Parmi tous les films qu’il a réalisés ou interprétés, Clint Eastwood remarque qu’un en particulier revient sans cesse dans les discussions avec ses admirateurs. Ce n’est ni le plus célèbre, ni le plus diffusé à la télévision, et pourtant, pour le public, il reste un incontournable : Josey Wales, hors-la-loi.
Sorti en 1976, ce western intense et profondément humain met en scène Eastwood dans le rôle-titre, un ancien fermier brisé par la guerre, lancé dans une quête de vengeance après le massacre de sa famille. Et ce n’est pas un hasard si les fans continuent de lui exprimer leur affection pour ce film, près de cinquante ans plus tard.
Un film qui traverse les générations
Dans une interview accordée au magazine Empire en 2017, Clint Eastwood confiait avec son flegme habituel : “Quand les gens m’arrêtent dans la rue, c’est souvent à propos de Josey Wales. Ils semblent aimer ce film. Je l’ai loué récemment, il tient encore la route.”
Derrière cette déclaration modeste se cache une œuvre qui, pour beaucoup, figure parmi les meilleurs films de la carrière d’Eastwood, en tant que réalisateur notamment. Et bien qu’il ne bénéficie pas de la même exposition que ses autres westerns culte, le film, noté 3,8 sur 5 sur AlloCiné, recueille toujours d’excellentes critiques – dont celles de Orson Welles, des Frères Coen ou encore de Morgan Freeman, pour ne citer qu’eux. Ce dernier l’a d’ailleurs qualifié, face à Rotten Tomatoes (via Far Out Magazine), comme l’un de ses préférés.
Warner Bros.
Mais Josey Wales n’est pas qu’une simple histoire de vengeance. Sous la surface, il explore des thématiques profondes et intemporelles : la douleur de la perte, la quête de justice, l’exclusion sociale ou encore la complexité du pardon.
Un message plus large qu’il n’y paraît
Clint Eastwood a en effet toujours vu dans Josey Wales plus qu’un western. Le film a été tourné dans les années 1970, à une époque encore marquée par les blessures de la guerre du Vietnam, et l’acteur-réalisateur y voyait une résonance contemporaine.
“Vous devriez être capable de lire les films, j’imagine, lire ce que vous voyez, et [Josey Wales] a été fait à l’époque du Vietnam. Je le voyais comme une allégorie, mais c’était tout autant à propos de la Guerre de sécession, l’une des plus sanglantes et impactantes de l’histoire américaine, car elle opposait des Américains. C’était à propos d’un homme déçu de cela.”
Contrairement à l’image conservatrice que certains lui attribuent, Eastwood aborde ici des thèmes puissants liés à la solidarité, au rejet et à la brutalité du monde qui entoure ses personnages. L’Ouest américain qu’il dépeint n’a rien d’un mythe glorieux : il est rude, cruel, mais traversé d’élans d’humanité.
Une décision controversée devenue historique
Ce film aurait pourtant pu être très différent. À l’origine, Josey Wales devait être réalisé par Philip Kaufman (La Légende de Jesse James), qu’Eastwood avait lui-même choisi, mais des tensions sur le tournage ont conduit à son renvoi, et le comédien a alors décidé de reprendre les rênes lui-même, terminant le film en tant que réalisateur.
Cette décision a provoqué un tollé au sein de la Directors Guild of America (DGA), le syndicat des réalisateurs, qui a infligé une lourde amende de 60 000 dollars à Eastwood et à Warner Bros. L’affaire a eu un tel retentissement qu’elle a donné naissance à une règle formelle, désormais connue sous le nom de “Eastwood Rule” : un producteur ou un acteur n’a plus le droit de remplacer un réalisateur qu’il a renvoyé.
Si Clint Eastwood a marqué l’histoire du western à travers de nombreux films, Josey Wales, hors-la-loi reste, pour le public, l’un de ses chefs-d’œuvre les plus marquants. Parfois, ce sont les œuvres les moins bruyantes qui laissent les traces les plus profondes.
Josey Wales, hors-la-loi est à (re)découvrir en VOD.