C'est l'un des plus grands méchants de l'Histoire du cinéma : 19 ans après ce chef-d'oeuvre de Scorsese, il continue de nous fasciner
Vincent Formica
Vincent Formica
-Journaliste cinéma
Bercé dès son plus jeune âge par le cinéma du Nouvel Hollywood, Vincent découvre très tôt les œuvres de Martin Scorsese, Coppola, De Palma ou Steven Spielberg. Grâce à ces parrains du cinéma, il va apprendre à aimer profondément le 7ème art, se forgeant une cinéphilie éclectique.

Cet antagoniste a marqué les esprits de millions de spectateurs, faisant de ce personnage un des plus mémorables des 20 dernières années. Retour sur ce méchant implacable dans ce chef-d'oeuvre signé Martin Scorsese.

En 2006, Martin Scorsese mettait en scène Les Infiltrés, polar sous tension qui lui vaudra le seul Oscar du Meilleur réalisateur de sa carrière. Le long-métrage est porté par Leonardo DiCaprio, Matt Damon et Jack Nicholson. Ce dernier livre ici une des performances les plus hallucinantes de sa carrière en parrain de la pègre, alias Frank Costello.

Un méchant mémorable

Le récit du film, remake du film hong-kongais Infernal Affairs, nous entraîne à Boston, ville témoin d'une lutte sans merci opposant la police à la pègre irlandaise. Pour mettre fin au règne du parrain Frank Costello, la police infiltre son gang avec "un bleu" issu des bas quartiers, Billy Costigan.

Tandis que Billy s'efforce de gagner la confiance du malfrat vieillissant, Colin Sullivan entre dans la police au sein de l'Unité des Enquêtes Spéciales, chargée d'éliminer Costello. Mais Colin fonctionne en "sous-marin" et informe Costello des opérations qui se trament contre lui.

Risquant à tout moment d'être démasqués, Billy et Colin sont contraints de mener une double vie qui leur fait perdre leurs repères et leur identité. Traquenards et contre-offensives s'enchaînent jusqu'au jour où chaque camp réalise qu'il héberge une taupe. Une course contre la montre s'engage entre les deux hommes avec un seul objectif : découvrir l'identité de l'autre sous peine d'y laisser sa peau...

Les Infiltrés
Les Infiltrés
Sortie : 29 novembre 2006 | 2h 31min
De Martin Scorsese
Avec Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Jack Nicholson
Presse
4,0
Spectateurs
4,2
Streaming

Face à Leonardo DiCaprio, Jack Nicholson nous gratifie d'une prestation à la fois terrifiante et captivante, multipliant les improvisations. Cela confère au personnage une impression de spontanéité dérangeante et une inquiétante étrangeté. Martin Scorsese a donné carte blanche à la star de Shining pour laisser libre cours à son imagination et enrichir à sa façon ce Frank Costello.

Des improvisations dérangeantes

Par exemple, la scène où le malfrat sort un sex toy en pleine discussion sérieuse avec Sullivan dans un cinéma n'était absolument pas prévue. Jack Nicholson a surpris son collègue, dont la réaction à l'écran est authentique. Cela révélateur de la personnalité provocatrice de Costello, un personnage imprévisible, dont la violence est tapie dans l'ombre, prête à jaillir à tout moment.

Dans une autre séquence, Nicholson a demandé au chef-accessoiriste de cacher une arme à feu sur le plateau, bien que le script n'en prévoyait pas. Cette improvisation a créé une tension palpable, et la réaction surprise de DiCaprio a été spontanée.

Warner

Par ailleurs, cet antagoniste n’est pas juste un méchant lambda dans un polar banal ; c’est un stratège manipulateur qui tire les ficelles des deux côtés du conflit, police et mafia. Ce dernier incarne parfaitement le pouvoir corrompu et l’ambiguïté morale. À travers l'interprétation fantastique de Jack Nicholson, Costello devient un véritable génie du mal, aussi charismatique que détestable.

Jack Nicholson, acteur connu pour son intensité de jeu et sa propension à camper des personnages fous, était parfait pour jouer Costello. Sans scrupules, sans remords, il ne répond à aucune règle sauf les siennes. De plus, il est aussi très théâtral, soignant ses entrées, ses dialogues et sa gestuelle. De cette manière, il sait marquer les esprits, faisant penser à un diable moderne, tentateur et destructeur.

Un personnage qui marque les esprits

Frank Costello s’inscrit bien évidemment dans la galerie des grands criminels façonnés par Martin Scorsese, comme ceux des Affranchis ou Casino. Le cinéaste new-yorkais y a ajouté une touche de Travis Bickle dans Taxi Driver pour le côté colère sourde prête à exploser à tout moment. Sadique et imprévisible, il est inspiré du vrai gangster irlandais Whitey Bulger.

Frank Costello est comme le Joker dans un monde réaliste : un criminel qui dépasse le simple rôle d’antagoniste pour devenir une force déstabilisatrice, un agent du chaos, comme le scandait le Joker de The Dark Knight. Il incarne ce que Scorsese dénonce souvent dans son oeuvre : le mal enraciné dans le pouvoir et la société, et non une simple perversion individuelle.

In fine, ce méchant est l'un des plus marquants du 7ème art car il transcende le rôle de simple bad guy. Grâce au charisme dérangeant de Jack Nicholson, à une construction scénaristique habile et à une mise en scène scorsesienne puissante, il reste un antagoniste inoubliable dans le cinéma moderne... et le dernier grand rôle de Nicholson. Si vous avez envie de (re)voir Les Infiltrés, le film est disponible sur la plateforme HBO Max.

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