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Des héros invisibles : filmer les vies oubliées
Diagonale du vide. Trois amis inséparables. Tony (Salif Cissé) est devenu le roi du BTP, Mika (Paul Kircher) et Dan (Idir Azougli) les rois de rien du tout. Ils ont beaucoup de rêves et pas beaucoup de chance. Après un nouveau plan raté, Mika et Dan doivent se sauver d'ici, et même se sauver tout court. Ils se retrouvent à bosser pour Tony dans une poubelle nucléaire. Est-ce le début d'une nouvelle vie ou la fin de tout ?
Pyramide Films
Après Petit Paysan en 2017, récompensé par les César du meilleur premier film, du meilleur acteur et de la meilleure actrice dans un second rôle, Hubert Charuel et Claude Le Pape ont fait leur retour sur la croisette en mai dernier pour présenter leur nouveau long-métrage, en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes. Avec Météors, les deux réalisateurs reviennent dans l’univers de leurs courts-métrages (Diagonale du vide, K-nada), celui de la ville de Saint-Dizier, dans le Grand Est. “Le film a toujours été conçu pour être tourné à Saint-Dizier, et nulle part ailleurs”, explique Claude Le Pape. “C’est l’endroit où j’ai grandi et eu mes premières envies de faire du cinéma. Et toujours parler de personnages dont pas grand monde ne parle”, précise Hubert Charuel.
En effet, Météors fait le récit d’une jeunesse perdue, mais avec le profond désir de partir et de s’en sortir. En se concentrant sur son trio de tête, les deux cinéastes font le choix de donner la parole à des jeunes de régions souvent peu représentées au cinéma, dans la diagonale du vide, là où ils ont grandi.
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Le choix des comédiens a d’abord été incertain. Le réalisateur explique : “Le casting a été très long parce qu’on a mis du temps à trouver chacun des trois, mais une fois qu’on les a vus, ça a été une évidence immédiate, il n’y a pas eu d’hésitation”. Leur rencontre a révélé une alchimie unique qui s’est imposée et a porté le tournage. “Tous les acteurs ne peuvent pas “matcher” à ce point. Ils se sont aimés et aidés au-delà de nos espérances”, souligne Hubert Charuel.
En complément de ces trois comédiens, (Paul Kircher, Salif Cissé et Idir Azougli) le casting de Météors apparaît familial, créant une communauté devant et derrière la caméra. De nombreux rôles sont tenus par des proches, des amis ou même des membres de l’équipe. Le réalisateur souligne que “travailler avec des non-professionnels est quelque chose de très intéressant parce qu’il y a un vrai partage entre eux et les acteurs pros. [...] L’important c’est de créer une “safe place” pour les comédiens. Faire jouer les gens de l’équipe avec les comédiens, c’était créer un lien fort entre tout le monde, et retomber sur la problématique de tout le film, s’aider, se soutenir, respecter les vulnérabilités”.
Un trio isolé du reste du monde
Météors évoque une solitude singulière, partagée par ses trois protagonistes : “Il y a peu de personnages autour d’eux, le film est très centré sur le trio. Les trois restent trois, aucune rencontre ne les change ou n’est déterminante pour eux”, explique Claude Le Pape. Il s’agit d’un trio orphelin du monde : les jeunes hommes n’ont ni parents, ni conjoints ni ancrage social. C’est un petit groupe à la marge, unis par l’amitié, comme en équilibre précaire. Le réalisateur précise : “Au fond, on voulait montrer des gens seuls au monde : sans mère ou père, sans frères ou soeurs, sans copines ou copains… c’est leur solitude qui les unit”. Mais dans ce vide autour d’eux, quelque chose d’inattendu se tisse : un lien discret, bancal peut-être, mais profondément humain.
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Cette solitude partagée crée une entraide fragile et forme un trio en équilibre précaire, où chacun semble pouvoir vaciller à tout moment. Météors relate cette tempête intérieure, avec un risque de fêlure plus que de fracas. Malgré cela, les amis veulent s’aider, mais ont du mal à s’y prendre. “Tony veut aider ses deux amis mais ça se passe mal. Mika veut aider Daniel mais leur duo sera mis à mal”, précise la co-scénariste. Ce soutien mutuel, malhabile mais sincère, est empli de bonne volonté et apparaît comme le liant entre les personnages.
Ce trio instable se place donc au centre du long-métrage, révélant l’histoire d’une amitié très forte. Claude Le Pape met en lumière le fait “qu’on pouvait avoir une confiance absolue en eux, dans ce qu’ils allaient offrir aux personnages et à leurs liens. Qu’ils seraient le cœur du film, et que le film s’adapterait à eux, leur différence d’âge, leurs accents, etc”. Chaque personnage veut en sauver un autre, et c’est ce lien puissant qui renforce la beauté du film.
Les dépendances comme fil rouge du récit
Un des thèmes principaux de Météors demeure la dépendance, à l’alcool notamment. L’originalité du film vient du fait que l’alcoolisme est traité par le biais d’un personnage tiers. En effet, Mika joue non pas un héros salvateur mais un témoin impuissant face à Dan. La co-scénariste confie : “On a beaucoup pensé le point de vue : avec qui, par qui voit-on les choses ? On ne voulait pas, on ne pouvait pas se mettre du point de vue de Daniel. Je ne sais pas ce que c’est, de vivre avec cette dépendance. Hubert non plus. Mais on sait ce que c’est que d’être à côté. Il fallait que notre point de vue, celui du public, soit celui de Mika : un témoin qui cherche à aider mais n’y arrive pas, parce qu’au fond il ne comprend pas”. Le film dépeint ainsi un inconfort silencieux, un sentiment d’impuissance face à la détresse de l’autre, et la difficulté d’aider quand on ne saisit pas tout. Il reste cependant dans cette distance une chose sincère et touchante : le geste maladroit, le regard inquiet et la profonde envie d’être là pour l’autre.
Ce désir d’aider est lié à l’amour, à la relation d’amitié particulièrement forte qu’entretiennent les jeunes hommes. Le film dresse en ce sens le portrait d’un personnage dont la motivation première est d’en sauver un autre. “Mika veut sauver Daniel, c’est tout”, explique Claude Le Pape. Le réalisateur complète : “C’est une histoire d’amour entre deux personnages qui vont devoir se séparer”.
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Les trois principaux comédiens se révèlent époustouflants, apportant chacun une intensité et une sincérité rares à l’écran. Après ses splendides rôles dans Le Règne animal et Leurs Enfants après eux, Paul Kircher confirme une fois de plus sa capacité à incarner une jeunesse en marge, perdue mais bien vivante. À ses côtés, Idir Azougli (Shéhérazade, Diamant Brut) impressionne par son intensité brute, tandis que Salif Cissé (À l’abordage, Le Répondeur) séduit par sa justesse désarmante de sa grande sensibilité. Ensemble, ils donnent au récit une humanité vibrante.
Habile mélange des genres porté par un merveilleux trio de protagonistes, Météors est à découvrir le 8 octobre au cinéma.