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Qiao, 18 ans, vient de terminer ses examens d’entrée à l’université lorsqu’il apprend la mort de son père, un homme brutal et secret, qui lui a légué sa passion pour la boxe. Froid, autoritaire, distant, ce dernier n’a jamais su aimer ni être aimé. Des années plus tard, il décide de le recréer en réalité virtuelle sur un ring, non pas pour le pleurer, mais pour enfin l'affronter dans une quête troublante où le deuil se mêle à la colère.
Un point de vue inédit sur le deuil
Faire face au deuil d’une personne peu ou mal-aimée : un sujet rarement abordé, que le jeune cinéaste a choisi de placer au cœur de My Father’s Son. Ce choix s’ancre d’abord dans sa propre histoire : encore lycéen, il a perdu son père peu après un examen important. Contraint de lire un discours d’adieu faussement élogieux lors de ses funérailles, cet épisode l'a profondément marqué : « Des années plus tard, lorsque j’ai entamé mes études de cinéma, cet épisode restait vivace. J’ai ressenti le besoin de le transformer en une histoire ».
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Qiu Sheng puise aussi son inspiration dans un fait divers : celui d’une mère coréenne qui a recréé un avatar de sa fille décédée grâce à la réalité virtuelle. C’est en croisant ces deux récits — le deuil personnel et la technologie au service de la mémoire — que le réalisateur a imaginé ce père ressuscité par l’intelligence artificielle.
My Father’s Son propose ainsi un regard inédit sur le deuil : celui qu’on traverse non pour quelqu’un qu’on a aimé, mais pour quelqu’un qui ne nous a pas aimé. Le film explore une douleur rarement représentée : celle d’un fils face à un père froid, dur, absent, qu’il ne parvient pas à pleurer parce qu’il ne l’a jamais réellement eu. Qiu Sheng interroge cette zone grise du deuil, où la tristesse n’efface pas la rancune, et où l’absence ne rend pas l’autre plus aimable. Il devient une tentative de réappropriation d’un lien paternel imposé mais jamais nourri, non pas pour pardonner, mais pour comprendre, digérer, et enfin avancer.
L’IA, miroir émotionnel au service d’une SF intime et intelligente
Le film repose sur une idée originale et puissante : le personnage crée un adversaire de boxe virtuel, modélisé d’après son père décédé, dans l’espoir de raviver sa mémoire grâce à l’intelligence artificielle. L’IA devient alors un « fantôme moderne », à la fois outil de réconciliation et source de tensions émotionnelles au fil des combats.
Elle est toujours intégrée de façon discrète, presque organique, dans les décors et les dialogues. Ici le futur n’est pas un ailleurs, mais une extension du présent. Le film démontre que la technologie s’immisce dans nos vies de manière presque invisible, mais profondément transformative. “Les technologies modernes, par leur omniprésence, tendent à uniformiser notre perception du monde, effaçant les empreintes du passé et estompant les distinctions entre les époques. C’est précisément cette dynamique que je souhaite interroger (...) pour révéler ce qui a changé et réfléchir à la manière dont nous évoluons à travers le temps”, explique le réalisateur.
Ici l’IA n’est pas simplement utilitaire : elle devient un prolongement symbolique de la mémoire humaine. Elle pose une question brûlante d’actualité : peut-on déléguer à une machine ce qui fait l’essence de nos relations humaines, à savoir le souvenir, l’émotion, la transmission ?
Une expérience émotionnelle et poétique portée par la mise en scène
Construit à partir des phrases de l’éloge funèbre, le récit alterne entre flashbacks du passé familial, scènes du présent et incursions dans un futur technologique. Une structure sobre mais intensément expressive, qui donne au film une résonance émotionnelle singulière.
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Tourné à Hangzhou, la ville natale du réalisateur, le film juxtapose canaux anciens et technologies modernes, reflétant les thèmes du passé et du futur, du tangible et du numérique. L’architecture, les espaces vides deviennent des reflets symboliques des tensions intérieures des personnages. Le décor, souvent urbain mais en mutation, suggère aussi les failles d’une société en transformation.
L’eau, omniprésente dans le film et motif récurrent chez Qiu Sheng, évoque à la fois la mémoire, la fluidité et la transformation – inspiré en partie de l'œuvre "L’Eau et les rêves" de Gaston Bachelard. Il explique : “Une phrase en particulier m’a profondément marqué : « L’eau est éphémère, elle meurt chaque minute. ». Cette idée m’a beaucoup inspiré (...) Comme nous le savons tous, nous nous développons dans l’eau, dans le ventre de nos mères. Pourtant, cette même eau disparaît à chaque naissance, incarnant à la fois la vie et la mort. L’eau devient ainsi une métaphore puissante de notre existence, à la fois fluide et évanescente.”
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My Father's Son offre donc une mise en scène captivante en faisant appel à l’intelligence sensible du spectateur. Elle symbolise les conflits intérieurs et les liens intergénérationnels à travers des choix formels forts, qui font du film une expérience autant émotionnelle que poétique.
Porté par une mise en scène maîtrisée et une sensibilité singulière, My Father’s Son s’impose comme une proposition audacieuse dans le paysage du cinéma asiatique contemporain. Une invitation à repenser les liens familiaux dans un monde où même les souvenirs peuvent être simulés, à découvrir en salle dès maintenant.