4,6 millions d'entrées : ce film incontournable des années 80 a traumatisé toute une génération... 44 ans après, il est toujours aussi puissant
Thomas Desroches
Thomas Desroches
-Journaliste
Les yeux rivés sur l’écran et la tête dans les magazines, Thomas Desroches se nourrit de films en tout genre dès son plus jeune âge. Il aime le cinéma transgressif, queer, horrifique et les documentaires engagés.

Témoignage d'une jeune héroïnomane berlinoise, le livre "Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…" est adapté en 1981 et marque, dès sa sortie, toute une génération de spectateurs. Ce film âpre et rock'n'roll ressort en salle.

C'est l'un des premiers chocs littéraires pour des millions de jeunes collégiens. Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… plonge les lecteurs dans l'enfer quotidien de Christiane Felscherinow, adolescente berlinoise dépendante à l'héroïne livrée à elle-même dans les couloirs de la gare Bahnhof Zoo. Le témoignage, traduit en 18 langues, est publié en 1979 et se vend à plus de trois millions d'exemplaires dans le monde.

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée et prostituée...
Moi, Christiane F., 13 ans, droguée et prostituée...
Sortie : 24 juillet 1981 | 2h 18min
De Uli Edel
Avec Natja Brunckhorst, Thomas Haustein, Christiane Lechle
Spectateurs
3,5
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Deux ans plus tard, une adaptation cinématographique est tirée de cette histoire. Réalisé par Uli Edel, le film est un véritable succès - 4,6 millions d'entrées en France - et devient un véritable phénomène de société. Les chaînes d'information se ruent à la gare Bahnhof Zoo pour interroger les citoyens allemands et s'intéressent de plus près aux problèmes liés à la drogue chez les jeunes.

Jeunesse, drogues et rock'n'roll

Quarante-quatre ans plus tard, Moi, Christiane F. ressort au cinéma, mais que reste-t-il de ce film si controversé pour son époque ? Aujourd'hui, la célèbre gare n'est plus l'endroit malfamé dépeint à l'écran et, si la drogue reste un sujet de société, la jeunesse allemande a également bien changé. Pourtant, l'ancêtre de Requiem For A Dream n'a rien perdu de sa puissance.

Ce qui marque toujours autant dans Moi, Christiane F..., c'est son Berlin-Ouest crasseux, sa bande d'adolescents attachante mais désespérée qui échappe à la police au rythme de Heroes de David Bowie - l'une des meilleures scènes du film. La superstar apparaît dans son propre rôle le temps d'un vrai concert filmé au moment de son passage en Allemagne.

Impossible à faire aujourd'hui ?

Puis il y a sa scission. Dans sa deuxième partie, le long métrage pousse encore plus loin le curseur de la déchéance, notamment à travers ces scènes où Christiane et son ami Detlev, enfermés dans une chambre, tentent de se sevrer.

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Moi, Christiane F... est d'autant plus impressionnant qu'il est porté par de très jeunes acteurs - Natja Brunckhorst en première ligne - qui avaient le même âge que leurs personnages. Un choix artistique qui paraît invraisemblable aujourd'hui compte tenu de la dureté de certaines séquences.

Un document du passé

Des décennies après l'engouement dont elle a été l'origine, Christiane Felscherinow sort en 2013, Moi, Christiane F, la vie malgré tout, un livre écrit avec la journaliste Sonja Vukovic et paru chez Flammarion. Elle raconte les années qui ont suivi sa notoriété soudaine et son combat contre la drogue après plusieurs rechutes.

Aujourd'hui, la protagoniste, âgée de 62 ans, vit toujours à Berlin et s'est retirée de la vie publique. La ressortie de ce classique des années quatre-vingt est une invitation à se replonger dans une autre époque pour ne rien oublier du passé et des nombreuses vies brisées.

Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée…, à découvrir au cinéma.

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