De quoi ça parle ?
Depuis 2015, Shiori Itō défie les archaïsmes de la société japonaise suite à son agression sexuelle par un homme puissant, proche du premier ministre. Seule contre tous et confrontée aux failles du système médiatico-judiciaire, la journaliste mène sa propre enquête, prête à tout pour briser le silence et faire éclater la vérité.
Parmi les sorties au cinéma de ce mercredi 12 mars 2025 figure un documentaire nommé dans la course aux Oscars cette année. Il s'agit d'un film japonais intitulé Black Box Diaries.
Cette "Black Box" que l'on peut traduire par boîte noire est un terme utilisé pour qualifier "un système dont le fonctionnement interne est caché ou difficilement lisible". Comme l'explique la réalisatrice du film, dans sa note d'intention, "le Japon est une terre de boîtes noires, et j'ai appris ce qu’il arrive lorsque l’on commence à les ouvrir dans cette société. Ce film ne traite pas d’une quête de justice face à mon agresseur, ni des politiques de gauche et de droite. Il s'agit plutôt du témoignage de l'expérience d'une femme — ma boîte noire, exposée aux yeux de tous."
Ma boîte noire exposée aux yeux de tous
Ce long métrage très intime, raconté à la première personne, a été pensé afin de transmettre son récit et a donc une portée universelle : en partant du cas précis de Shiori Itō, il y est question des violences sexuelles et de leurs dénonciations. Cette journaliste et réalisatrice japonaise raconte le viol qu'elle a subi en 2015 par un homme influent, l’ancien directeur du bureau américain de la chaîne télévisée Tokyo Broadcasting System.
Un film saisissant raconté à la première personne
Ce film courageux prend notamment la forme d'un journal intime vidéo. Fort d'un montage qui a nécessité 4 ans de travail, il regroupe des séquences où elle se filme, des caméras cachées, de la vidéo surveillance, mais aussi des documents écrits. La cinéaste fait le choix de ne pas montrer d'images trop crues, et commence précisément son film par une introduction prévenant les spectatrices et spectateurs du possible inconfort que pourrait produire les images à venir.
Certaines séquences sont néanmoins difficiles à regarder, notamment un passage dans lequel la protagoniste laisse un message avant de faire une tentative de suicide.
Là où Black Box Diairies se démarque est le fait précisément d'être raconté à la première personne : "Il y a tellement de films, de livres, qui traitent de la violence sexuelle et qui mettent en lumière ce problème important, mais ils sont toujours réalisés par quelqu'un d'autre, souligne la réalisatrice dans le dossier de presse. Je n'ai jamais vu de films réalisés par une victime. Pour moi, il était important de tout montrer et de laisser le public se mettre à ma place, même lorsque j’ai fait des choix que je ne ferais peut-être plus aujourd'hui."
Ce film a fait le tour du monde, présenté dans 58 pays, mais il reste pour l'instant invisible au Japon, Black Box Diaries n'ayant pas trouvé de distributeur là-bas. "Faire le tour du monde, pour participer à des festivals et rencontrer le public est extraordinaire. Mais cela m’affecte de continuer à parler de mon traumatisme, encore et encore. Avec mon équipe, j’ai choisi de faire ces voyages car nous n’avons pas encore de distributeur au Japon et nous pensons que si nous parvenons à créer un engouement à l’international, ils ne pourront plus nous ignorer.
Je crois fermement à la narration et à son pouvoir de faire bouger les choses
Je crois fermement à la narration et à son pouvoir de faire bouger les choses, que ce soit à travers le traitement journalistique, le cinéma, de fiction ou documentaire, ou encore à travers la musique.Lors de la tournée pour montrer mon film, il était vraiment stupéfiant de constater le nombre de personnes qui portent en elles des traumatismes similaires, ou qui connaissent des proches concernés."
Black Box Diaries est au cinéma en France, à compter de ce mercredi 19 mars.