Entre 1997 et 2002, la saga Austin Powers a parodié avec outrance les films d'espionnage, notamment James Bond, avec une irrévérence pas piquée des hannetons. Portée par un Mike Myers flamboyant, interprétant plusieurs rôles à la fois, la trilogie a connu un immense succès.
À la fois parodie et hommage appuyé à la franchise 007, Austin Powers a également influencé la vision de l'agent secret de Sa Majesté, selon Daniel Craig. En effet, après l'ère Pierce Brosnan, quand les producteurs Barbara Broccoli et Michael G. Wilson tentent de dépoussiérer l'image de Bond, ils ne veulent pas casser le mythe.
Dépoussiérer James Bond
L'idée n'était donc pas de tout déconstruire, mais plutôt de rester dans la continuité des films précédents, tout en apportant une touche de modernité. Cependant, la trilogie Austin Powers est passée par là ! Involontairement, elle a obligé la saga 007 à se confronter à ses propres absurdités et à se réinventer, donnant naissance à un James Bond plus réaliste et sérieux.
Sous l'impulsion d'un Mike Myers explosif et déchaîné, Austin Powers a ringardisé le glamour et le côté décalé des oeuvres estampillées James Bond. Autrefois inébranlables, ces choses sont ironiquement devenues obsolètes. C'est précisément le point soulevé par Daniel Craig en 2014, au micro de MI6 Magazine.
MGM
"Il y a eu beaucoup de discussions, depuis le début, de Casino Royale jusqu’à Quantum of Solace, parce que tout le monde disait : Où est l'esprit Bond ? Où sont tous les vieux codes ? La vérité, c’est que j’ai toujours eu en tête ce plan : il fallait refaire les films, repartir de zéro, puis réintroduire progressivement tout ça, mais il fallait que ça se passe ainsi. Je ne vois pas comment ça aurait pu se faire autrement", a d'abord expliqué l'interprète de 007.
"On devait détruire le mythe, parce que Mike Myers nous a baisés ! Je suis un immense fan de Mike Myers, donc ne vous méprenez pas, mais il nous a un peu mis dans la merde ; après Austin Powers, reprendre au premier degré les gadgets extravagants, les répliques absurdes ou les excès iconiques de la saga Bond devenait presque impossible sans tomber dans l’auto-parodie", a-t-il indiqué, avec des mots volontairement outranciers.
On devait détruire le mythe, parce que Mike Myers nous a baisés ! Je suis un immense fan de Mike Myers, donc ne vous méprenez pas, mais il nous a un peu baisés.
Virage à 180 degrés !
Ainsi, après le délire de la trilogie Austin Powers, les producteurs ont décidé de prendre un virage beaucoup plus réaliste et sérieux pour notre agent secret britannique. James Bond est devenu plus rude, plus sanguin, plus brutal, plus violent. Physiquement plus animal, Daniel Craig a mis un coup de pied gigantesque dans la fourmilière 007, délaissant les gadgets ludiques et les répliques outrancières du passé, optant pour le réalisme et le drame.
20 ans après Casino Royale, après l’achèvement de l’arc de Daniel Craig dans le rôle de James Bond, une question centrale se pose désormais pour l’avenir de la saga : la franchise peut-elle enfin se défaire de l’ombre portée par Austin Powers ?
Depuis Casino Royale, la franchise a adopté une approche de déconstruction presque systématique du mythe Bondien : réalisme brutal, vulnérabilité psychologique et rejet assumé des excès kitsch associés à l’ère classique. Une orientation largement motivée par la difficulté, souvent évoquée par les producteurs eux-mêmes, de reprendre au premier degré certains codes historiques de la franchise après leur parodie par Mike Myers.
New Line
Une nouvelle ère bondienne ?
Or, à l’heure où 007 s’apprête à entrer dans une nouvelle phase créative, l’opportunité existe justement de réhabiliter cette dimension ludique longtemps mise de côté. Car l’ADN originel de James Bond n’a jamais reposé uniquement sur le réalisme ou la noirceur ; il s’est construit sur un équilibre unique entre sophistication, exotisme, humour pince-sans-rire, gadgets extravagants et spectacle assumé.
Le cinéma d’espionnage peut donc retrouver cette capacité à conjuguer tension et fantaisie. Dans un paysage blockbuster souvent uniformisé par le ton grave et le réalisme cynique, un retour à un Bond plus flamboyant, élégant et décomplexé pourrait non seulement renouer avec l’héritage des grandes heures de la saga, mais aussi offrir à la franchise une véritable identité différente pour les années à venir.
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