Il y a des histoires d’amour classiques et d’autres, moins conventionnelles. Pillion appartient à la deuxième catégorie. Le premier film d’Harry Lighton invite le public dans le monde des bikers gays, accros au cuir et aux pratiques BDSM. Célèbre pour son rôle du cousin Dudley dans Harry Potter, Harry Melling incarne Colin, un jeune homme chétif et réservé, qui rencontre un motard dominateur campé par le Suédois Alexander Skarsgård.
Drôle, sulfureux, déchirant mais tout aussi charmant, Pillion avait conquis les spectateurs et spectatrices dès sa présentation au Festival de Cannes où il était présenté dans la section Un Certain Regard. AlloCiné a posé les questions que tout le monde se pose aux deux acteurs du film.
AlloCiné : Connaissiez-vous la communauté queer et BDSM avant de faire ce film ?
Harry Melling : Non, je ne connaissais pas le club de motards gays. Mais dès que j'ai lu l'histoire, j'ai su que je voulais faire partie de ce film. La première chose que j'ai dite à Harry Lighton, c'est : “Il faut absolument que je rencontre ce club.” Le GBMCC (Gay Bikers Motorcycle Club). Alors je me suis lancé dans un véritable pèlerinage. Ils m'ont récupéré à Londres. On est allés jusqu'à Cambridge et j'ai passé toute la journée avec eux.
C'était ma première expérience en tant que passager. J'ai eu la chance de faire la connaissance de ces hommes absolument incroyables. Et oui, je n'oublierai jamais ça, car ils ont été si généreux et si patients avec nous. J'ai adoré chaque seconde passée en leur compagnie.
Alexander Skarsgård : Moi je me prépare pour ce rôle depuis toujours. J’ai rencontré Harry Lighton à Stockholm. Nous avons fait quelques essayages. C'était vraiment amusant de créer l'ambiance et l'esthétique du personnage. Et c'était tout aussi amusant sur le plateau. Le scénario était excellent et les dialogues si savoureux qu'on n'avait pas vraiment envie d'y toucher.
Mais il y avait clairement de la place pour la spontanéité. Si l'envie nous prenait d'orienter la scène différemment, de supprimer une réplique ou de la dire autrement, Harry nous encourageait et était ravi d'explorer de nouvelles pistes le jour même. Car ce sont ces moments inattendus, ces instants imprévus, qui sont les plus précieux.
Chris Harris
Vous êtes-vous préparés physiquement pour les scènes de catch ?
Alexander Skarsgård : C’était nos premières scènes ensemble ! Je travaillais sur un autre film, puis je suis arrivé sur le tournage et ils avaient déjà tourné quelques scènes familiales la première semaine. La première semaine que nous avions ensemble était consacrée à la scène de catch.
Ce week-end-là, dès mon arrivée, on s'est serré la main, on s'est déshabillés et on a commencé à se battre, en gros. Parce qu'il fallait chorégraphier ça. Mais en fait, c'était vraiment épuisant. Oui, et la version longue du réalisateur qui va sortir durera quatre heures et demie (rires). C'est comme une longue scène de catch, où l'on transpire à grosses gouttes.
Alexander, avez-vous créé un passé à votre personnage de Ray ? Car on ne sait strictement rien sur lui.
Alexander Skarsgård : Non. C'est le rôle parfait pour un acteur paresseux comme moi. Parce que c'est une énigme. Tu ne sais rien de lui. Alors, quand Harry Melling était assis à son bureau en train d'écrire un roman, une histoire pour son personnage, j'étais là, tranquille. Parce que je me disais : mon personnage n'a pas d'histoire. C'est une énigme. Je lui ferais donc injure si j'essayais de lui créer un passé. Je ne sais donc rien de lui. Mais n'est-ce pas formidable ? Le fait qu'il y ait autant de mystère autour de cette personne. Et que les gens essaient de le percer.
Chris Harris
Il y a beaucoup de scènes intimes dans ce film. Comment les avez-vous préparées ? Aviez-vous un coordinateur d’intimité à vos côtés ?
Harry Melling : Souvent, pour les scènes intimes, il faut surtout travailler la chorégraphie. Et ensuite, une fois qu'on a trouvé le bon placement de la caméra et les mouvements du corps, il s'agit simplement de raconter l'histoire du mieux possible. Ce qui était vraiment passionnant, c'est que Harry Lighton tenait beaucoup à ce que ce soit maladroit, gauche et authentique.
Alexander Skarsgård : Oui, ces scènes de sexe étaient super et très amusantes à tourner parce que souvent, les scènes de sexe sont représentées de manière très artificielle. C'est impeccable, tout est parfait. La lumière est douce et les draps flottent au vent. C'est tout simplement romantique. Ou alors, au contraire, c'est violent juste pour le plaisir d'être violent. Et on coupe au pire moment. C'est très gênant. Rien que le fait de conserver ça, je trouvais ça génial. Même dans le scénario. Il y a beaucoup d'humour. Parce que c'est mignon, drôle et sexy.
Propos recueillis par Mégane Choquet, à Cannes, mai 2025
Pillion, actuellement au cinéma