Sergio Leone victime d'un complot ? Oui, le réalisateur des mythiques Bon, la Brute et le Truand ou Pour une poignée de dollars a été forcé de tourner un film car tout le monde lui avait menti, comme relaté dans Conversations avec Sergio Leone de Noël Simsolo :
Un piège bien amené
United Artists
Pour rendre service à des proches, Sergio Leone écrit avec Sergio Donati un sujet de western : une histoire d'amitié sur 25 pages entre un paysan mexicain et un révolutionnaire de l'IRA. Les producteurs du projet insistent pour que le réalisateur italien, ultra célèbre pour sa trilogie du dollar et Il était une fois dans l'Ouest, devienne le producteur officiel du film. Toujours pour rendre service, car son nom "fait vendre" et permettra de monter le projet, qui deviendra en France Il était une fois la révolution (1971).
Comme c'est la United Artists qui doit sortir le film en salles, le studio américain recommande d'engager le jeune réalisateur américain Peter Bogdanovich, qui venait de tourner La Cible avec Boris Karloff et l'inclassable Voyage to the Planet of Prehistoric Women pour le producteur Roger Corman.
Mais plus intéressé par projeter La Cible à l'intelligentsia romaine que par le projet, Bogdanovitch ne fait pas l'affaire et se fait renvoyer au bout de trois semaines. Et la United Artists ne propose plus de nom pour mettre en scène le projet, alors que la date de tournage approche. Producteur, Leone contacte lui-même Sam Peckinpah, réalisateur marginal de Hollywood qui venait de signer son chef d'oeuvre : le western La Horde sauvage. Mieux que ça : il est d'accord !
Sauf que les acteurs retenus pour le film : Rod Steiger pour le Mexicain, James Coburn pour l'Irlandais, ne tourneront le projet que si c'est Leone qui le dirige. Sympa de la part de Coburn, qui avait déjà travaillé avec Peckinpah sur Major Dundee. Bien que déjà installés dans le métier, on sent que Steiger et son comparse souhaitent un nouvel élan pour leur carrière comme Leone a lancé Lee Van Cleef et Clint Eastwood.
Une situation explosive
United Artists
A une semaine de tournage, donc, toujours pas de réalisateur. Et en débarquant en Espagne, Leone comprend qu'il s'est fait berner :
"Sur les lieux, j’ai pris connaissance de tous les détails d’un complot fomenté autour de moi. Dès la signature de notre accord, la United Artists m’avait tendu un guet-apens. Tout le monde avait trempé dans une combine qui devait m’obliger à réaliser ce film (...)".
"Avec son Oscar", poursuit Leone, "Rod Steiger valait sept cent cinquante mille dollars par film. Il avait accepté de n’être payé que le tiers de cette somme si c’était moi qui mettais en scène le film. James Coburn était également dans le coup. Il était [dans l'agence] M.C.A., comme Steiger. En fait, l’histoire Bogdanovich était une fausse piste. Maintenant, je pouvais lire les véritables contrats. J’étais coincé entre deux solutions : annuler le film ou le réaliser moi-même."
Le réalisateur italien se retrouve donc à retravailler le scénario au jour le jour avec Sergio Donati "pour que cela concorde avec [s]on univers". Le tournage sera compliqué, Rod Steiger se montrant particulièrement difficile.
Au final, Il était une fois la révolution restera un souvenir doux-amer pour Leone, qui dira : "Ce n’est pas mon film préféré, mais c’est celui qui m’est le plus cher, comme l’est un enfant malformé. J’ai beaucoup souffert avec lui".
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