Le plus gros défaut de Shining se trouve dans la direction de ses acteurs, en particulier dans celle de Jack Nicholson. Là où Stephen King laissait place au doute quant à la nature de Jack Torrance, Kubrick opte pour une folie affichée. À aucun moment, même au début du film, on ne peut vraisemblablement penser que Jack est un père de famille aimant, ayant, certes, eu affaire aux démons de l'alcoolisme, mais sur le chemin de la repentance. Non, d'emblée, c'est le frappadingue de service. Le sourcil arqué de Nicholson, couplé à son sourire de psychopathe, en font le portrait archétypal du meurtrier.
Ce choix d'exhiber aussi vite la démence du personnage est bien moins intéressant que celui de nourrir une ambivalence. Une adaptation au cinéma a tout intérêt à prendre des libertés sur l'œuvre qu'elle adapte. Mais quand les idées transposées sont bonnes, il est dommage de s'en déprendre.
Si l'on ajoute à cela la passivité du personnage de Wendy, impuissante face à la menace de son mari, ainsi que l'inutilité de Dick Halorann – hormis expliciter le concept du shining, qui n'avait pas besoin de l'être –, on perd en originalité et on repioche dans les bons vieux poncifs du cinéma d'épouvante, à savoir le tueur aliéné face à la victime désarmée, le tout, dans un décor de maison hantée.
Décor pour lequel, faut-il le souligner, un soin particulier a été apporté sur son agencement impossible architecturalement. Kubrick est un amoureux de la photo, ce qui le mène à produire de nombreux plans fixes, le plus souvent symétriques. Sa manière de découper l'image est riche en informations, mais sa façon de filmer les corps, trop souvent immobiles, ne maintient ni l'attention ni la tension, et fait plutôt monter un sentiment de lassitude à l'égard des images qui nous sont distillées.