Présenté au Festival de Cannes en mai dernier, Qui Brille au combat signe le premier long métrage de Joséphine Japy en tant que réalisatrice. Cette dernière s'inspire d'une histoire très personnelle : sa relation avec sa sœur atteinte d’une maladie génétique rare, le syndrome de Phelan-McDermid.
Au casting, on retrouve Pierre-Yves Cardinal (Simple comme Sylvain), Angelina Woreth (Leurs enfants après eux), Sarah Pachoud (Paternel) et Mélanie Laurent, qui avait dirigé Joséphine Japy dans son film Respire en 2014.
AlloCiné a pu rencontrer la réalisatrice et Mélanie Laurent lors de la première présentation du film à Cannes en mai dernier.
AlloCiné : Quel a été le déclic de votre passage derrière la caméra ?
Joséphine Japy, réalisatrice : C'est un long chemin pour assumer de vouloir passer du côté de la réalisation. Ce qui aide, ce sont les exemples depuis des années d'actrices qui deviennent réalisatrices. Moi, à 20 ans, je commence par tourner avec une actrice qui est aussi une grande réalisatrice [Mélanie Laurent engage Joséphine Japy pour tenir l'un des rôles principaux de Respire, ndlr], donc ça ouvre cette porte dans mon esprit, de me dire : "Je peux le faire, c'est possible." Cela commence par là.
Après il faut trouver une envie, il faut trouver un sujet et pour un premier film, j'ai l'impression qu'il faut que ce soit une obsession. J'avais la conviction que je ne pouvais pas raconter cette histoire pour un premier film parce que c'était trop proche de moi, je me l'interdisais un peu. Et puis j'avais plein de choses qui me bloquaient dans ma vie parce que je pense qu'à ce moment là j'étais pas totalement en paix avec ce sujet.
Au final, il y a très peu de temps, j'ai enfin eu une réponse. On a enfin pu mettre un nom sur la maladie de ma sœur et je crois que c'est totalement ça qui m'a débloqué et qui m'a permis de me dire que, oui, il fallait que je commence.
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Mélanie, quelle a été votre réaction quand Joséphine Japy vous a appelée pour participer au film ? Et quels sont les conseils que vous avez pu lui donner ?
Mélanie Laurent, actrice : Quand Joséphine m'appelle en me disant : "Je fais mon premier long !", j'ai déjà dit oui parce que je la connais un peu, je connais son intelligence et je n'étais pas très inquiète. Ce qui est intéressant c'est que les choses vont très vite sur le plateau parce qu'il y a une fusion entre nous. Elle parvient à écouter parce que les gens intelligents écoutent et n'ont pas de rapport à l'égo. J'ai pu lui donner quelques conseils sur qui pouvait lui faire gagner du temps mais pas de manière technique, ni en tant que metteur en scène. Ce tournage, c'était juste beaucoup de joie, beaucoup d'amour et il fallait gérer tout cet amour qui débordait de partout.
Il y a un vrai rapport au corps dans ce film. Comment cela s'est passé avec les membres du casting pour que ce lien paraisse aussi authentique, réaliste et qu'on ressente tout cet amour dont vous parlez dans un équilibre très fragile ?
Joséphine Japy : C'est une très belle question parce que le rapport au corps est différent quand on vit avec le handicap. Le corps n'est pas tabou, ni un secret. Il faut en prendre soin. Ma mère a règle à la maison, c'est : "Un geste pour toi, un geste pour elle." Par exemple, quand je bois un verre d'eau, je pars du principe qu'elle en a aussi potentiellement besoin. On a grandi avec ce principe là et j'en ai parlé aux filles très rapidement.
Nous n'avons pas fait beaucoup de répétitions mais celles qu'on a faites c'était à la maison, chez moi, assis sur le tapis, dans un rapport très simple, très intime, très familial parce qu'il fallait qu'il y ait cette aisance entre Mélanie et Sarah Pachoud, mais même entre Pierre-Yves Cardinal et Sarah. Tout s'est fait très rapidement parce que j'étais entourée d'acteurs simples, bienveillants, qui avaient envie de cette histoire et qui avaient une confiance absolue dans ce qu'on vivait.
Joséphine Japy m'a emmenée très loin, dans des endroits où je n'aurais jamais été de moi-même.
Mélanie, comment avez-vous appréhendé ce rôle de mère bouleversant ?
Mélanie Laurent : Je ne reçois pas des scénarios avec des rôles aussi forts tous les jours donc ça c'était déjà un beau cadeau. Puis j'ai adoré traverser ce personnage parce que j'étais merveilleusement dirigée et elle m'a demandé d'être en retenue de tout et tout le temps. Je pense qu'avec un autre metteur en scène qui ne m'aurait pas dirigée, j'en aurais fait un autre film et je serais certainement tombée dans le pathos. Joséphine a été mon flic de larmes.
Elle m'a emmenée très loin, dans des endroits où je n'aurais jamais été de moi-même, donc j'ai grandi en tant qu'actrice, et j'ai eu des moments de grande colère parce que l'idée que toutes ces femmes, une fois de plus, soient accusées de tous les torts, cette injustice m'épuise. Les mères qui sont au combat tous les jours pour faire tenir une famille entière en gardant bien le sourire pour que tout reste un peu léger, cette idée me renvoyait à plein de choses dans la manière dont j'élève mes enfants.
J'ai été très bouleversée par la force de ce personnage et ça arrive assez rarement dans une carrière de garder en soi certaines empreintes de femmes qu'on joue et moi, je suis repartie avec beaucoup de choses de ce personnage.
Joséphine, pour le rôle de Bertille, a-t-il été question, au début du développement, d'engager une actrice en situation de handicap ?
Joséphine Japy : C'était mon idée de base. J'avais vraiment cette envie et cette volonté de faire tourner une comédienne en situation de handicap. J'ai une directrice de casting extraordinaire qui s'appelle Sandie Galan Perez qui m'a merveilleusement bien aidé et qui connaît très bien ce sujet.
J'ai rencontré des jeunes filles avec des handicaps similaires à ma sœur, mais le problème c'est que j'étais face à des jeunes filles non verbales ne pouvaient pas me donner leur consentement d'être sur le plateau. Je ne peux pas partir du principe qu'on va travailler, que je vais l'amener sur un tournage. Je me suis juste dit : "Est-ce que tu aimerais qu'on fasse ça avec ta sœur ?" et bien sûr, jamais de la vie, je ne veux pas de ça.
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Après j'ai rencontré des jeunes filles qui avaient un handicap plus léger, mais je me suis rendu compte que je les mettrais dans un état de régression parce que je leur demandais d'arrêter de parler, de potentiellement porter des couches, ce qui est très compliqué pour des jeunes femmes qui se sont battues pour sortir de tout ça.
J'étais totalement découragée et j'étais pas sur le point de laisser tomber le film et à ce moment là que ma directrice de casting arrive avec cette vidéo d'une jeune fille que je vois marcher de dos, et je me mets à pleurer instantanément, et je montre la vidéo à ma mère, elle se retourne vers moi avec un air halluciné en disant : "C'est elle." Et donc c'est Sarah Pachoud qui est absolument extraordinaire dans le film. Elle vient de l'univers du cirque à la base et elle a ce rapport au corps fabuleux.
Propos recueillis par Mégane Choquet, à Cannes, en mai 2025
Qui Brille au combat, actuellement au cinéma