne quelques défauts. L'interprétation de Tony Leung est juste, mais celle de Jacky Cheung parait bien trop excitée. Tandis que Waise Lee a un personnage mono-dimensionnel, qui devient zinzin dès qu'une caisse d'or entre dans l'équation. La musique n'est pas non plus toujours en rythme sur le volet guerrier. En revanche elle fonctionne plutôt bien au début, avec ces sons façon rock à l'ancienne qui accompagne cette peinture du Hong-Kong populaire des 60's.
Sans être un chef d'oeuvre, John Woo signe donc un oeuvre qui offre une vision enflammée et singulière de la Guerre du Vietnam.