Trois ans après avoir tenu le premier rôle du film de Sébastien Tulard, A la belle étoile, Riadh Belaïche aka Just Riadh est de retour sur grand écran avec le drame social N121 - Bus de nuit de Morade Aïssaoui (scénariste de la série Pax Masilia).
Pour son premier long métrage, le cinéaste suit, le temps d'une nuit, Oscar (Bakary Diombera), Simon (Gaspard Gevin-Hié) et Aïssa (Riadh Belaïche), trois amis d’enfance, qui vont à Paris pour fêter une bonne nouvelle. Mais dans le bus de nuit qui les ramène chez eux, le N121, un échange entre passagers dégénère et la situation dérape.
Le film est également porté par Paola Locatelli, Aissatou Diallo Sagna, Lucie Charles-Alfred, Laurence Oltuski, Jérémie Covillault, Mylène Jampanoï et Arben Bajraktaraj.
Avec N121 – Bus de nuit, le réalisateur signe un huis clos tendu dans lequel une situation banale bascule progressivement vers la confrontation. Le film explore frontalement les préjugés, la rupture du dialogue et la rapidité avec laquelle les échanges peuvent dégénérer.
Pour Just Riadh, que nous avons rencontré à l'occasion de la sortie du film, le bus agit comme une métaphore directe de la société française : un espace commun où coexistent des profils différents, mais où l’écoute disparaît trop vite au profit du jugement et du repli. Selon lui, le film montre combien "la facilité, c’est de se fermer", alors que l’effort véritable consisterait à créer du lien et à faire un pas vers l’autre.
Le comédien souligne également que le film porte une dimension de débat : il est pensé pour susciter des discussions à la sortie de la salle et faire réfléchir. Et c'est d'ailleurs pour cette raison que le créateur de contenu a choisi de faire du cinéma, comme il nous le révèle en fin d'interview.
Ripley films-Cheyenne Federation-Wild Bunch
AlloCiné : N121 – Bus de nuit montre comment une situation anodine peut dégénérer en catastrophe. Selon toi, qu’est-ce que le film dit de notre société actuelle ?
Just Riadh : C’est une bonne question. On peut tirer plusieurs morales du film. Dans ce bus, il y a des personnages très différents : pour moi, il représente la France, la société dans laquelle on vit aujourd’hui, et depuis longtemps. C’est toujours la même histoire, mais il faut continuer à la raconter.
On montre que si on arrêtait de se fermer les uns aux autres, de rester dans les préjugés et les jugements, si on s’écoutait vraiment et qu’on faisait un pas vers l’autre, on pourrait faire de belles choses. Aujourd’hui, tout le monde est sur les nerfs, tout part très vite. La facilité, c’est de se braquer et de dire : “Je ne t’écoute pas, j’ai raison.” Alors que créer un pont, c’est plus dur, mais c’est ça qui change les choses.
AlloCiné : Le film montre comment les préjugés et l’absence de dialogue mènent à la violence. En communiquant mieux, la situation aurait pu être différente, est‑ce un message que tu avais envie de porter en tant qu’acteur ?
Just Riadh : Quand j’ai lu le scénario, je n’avais pas encore tout saisi. C’est pendant le tournage, puis surtout en voyant le film fini, que j’ai compris tous les messages que Morade, le réalisateur, voulait faire passer. Le résultat final est toujours différent de ce qu’on vit sur le plateau.
C’est exactement pour ça que je fais du cinéma : participer à des films qui portent des valeurs, qui donnent envie aux spectateurs de discuter en sortant de la salle. Quand les gens échangent, débattent, se demandent si ça peut faire bouger les choses — c’est ça qui m’anime.
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AlloCiné : Le film a été tourné presque entièrement dans un bus. Comment ça s’est passé ?
Just Riadh : Sportif ! Sur le papier, c’est excitant : un huis clos dans un bus, c’est rare, surtout en France. Mais quand tu arrives aux répétitions et que tu comprends que tu vas être enfermé là plus de six semaines… tu réfléchis. (rires)
On était d’abord quelques-uns, puis treize comédiens, plus la figuration. Et là tu réalises les contraintes : les barres partout, où placer la caméra, les lumières, la perche son… Circuler pour les plans, c’était un vrai casse-tête. Le chef opérateur a fait un boulot de fou, parfois dans des positions improbables. C’était très physique.
AlloCiné : Morade Aïssaoui, le réalisateur était aussi dans le bus ?
Just Riadh : Oui, parfois, caché ! On jouait presque à le chercher. Lors de l'avant-première, il nous disait : “Là, j’étais derrière le siège”, “là, coincé au fond”. C’était drôle.
AlloCiné : On sent une vraie alchimie avec Bakary Diombera et Gaspard Gevin-Hié.
Just Riadh : Oui, ça a marché dès le casting. Le projet existe depuis plus de cinq ans. Morade m’avait repéré depuis longtemps, la productrice m’avait vu dans À la belle étoile, tout s’est aligné.
Avec Bakary et Gaspard, ça a tout de suite été fluide. Et ça m’a fait du bien : sur mon film précédent, j’étais beaucoup plus seul. Là, on partage tout. C’est un vrai trio.
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On a même réécrit des scènes ensemble. Celle du pont au début, c’est nous. Morade voulait qu’on crée un attachement fort avec le public avant tout ce qui se passe dans le bus. Il nous a laissé une après-midi : on a écrit, proposé — il a validé direct.
AlloCiné : Tu veux poursuivre dans le cinéma ?
Just Riadh : Bien sûr. Mais c’est un milieu très particulier, très long, très exigeant. Moi je viens de la création de contenu : c’est plus rapide, plus autonome. Au cinéma, tu es dirigé, tu fais partie d’un projet collectif, tu n’as pas le dernier mot.
Je veux faire d’autres films, mais avec des messages comme ici. Le fait d’être créateur de contenu me donne un confort : je peux choisir mes projets. Quand tu es uniquement acteur, c’est très dur. Il y a énormément de concurrence, peu de rôles. Certains enchaînent des projets qu’ils n’ont pas envie de faire juste pour vivre. C’est une réalité compliquée.
En avant-première, un jeune spectateur nous a dit : “D’habitude, je n’aime pas les films français, mais celui-là, j’ai adoré.” Cette étiquette dessert beaucoup de films. Les jeunes ne vont pas voir un film juste parce qu’il est français, alors qu’il est bon.
AlloCiné : Est-ce que tu penses que la présence de créateur de contenu au casting peut aider les jeunes à revenir voir des films français ?
Just Riadh : Franchement je ne saurais pas te dire. Et est-ce que ça ne va pas encore plus desservir la cause ? si certains se disent : “Qu’est-ce qu’un créateur de contenu fait là ?”.
J'aimerai que le public viennent voir le film mais faire déplacer les gens au cinéma est de moins en moins facile. Des fois t'as des surprises, c'est très bien. Mais même avec de gros budgets, certains films ne trouvent pas leur public. Il faut continuer à aller voir des films français, c'est là que ça se joue.
Just Riadh nous parle de ses goûts cinéma.
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