Voilà un film qui a changé toute ma cinéphilie. Je n’ai pas arrêté d’en parler pendant des mois après l’avoir vu. Il représente tout ce que j’aime dans le cinéma : l’émerveillement, l’évasion, l’aventure, la réflexion. Il contient frisson, drame, rire et souffle épique. Six ans plus tard, en le revoyant, je le considère toujours comme un de mes films favoris.
Un chef-d’œuvre qui a fortement influencé la culture pop avec les produits dérivés notamment, et qui a révolutionné les effets spéciaux, tant visuels que sonores, et inspiré beaucoup de cinéastes par sa mise en scène.
Un monument du cinéma qui déborde de scènes et répliques mythiques (“Bienvenue à Jurassic park” “La vie trouve toujours un chemin” “Dieu crée les dinosaures, Dieu…” “J’ai dépensé sans compter” “Eh bien nous revoilà dans la voiture !” “Hinhinhin vous n’avez pas dit le mot magique”, sans compter toutes les répliques de Malcolm qui font toujours mouche.
Pour le contexte, il s’agit de l’adaptation du roman de Michael Crichton, qui a participé au scénario du film mais néanmoins le film est apparemment beaucoup plus soft et tout public que le roman, très sombre.
Le film fonctionne grâce au génie de metteur en scène de Steven Spielberg : 7 minutes en tout de dinosaures à l’écran. Sur deux heures d’un film de dinosaures. L’effet de surprise n’en est que renforcé quand on les voit, pas comme dans toutes les suites qui ne sont plus que des thrillers d’action. Le film fait donc dans la suggestion (“-Je crois que c’était Gennaro -ça aussi je crois que c’était lui” dialogue excellent pour qu’on s’imagine le cadavre) mais aussi dans l’horreur brute (Gennaro mangé devant nous après une heure de suggestion) et dans le stresse (la scène mythique de la cuisine). Rien que la structure du film obéit à une progression efficace : il s’ouvre sur une scène traumatisante, comme une mise en garde, avant de continuer dans l’émerveillement et de se finir en catastrophe.
Les premiers dinosaures en animatronique. Une avancée monstre dans les effets spéciaux. Ceux en synthèse de Jurassic world font moins réels en comparaison. On enlève nos lunettes de soleil en fronçant les sourcils en voyant les brachiosaures. Et on frissonne. Le design du logo et du parc est lui aussi tellement iconique, tellement mémorable, si on oublie certains buissons qui font un peu carton. L’équipe chargée du son a également fait preuve d’une grande créativité. Par exemple, le cri du Dilophosaure est une combinaison de cris de singes hurleurs, faucons, serpents à sonnette et cygnes. Concernant les vicieux Vélociraptors, leur cri strident comprend des sons d'éléphants de mer, de dauphins et de morses. Quant au rugissement glaçant du T-Rex, il a été obtenu en combinant aboiements, cris de pingouins, de tigres, d'alligators et d'éléphants. Le cri du brachiosaure a été lui créé avec des sons de baleines et d'ânes. Néanmoins d’un point de vue scientifique la plupart de ces sons iconiques ne collent pas du tout avec la manière dont ces dinosaures devaient vraiment sonner. D’ailleurs il est prouvé que la plupart de ces dinos étaient pourvus de plume. L’ADN de grenouille les leur a fait perdre sûrement. Le dilophosaure était quatre fois plus grand, les raptors quatre fois moins. Le T-rex avait une vision périphérique très précise, absolument pas basée sur le mouvement. La plupart des dinos du film datent du crétacé et non du jurassique comme le laisse penser le titre. Et pour finir : il est impossible de ressusciter des dinos à partir de sang de moustique fossilisé, d’autant plus que les moustiques ne piquaient pas les plantes.
Mais toutes ces erreurs se pardonnent face au fait qu’on est sur un film de science-fiction/anticipation, avec les clichés qui vont avec, mais qui présente un autre but que celui de nous divertir en famille : des réflexions philosophiques. Malcolm avec sa théorie du chaos nous dit déja tout : la nature est infiniment complexe et imprévisible, il est infiniment prétentieux de prétendre la maîtriser et nous n’avons pas à jouer avec.
Quant au débat si les dinosaures tiennent plus de l’oiseau ou du reptile, voilà un élément intéressant qui sert de fil conducteur à notre découverte des dinosaures à travers le personnage de Grant !! Personnage amusant et attachant par ailleurs. Tous les personnages sont géniaux : drôles, caractériellement bien dosés, leurs costumes iconiques, leurs interprètes excellents (Sam Neill, Laura Dern, Jeff Goldblum, richard Attenborough).
Une chose amusante à propos du film est cette mise en abîme entre le rêve créé par Spielberg et celui de Hammond, appuyé par la réplique “Non non nous n’avons pas d’animatroniques à Jurassic Park”. Le film est parsemé de répliques ironiques de ce genre “Je ne blâme pas les gens pour leurs erreurs mais qu’ils en assument les conséquences”, “- Notre métier est fini.- Vous voulez dire éteint ?”
Parlons justement de tous les easter eggs et détails cachés qui parsèment le film, il y en a tellement : Nedry qui regarde Les dents de la mer, les références à Shining (le dinosaure enfermé dans la chambre froide) et King kong (la grande porte), la banderole “when the dinosaurs ruled the earth” ou la projection des composants de l’ADN sur le raptor, le rétroviseurs annonçant que les objets dans la glace sont plus proches qu’ils n’y paraissent, les interprétations de la ceinture défectueuse de Grant…
Bien sur le film déborde aussi de faux raccords énormes (incohérences dans les placement de décors de la scène du T-rex par exemple) mais on est tellement immergés qu’on ne les remarque pas.
Le score de John Williams est une petite merveille (combien de fois l’ai-je écouté pendant le confinement ?) qui allie ambiance sauvage à ambiance stressante, en passant par ce thème d’aventure à la trompette et ce piano nostalgique qui clôture MAGNIFIQUEMENT le film. Le thème principal est un de ceux mythiques, faciles à fredonner. La musique “Journey to the island” résume à merveille tous les composants de la bande originale. Des auto-inspirations issues de “.” et “Hook” peuvent se faire entendre.
Jurassic Park est un rêve de gosse, un cauchemar magnifique, et une réflexion brillante. John Hammond n’a pas grandi. Spielberg non plus. N’empêche, difficile à croire qu’il ait réalisé ça la même année que la Liste de Schindler !