Attention, cet article contient des spoilers. Il est fortement recommandé de le lire après avoir vu le film !
Après Toni en famille, Camille Cottin retrouve le jeune cinéaste Nathan Ambrosioni dans Les Enfants vont bien. Ce drame a pour thème central un sujet méconnu et peu traité au cinéma : les disparitions volontaires.
Peut être vous posez-vous des questions sur la fin ? Comment l'interpréter ? Comment son réalisateur expliquerait-il la fin ? Sollicité par AlloCiné, Nathan Ambrosioni nous dit en détails les pistes possibles, et revient sur les derniers plans du film.
"Il y a différentes interprétations possibles. C'est une fin ouverte, mais pas tant que ça, en ce qui concerne les personnages principaux que l'on voit à l'écran.
Ils acceptent de déménager de quelque part, dans la perspective d'emménager ailleurs. Pour moi, c'est un grand trajet de résilience qu'ont fait Gaspard, Margaux et Jeanne. Je voulais le matérialiser dans quelque chose d'assez physique et concret. Le déménagement de l'appartement de leur mère, ou de la sœur pour Jeanne, c'était pour moi, montrer un courage et une force de résilience très forte pour les personnages. C'est un trajet qu'ils ont parcouru.
C'est un vrai parcours que les personnages ont entrepris entre le début et la fin du film
D'une certaine façon, ils acceptent le départ de Suzanne. Cela ne veut pas dire qu'ils le pardonnent, cela ne veut pas dire qu'ils le comprennent, mais cela signifie qu'ils acceptent que cette décision ait été prise. Cela veut dire qu'ils acceptent que ce n'est peut-être pas temporaire, et donc, ils rentrent dans une nouvelle étape du deuil. Pour moi, ils ont beaucoup avancé. En tout cas, c'est un vrai parcours que les personnages ont entrepris entre le début et la fin du film.
D'autre part, il y a ce plan final de Margaux dans la chambre vide de sa mère. Elle n'est pas dans le salon. C'est la chambre vide de sa mère dans laquelle elle joue. Elle se réchauffe dans la lumière. C'est le plan le plus lumineux du film. C'est le seul où le soleil rentre directement dans la pièce de façon presque incandescente. Et pourtant, c'est peut-être le point culminant de mélancolie du film. Mais il est baigné par la lumière. Et cette pièce vide que Margaux laisse, elle en sort. Elle sort du vide, justement. Elle échappe à la disparition de sa mère, pour avancer, pour sortir de cet appartement et avancer avec Jeanne, avec son frère. Ils laissent l'absence derrière eux.
C'était écrit au scénario que le dernier plan baignerait dans la lumière du soleil couchant
Cette absence n'est plus ternie, comme au début du film. La vie a rattrapé l'absence, et le soleil continue de briller. C'est un peu métaphorique. J'en ai conscience. C'était écrit au scénario que le dernier plan baignerait dans la lumière du soleil couchant, comme un avenir incandescent pour les personnages, comme une réconciliation, ou en tout cas, quelque chose de doux, quelque chose de réconfortant."
Le sujet des disparitions volontaires
"Ensuite, de façon plus théorique, il y a le sujet des disparitions volontaires. C'est environ 15 000 personnes par an qui choisissent de disparaître en France. Il n'y a pas de statistiques sur les retours. On ne sait pas. En tout cas, de toutes les personnes avec qui je me suis entretenu, personne ne m'a donné de statistiques sur les retours. C'est vraiment extrêmement mystérieux, ces disparitions. On ne les comprend pas, on ne les explique pas. Et le film, justement, s'efforce de poser des questions, mais de ne jamais y répondre.
Ce sujet parle aussi de quelque chose de plus intime. Ma sœur, ce n'est pas une disparition volontaire, mais elle est partie en voyage. Elle n'est pas revenue, finalement. Elle avait décidé de s'installer là où elle est partie. Donc elle a fui cette dynamique familiale. Mais indépendamment de ma sœur, on n'explique jamais vraiment pourquoi les gens partent.
Le film raconte comment on fait famille malgré un départ
Je ne voulais pas que le film cède et scelle de réponse. Donc, c'était important pour moi que cette fin reste en suspens et que le mystère de la disparition ne soit pas résolu. Le film ne raconte pas pourquoi le départ, mais raconte comment on fait famille malgré un départ et comment on fait famille dans l'absence. La promesse du film n'est pas de raconter le retour de Suzanne, ni les raisons de son départ. En m'emparant de ce sujet, je voulais respecter ceux qui partent comme ceux qui restent. Je voulais respecter ce mystère là.
Le deuil est quasiment impossible à faire
Quand j'étudiais les disparitions volontaires, on parlait tout le temps de deuil impossible parce qu'on ne peut pas situer les gens. Quelqu'un qui est mort, on le situe au cimetière, on le situe dans le ciel, on le situe peu importe en fonction de sa foi, de son athéisme. Quelqu'un qui est parti, qu'on peut localiser, ce n'est pas du tout la même chose pour les disparitions volontaires. On ne peut pas localiser la personne. Donc le deuil est quasiment impossible à faire, comme une psychologue pour enfants m'a expliqué. Je voulais raconter quelque chose d'irrésolu.
Évidemment, elle laisse des questions en suspens. Mais je voulais que le spectateur continue de vivre avec le film, s'interroge, que le film puisse créer un débat, qu'on ne scelle aucun jugement sur Suzanne. Je voulais que le spectateur puisse imaginer des raisons de son départ. Je suis convaincu que le cinéma n'est pas un endroit pour trouver des réponses, mais pour trouver des gens avec qui se poser des questions. J'aime qu'une oeuvre m'interroge, me questionne.
Si on rend le spectateur actif de son visionnage, alors on peut accéder à son empathie, accéder à son humanité. C'est ça que je voulais faire aussi avec ce film."
Pour mémoire, l'histoire des Enfants vont bien commence un soir d'été, quand Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu'à la gendarmerie Jeanne comprend qu'aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître...
Les Enfants vont bien est actuellement en salles.
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