Aujourd’hui considéré comme une pierre angulaire de la culture pop, Star Wars a pourtant connu des débuts pour le moins chaotiques. George Lucas, son créateur, a dû affronter un scepticisme tenace, même parmi ses amis les plus proches, avant de convaincre que sa vision méritait d’exister sur grand écran.
Les coulisses des grands films cachent souvent des histoires surprenantes, mais celles entourant la genèse de Star Wars sont particulièrement révélatrices. À l’époque, alors qu’il peinait à faire accepter son projet, Lucas avait organisé une projection-test de ce qui allait devenir Un nouvel espoir. L’événement avait réuni plusieurs de ses proches, dont des poids lourds du cinéma comme Steven Spielberg, Francis Ford Coppola et Brian De Palma. À leurs côtés, on pouvait aussi retrouver Jay Cocks, Willard Huyck, Hal Barwood, Matthew Robbins ou encore Alan Ladd, un cadre de la 20th Century Fox.
Mais au lieu d’enthousiasmer ce petit public, cette première projection a été accueillie par un silence pesant.
Accueil glacial et critique virulente
C’est une version non finalisée du film que George Lucas a montré à ses amis. Les effets spéciaux n’étaient pas encore terminés et les scènes de batailles spatiales avaient été remplacées par des séquences aériennes issues de la Seconde Guerre mondiale. Autant dire que l’expérience a donc été déconcertante pour les spectateurs présents.
D’après le livre Easy Riders, Raging Bulls de Peter Biskind, à la fin de la projection, “il n’y a eu aucun applaudissement, juste un silence embarrassant”.
Parmi les rares à percevoir le potentiel du film, Steven Spielberg a toutefois tenté de rassurer son ami : “George, c’est super ! Ça fera 100 millions de dollars !” Alan Ladd, quant à lui, partageait également un certain optimisme, même s’il restait prudent.
Lucasfilm Ltd.
Ce soir-là, ce dernier a ainsi appelé Spielberg au sujet de la projection, afin de le sonder une nouvelle fois sur le potentiel du film. Bien qu’il ait plutôt apprécié le spectacle, il nourrissait encore des doutes légitimes à propos du projet. Spielberg a alors réaffirmé que le film de Lucas connaîtrait un immense succès. Dans la série documentaire Light & Magic, disponible sur Disney+, Spielberg revient sur ses impressions à l’issue de cette projection-test et précise avec franchise : “Dire que ce n’était pas fini est une gentillesse”.
Une dispute mémorable et une idée brillante
Après la projection, le groupe est sorti dîner. C’est là que les critiques ont fusé, notamment de la part de Brian De Palma qui a reproché à George Lucas le manque de clarté du scénario, comme l’a raconté Spielberg.
“Quand nous sommes sortis dîner après, Brian a commencé à crier à George : ‘Je ne comprends pas ton histoire ! Il n’y a pas de contexte ! C’est quoi cet espace ? Qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Je suis largué !’ Et George a commencé à crier après Brian, en disant : ‘Tu n’as jamais fait un seul film commercial de toute ta vie ! De quoi est-ce que tu parles ?’ Et Brian lui a répondu : ‘Ça ne marchera pas. Personne ne va rien comprendre. C’est juste un truc vide avec des étoiles et des vaisseaux idiots qui se déplacent.’”
Ironiquement, c’est justement De Palma qui va proposer une idée décisive : “Et c’est là que Brian lui suggéra une idée de génie : ‘Pourquoi tu ne commences pas le film avec une sorte de légende ? Tu n’arrêtes pas de dire que tu veux faire de ce film une sorte de série spatiale, alors pourquoi tu ne fais pas une légende comme autrefois, un truc remontant l’écran et racontant toute l’histoire ?’”, a poursuivi Steven Spielberg.
C’est ainsi qu’est né le pré-générique légendaire des films Star Wars, désormais gravé dans l’histoire du cinéma. De Palma lui-même, avec l’aide du scénariste Jay Cocks, participera ensuite à la réécriture du scénario du film pour le rendre plus percutant.
Pour l’anecdote, comme citée dans le post ci-dessus, le générique d’ouverture du premier volet de Star Wars de 1977 était à l’origine beaucoup plus long et présentait des éléments historiques sur l’Ancienne République, les Sith et les Jedi, mais il a été réécrit par George Lucas avec l’aide de Brian De Palma justement, qui lui a conseillé de le lire comme un charabia interminable. Et le tour était joué.
Spielberg, soutien clé dans l’ombre
Au-delà de son soutien moral, Steven Spielberg jouera un rôle essentiel dans le succès futur de Un nouvel espoir (puis Star Wars en général), en mettant George Lucas en contact avec le compositeur John Williams. Ce dernier signera une bande-son mythique qui contribuera fortement à l’empreinte laissée par le film sur le public et dans la culture pop.
Un nouvel espoir, ainsi que toute la saga Star Wars, sont à retrouver en streaming sur Disney+.